taxi driver

Taxi Driver

par @alexandredupont notre correspondant à Pekin

où l’on apprends que les taxis comme les meufs ont toujours l’impression de ne tomber que sur des connards.
Tout le monde s’en tape de ma gueule. J’suis juste un taxi parmi des dizaines de millier dans cette ville de cinglés. Enfin bon, j’ai pas trop de point de comparaison, à part une ville ou j’ai du aller à 2h d’ici pour accompagner un vieux con, qui m’a bien payé du reste. Vous êtes libre ? Bah ouais j’suis libre connard, tu vois pas la lumière rouge ? Tu vas où ? Ok rentre. J’espère qu’il va pas me parler ce connard. Il a même pas une gueule de connard c’est pire que ça. Bah ouais il y a des embouteillages, c’est Pékin. Tu débarques ? Putain j’en peux plus. Je rêve que d’une chose : que tous ces mecs rentrent dans mon taxi, ne parlent pas, montrent juste leur adresse et ferment leur gueule. Un putain de monde de muets. Mais avec de la musique, et de la musique sans parole. J’en ai mare de toutes ces nanas avec la même voix qui chantent comme des catins. Allez hop, casse toi, c’est là que tu descends mon pote. Oui oui merci, au revoir, file la thune, casse toi.
Quand ils sortent du taxi, je fais toujours la même chose : je compte ma liasse de la journée, et classe les billets par coupures. 100, 50, 20, 10, 5, 1. J’adore les compter. Mais seulement les billets. J’aime pas les pièces. Quand j’ai fait 200 je rentre chez moi. Mais ce que je préfère, c’est être tout seul, dans les petites rues, avec de la musique. De la

by @y0jn3

musique sans parole. Sans client. Je suis bien, tranquille. Jusqu’à ce qu’un connard me saute dessus, me crie son adresse et c’est reparti pour la torture, les klaxons, les embouteillages.
Tiens, il a l’air bien plein d’oseille celui là. Là, celui qui lève la main. Classe, occidental, costume gris. Surement un Anglais. On est dans le quartier des banques. Tu vas ou ? Tu parles chinois ? Ouais c’est ça, file la carte de ton hôtel. Ouais j’le connais celui là. Rentre. Bien sur, comme t’es étranger, tu montes à l’arrière. Tu veux avoir l’impression d’être conduit par un chauffeur. Classique. Les chinois c’est l’inverse, ils vont devant, ils sont comme les gosses qui s’battent pour avoir la place à l’avant. Moi ça me fait chier. Quand ils montent devant, ils veulent toujours discuter, indiquer leur chemin, alors que moi je veux juste écouter ma musique. Sans paroles, sans bruit, juste la musique. Tiens, le voila ton hotel. Le Hilton. Putain d’hôtel de riches avec l’héritière qui est une vraie pute.
Hop je compte les liasses. 188. Pas assez. Tout le monde ici considère que le 8 est le chiffre porte bonheur. J’connais pas mal d’abrutis de chauffeurs de taxi qui se seraient arrêtés si ils en étaient à 188 pour leur journée. Même si un connard de client habitait sur la route de chez eux ils les prendraient pas dans leurs taxis. Des cinglés. Moi j’ai pas de chiffre porte bonheur. À 200 je rentre chez moi, c’est tout. J’y suis depuis 6h du mat’ ça commence à me taper sur le système. J’commence à me dire que les étrangers qui parlent pas chinois et ont juste une carte avec l’adresse de leur hotel c’est pas si mal. Ils parlent pas, ils s’installent derrière. Ils font pas chier. Pas mal quoi. Je vais aller faire un tour dans le quartier des banques, c’est l’heure des sorties du boulot.
Après ça, j’rentrerai chez moi, et j’irai diner dans mon resto du lundi. Un resto calme, pas très bon mais du coup ya pas d’clients. Et c’est pas cher. 4 les raviolis, 2 la soupe, 3 la bière. Puis j’irai dormir. Demain ne sera pas un autre jour. Demain sera le même jour, comme les 364 autres. Je suis juste un taxi à Pékin, mais pas n’importe lequel : un taxi qui aime la musique et ne tombe que sur des connards. Pire que ça. Des mégaconnards.

Alexandre Dupont

7 commentaires

  1. All the animals come out at night – whores, skunk pussies, buggers, queens, fairies, dopers, junkies, sick, venal. Someday a real rain will come and wash all this scum off the streets. I go all over. I take people to the Bronx, Brooklyn, I take ’em to Harlem. I don’t care. Don’t make no difference to me. It does to some. Some won’t even take spooks. Don’t make no difference to me.

    … You get a job. You become the job.

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