« Pourquoi payer comme un malade quand je ne suis pas malade ? »


C’est le slogan. Une dizaine de mots qui m’ont vraiment mis en colère. Comme une folle, comme une enragée en fait.
Bah, oui pourquoi payer comme un malade? C’est vrai, franchement.
J’hallucine, c’est juste un nouveau coup donné à la Solidarité. Le concept même de Solidarité qu’on achève sur l’hôtel du financement. Payer une mutuelle, c’est couvrir un risque pour soi et savoir que cet argent ne financera pas que ses besoins.
Déjà payer une mutuelle, c’est compliqué. C’est un budget, je ne le renie pas. Je suis bien placée pour le savoir. Je n’ai pas d’aide de mon employeur pour la cotisation. Et deux personnes à assurer. Parce que c’est cela vraiment une mutuelle.

Quelqu’un qui assurera s’il t’arrive un problème.

C’est même déjà un soi un vrai problème, tu vois. Les mutuelles, c’est cher. Voire très cher quand on est nombreux et que l’on n’a pas un gros budget pour cela. C’est un luxe. Un truc qui me met en colère aussi. Parce qu’assurer sa santé ne devrait pas être si onéreux. Si inaccessible pour certains. J’avais signé la pétition pour que ce soit déductible de nos impôts. Je ne sais pas pourquoi mais mon cher Président n’a pas trouvé cette proposition intéressante. Pourtant, c’était une réforme juste pour tous. Équitable  j’avais pensé. On ne devrait pas hésiter pour sa santé.

La santé n’a pas de prix. Enfin, Elle ne le devrait pas.

Une mutuelle c’est donc des personnes qui payent pour au cas où il arrive quelque chose. S’il ne nous arrive rien, cela peut paraître comme de l’argent jeté ou gaspillé.
Mais, jamais je n’oserai penser à le récupérer. Je sais que cela couvre aussi les frais des « autres » assurés. Ceux qui sont malades plus souvent, ceux qui ont besoin d’un traitement à vie.
Ce que je regrette amèrement, c’est la notion de solidarité derrière qui s’efface derrière. C’est le futur qui se dessine derrière un petit rien, une petite pub, un simple concept…

Parce que le principe de solidarité d’une mutuelle s’applique à une plus grande échelle. C’est la Sécurité Sociale.
Oui, la dame bancale, la dame un peu vieillotte qu’on réforme tous les ans pour tenter de la sauvegarder. La dame qui prend l’argent de tous (oui, je sais presque tous) et essaie de l’utiliser pour régler nos dépenses de santé… Pas toujours très bien probablement.

Mais, cette dame là elle règle quand même pour moi, pour toi et tout le monde. Elle s’en fout que tu sois beau ou pas, vieux ou pas, intelligent ou pas, riche ou pas. Elle te couvre et ne te quitte pas (oui, je sais il faut avoir ouvert des droits…). Ce n’est pas la perfection mais quand même elle est là. Elle est abimée, en danger mais on peut compter sur elle.

Alors, pourquoi ne pas faire comme cette mutuelle et lui demander de rembourser ce qu’on ne dépense pas ? Les autres on s’en fout ou pas ?
Ce n’est pas grave, tu me diras. Oui, ce n’est pas grave… Euh, dis-moi ? T’as déjà vu le système de santé à l’américaine ? T’as vraiment envie de n’être soigner que si tu as de l’argent ?

T’as envie de passer me voir dans mes urgences et que je te dise en premier avant même un bonjour, donnez moi vos papiers d’assuré ? Et si tu n’en a pas que je te renvoie vers un système de soins pour pauvres ?
Le premier qui dit oui, je hurle…

2 commentaires

  1. « Elle s’en fout que tu sois beau ou pas, vieux ou pas, intelligent ou pas, riche ou pas. »

    Heu, c’est faux ça. Il y a des conditions à remplir. L’argumentaire serait parfaitement valable si n’importe qui pouvait se faire soigner sans débourser un centime. Malheureusement, ce n’est pas le cas: on vous demandera de posséder des documents prouvant telle ou telle situation (étudiant? salarié? indépendant? régime machin? carte vitale? régime truc? complémentaire bidule? CPAM/CMU/LMDE/PTT/DTC? Vous avez mis à jour votre dossier dans notre bureau aux horaires d’ouverture dignes d’une administration stalinienne?), et si vous n’entrez pas dans leurs cases vous payez de votre poche, à l’américaine. Même si vous avez cotisé bien sagement. Je sais, ça m’est arrivé.

    Il s’agit d’un service ni vraiment public (étant donné le parcours du combattant pour y avoir droit) ni vraiment privé (vu qu’il est obligatoire). Les USA ont au moins l’honnêteté, quitte à ne pas offrir un vrai service universel, de laisser les gens libres de choisir où ils cotisent.

  2. Rémi, voici mon témoignage à mettre en vis à vis ce système où on a beaucoup de liberté certes, mais aussi celui d’être malade :

    Je suis diabétique insulino-dépendant. Cela signifie que je suis obligé de m’injecter de l’insuline quotidiennement. La maladie a un certain nombre d’inconvénients à court et long terme :
    – court terme : sans insuline, je malade comme un chien, je bois 4 litres d’eau par jour, je suis vaseux …
    – long terme : risques cardiovasculaires, infections, amputation, cécité, problèmes de reins …
    Tout ceci pour ne pas tirer la larme à l’œil – je vis bien mon diabète – mais simplement garder à l’esprit le coût d’une prise en charge d’une maladie non ou mal traitée.

    Pour mon traitement, je suis sous pompe à insuline, elle m’apporte un confort quotidien (que nous considérerons comme secondaire) mais aussi de bien meilleurs résultats qui repoussent d’autant les risques à long terme, et donc leurs coûts. Cette pompe n’est pas directement gérée par la sécurité sociale, elle est en fait louée à une société privé pour 30 € / jour soit environ 1000 € / mois pour le traitement à l’insuline. Malgré un salaire d’environ 2000 € / mois (ce qui est loin d’être miséreux), je pourrais à peine me le payer sans la sécurité sociale.

    J’ai vu la semaine dernière un reportage sur Arte où l’on présentait un américain moyen lui aussi diabétique. Son traitement lui revenait à 1000 $ /mois, même pas une pompe, mais de simples injections. Il ne trouvait pas d’assurance maladie, mais pire encore, il ne trouvait pas de travail : un employeur qui l’aurait embauché aurait été obligé de souscrire à un contrat spécifique à son cas. Et que pense-t-il du système de santé qui vient d’être mis en place par Obama à votre avis ? Où est la liberté ?

    Le diabète est de plus héréditaire, ce qui lui arrive sera la même chose pour ses enfants si eux aussi développent la maladie. Où est la liberté des enfants nés là où il fallait pas ?

    Revenons à mon cas : 1000 € / mois, je trouve ça cher. Mais pourquoi ? N’est-ce pas justement parce qu’on a mis un peu de libéralisme économique en ouvrant un marché pouvant être géré par la sécurité sociale où les hôpitaux ?

    Je vois plus dans cette liberté, celle des prestataires pouvant appliquer le prix qu’ils veulent, pas forcément celui correspondant au prix de revient.

    Ce débat sur la liberté est un faux débat, avec la sécu, on perd un peu de liberté, pour avoir potentiellement beaucoup. C’est le principe de l’assurance. Maintenant qu’il y ait un peu de ménage à faire … Du côté de la médecine libérale ?

    Il faut faire très attention à ne pas confondre libéralisme économique et libéralisme tout court. Le premier peut parfois gêner son grand frère.

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