Je suis Infirmière

By @_millie__

Oui, je sais, cela fait toujours ça quand je le dit. Surtout, la première fois. T’inquiète, ferme la bouche, essuie la salive qui coule de ta bouche là et viens avec moi…

Alors, oui infirmière c’est un joli métier. Un métier adulé, avec plein de clichés. Comme je t’aime bien, je vais te les expliquer tu vois.

Premier cliché : l’infirmière est bonne…Ce qui veut dire que nous avons un fort potentiel érotique, je crois ! Alors, oui c’est vrai. Surtout pour moi, mais moi je suis une pétasse et cela ne compte pas. La réalité est tout autre. Parce que, pour être bonne, faudrait déjà être bien zappée… Parce que franchement, les tuniques-pantalons que les centres hospitaliers c’est juste pas fait pour être sexy. Ce n’est pas transparent pour deux sous, ce qui fait que nos dessous sexy tu ne peux pas les voir. Autre fait qui nuit à notre potentiel érotique c’est juste que parfois bah, ce n’est pas notre truc tu vois. Si, si, je t’explique : si tu me vois méfie toi quand même j’éblouie, c’est que tu es malade dans ton lit. Donc, pas forcément au plus fort potentiel sexuel que tu puisses avoir. Et, crois-moi, au-delà même des phéromones que tu peux dégager, juste une journée avec le rythme effréné dans notre service ne nous aide pas à visualiser l’homme (oui, je n’arrive pas à imaginer qu’une femme puisse nous désirer dans notre tenue déformée) bestial que te pourrai être au lit avec mes collègues et moi (à plusieurs, c’est mieux…). Pour résumer, on est surtout bonnes en dehors du boulot, parce qu’au boulot, on est justes techniquement bonnes pour bien te soigner et que tu puisses rentrer vite chez toi. Parce que, sinon, en points T2A, tu ne nous rapporteras rien, désolé. Et, les sous aujourd’hui ça compte beaucoup, tu vois.

Deuxième cliché : l’infirmière couche avec son médecin. Là, je préviens : cette rumeur est fondée en vérité. En dix ans d’exercice, je compte plus le nombre d’adultères tout confondus que j’ai vu. Je ne sais pas si les statistiques s’intéresseront un jour à ces données là, mais delà à un faire tout une série y’a pas loin. Remarque, y’a déjà « Urgences » pour cela.

Pourquoi ? Moi, je crois que c’est comme le chef et sa secrétaire. C’est juste inévitable parfois. Parce qu’on bosses ensembles, parce que voir mourir les gens ça donne envie de se sentir vivant. Et que je ne connais pas encore de meilleur moyen pour se sentir bien.

Moi, je ne couche pas, parce que mon chef est tout sauf sexy tu vois. Parce qu’en plus, après je ne pourrai plus gueuler contre lui sereinement. Sérieux, après qu’il m’est léché le con, tu me vois dans le couloir lui dire que je ne suis pas d’accord sur les prescriptions… Pas possible, non ! Ou alors, faudrait juste coucher avec l’interne parce qu’il est mignon et pas encore déformé par sa profession.

Troisième cliché : l’infirmière est … gentille, douce, disponible. Mets derrière tous les gentils compliments que tu veux me faire. C’est hélas pour toi pas toujours très vrai. Sérieux, et là je ne parle que de moi et de mon expérience, parfois même quand je veux je ne le suis pas. Pourquoi ? Parce que d’abord, si t’es là en face de moi, je vais avoir des tas de choses à te faire (non, désolé, pas ça ! 😉  cf. premier cliché). Des soins qui peuvent faire mal, et malgré toute ma bonne volonté et même si je te souris en plus, tu vas me sentir passer là. Enfin, surtout la sonde urinaire, tu vois. Donc, oui je fais mal. Et, j’aime presque ça. Je ne suis pas disponible non plus, je voudrais l’être mais je cours là, tu vois. Depuis que la réforme de la T2A est passée par là et depuis qu’on doit faire de l’argent, je cours. Parce qu’on est moins nombreuses et que donc pour tout faire faut que je sois moins auprès de toi à t’écouter tu vois.

En gros, je suis méchante, aigrie aussi parfois. Parce que je cours pour toi et que toi tu ne le vois même pas. Parfois même, tu ne me remercie pas. Genre en plus, tu râle sur moi. Si, si, tu râle, parfois même tu crie et hurle sur moi. Parce que tu ne comprends pas pourquoi tu dois attendre, parce que les urgences : « C’est les urgences, quoi !!! » Ca doit aller vite et toi, tu trouve que le temps ne passe pas. Et qu’on est trop nombreuses, qu’on glande rien, qu’on te fait attendre en vain. C’est vrai que toi, tu sais, que le patient dans la salle de déchoc, il est mort y’a pas deux minutes.  Et qu’Antoine (c’était son prénom), ce n’était pas un patient comme les autres pour moi. Alors, hurle mais surtout ne t’attends pas à être mieux traiter. Parce que plus tu hurleras moins je serai disponible tu vois. Passer tes nerfs n’aura servi à rien : je peux t’expliquer que là aujourd’hui on est en sous-effectifs permanents et que je voudrais bien. Toi, de toute façon, t’as décidé de ne pas comprendre mes raisons. Alors, hurle comme un con mais ne tape pas, s’il te plait…

Voilà, j’ai traité les trois plus gros clichés je crois. Si tu en vois d’autres, surtout n’hésite pas à me le dire. Je les traiterai une prochaine fois.

Et, puis si tu ne me redemande rien, la prochaine fois je te parlerai des docteurs. Ok, on fait comme cela ?

10 commentaires

  1. Merci Millie.
    C’est tout un univers de rêves (érotiques) qui s’écroule, mais merci pour cette mise au point.

    Note pour plus tard : Alain, si tu tombe malade, pense à ta guérison pas aux infirmières, elles ont autre chose à faire.

  2. Exact .. Infirmière ? un Métier à Fuir …
    Comme compagnon d’une Infirmière (que je suis) , je vous le dit , c’est un métier à Fuir !
    Les stéréotypes que tu viens de décrire, ce n’est rien , à coté du vécu : Angoisses + Angoisses, Stress + Stress + Maladie + Misère + Aucuns soutiens …
    Bref, Oui, extérieurement , l’idée est sympatique, soigner les gens, être utile , etc etc …
    Mais dans la réalité , l’enfer … Bon courage à Vous …

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