Un dimanche avec Carla

par  @ladygravos

et allez voir son blog : http://ladygravos.blogspot.com/

Quand je regarde la télé, je me prépare toujours à regarder une enquête exclusive sur la drogue, les ghettos ou les chinois, qui ne m’apportera rien, si ce n’est un sentiment d’insécurité. Les programmes aux soi-disant contenus politiques sont encore pires : sous prétexte de réflexion on va se concentrer sur les lapsus les plus en vogue de la politicosphère, comme si les vrais enjeux ne devaient être abordés que par les quelques personnes dont c’est la profession. Les autres devront donc se contenter de se divertir avec de la télé-réalité, télé-cuisine et télé-région.

Autrement dit, je ne m’attendais pas à sortir particulièrement grandie d’un documentaire sur Carla Bruni-Sarkozy, et pourtant, celui-ci est une véritable mine d’or d’informations. A partir d’un programme a priori destiné à brosser une image flatteuse de notre gouvernement, je ne vois que le symptôme d’une société malade. Suis-je la seule ? Please RT.

On nous a tout fait : de la séance photo avec Carla fumant une cigarette, jusqu’au frère mort du sida. Tout paraît tellement fake et mis en scène que je me surprends à vérifier si elle bien eu un frère, c’est vraiment horrible. Plusieurs journalistes ont déjà qualifié ce documentaire de honte, de mièvrerie et de n’importe quoi, je ne reviendrai donc pas là-dessus.

L'art du portrait : de l'importance de la distance. Documentaire Sur Carla, octobre 2010

Marie-Antoinette : « s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! »

Carla le dit dès le début, elle est dans un conte de fée. On se rend vite compte que ce qui est pour nous une image, est devenu sa réalité. Dans sa cour, les gens qui l’entourent passent leur temps à la flatter, ils ont l’air de s’éclater tous autant qu’ils sont. Ses priorités au quotidien sont bien loin des nôtres : « Si je m’occupais moi-même des bouquets de fleurs de l’Elysée, ce serait une catastrophe pour notre République. »

Dans sa bulle elle a 15 ans, tout est soit « génial » soit « inouï », elle y vit avec « son homme », « son amoureux ». D’ailleurs elle répète souvent qu’elle est amoureuse, comme pour essayer de s’en convaincre. Le journaliste parle de sa « capacité à s’extraire du monde réel. » C’est bien ce qu’on dit.

Bienvenu dans un monde de dégénérés

Carla fait pourtant partie de ces femmes qui fascinent. En plus de sa grande beauté, il se dégage une classe. Elle passe pour être quelqu’un de fin et d’intelligent. La façon même dont elle a été introduite à l’Elysée nous donne envie de ne pas la détester : elle passe pour être le succédané de Cécilia ex-Sarkozy, dont les similitudes physiques sont tellement fortes qu’elles ne peuvent plus être le fruit du hasard. Lettrée, artiste, humaniste, elle semble être tout ce que le chef de l’Etat n’est pas, elle est donc l’incarnation parfaite de « la technique de diversion » si chère à notre gouvernement, elle est le symbole de « l’ouverture ». Je m’attendais donc à trouver quelqu’un de sympathique, et j’ai été bien déçue. Ses certitudes personnelles semblent être la somme hasardeuse de toutes les convictions politiques de toutes ses love affaire réunies. Elle arrive à sortir, inébranlable, des phrases comme « Je ne pensais pas que la droite modérée pouvait résoudre les problèmes qui devraient être ceux de la gauche. » Elle parle de sa vie comme d’un business plan, et on semble comprendre que si sa route a croisée celle de Nicolas c’est tout simplement parce que leurs projets professionnels se rejoignaient. De sa voix en apparence si douce se dégage tout sauf de la sérénité. Carla veut tellement maîtriser son image qu’elle fatigue ses faits et gestes, et surtout, en devient incohérente. Chaque situation ou question jugée par elle comme embarrassante est automatiquement esquivée par la formidable technique de « la fuite en avant », c’est-à-dire en répondant par la première absurdité qui lui vient à l’esprit, ou en se mettant à chanter du Gainsbourg, des Beatles, ou Velvet Underground. Et on exagère même pas puisqu’elle l’a fait 3 fois.

Ce qui donne donc de grands moments de télé comme : « Mon mari n’est pas un chanteur folk. »

Ou encore cet échange d’une grande qualité :

– Le journaliste : « Vous êtes un peu l’hémisphère rose de votre homme, non ? »

– Carla : « Hémisphère hémisphère, est-ce que j’ai une gueule d’hémisphère ? ».

Et là on commence à ne plus voir les choses comme avant.

Si Carla était sur Twitter, ce serait un robot

De sa beauté et son faste révolus, il ne reste qu’un visage fantomatique, fatigué, usé par la chirurgie. Couplé avec ses phrases bizarres, elle semble désincarnée, les yeux écarquillés et vides. La fascination a laissé place au FLIPPANT. A force de tout vouloir maîtriser elle en est devenue la représentation d’elle-même, employant toujours les mêmes mots, avec toujours la même tonalité. Y’a un truc qui cloche.

Comme dans le devenu célèbre article de Paris Match sur Liliane Bettencourt (P. Match 30 septembre 2010), le documentaire pallie le manque de personnalité par des qualités qui n’en sont pas et qui viennent justement appuyer le fait qu’elle n’est peut-être pas toute seule dans sa tête. Donc ce qui la caractérise est surtout « une grande joie de vivre » avec « un penchant pour la gaieté et pour l’autodérision ». 5 minutes après elle se vexe toute rouge quand le journaliste lui demande si son implication associative n’a pas un but politique. On avait pourtant là la seule question intéressante du documentaire.

Son implication associative et caritative quasi boulimique semble répondre à une grande culpabilité qui la ronge, en réalité. Elle fait un don à l’hôpital d’Aquila en Italie comme pour répondre aux critiques de la presse italienne. Elle aide des structures en France, celles-ci même qui sont démontées quotidiennement et précarisées par l’actuel gouvernement. Elle rend, par exemple, visite à une chorale dans une école à Bondy, en région parisienne, pour lutter contre illettrisme. Let me laugh.

Ce documentaire est donc extrêmement parlant : on présente ici une République qui n’en possède que le nom, où tout le monde est déconnecté, voire dégénéré. On se trouve face à un gouvernement qui assume de plus en plus le fait d’être en contradiction totale avec les problèmes qui secouent la société. On ne peut pas s’empêcher de faire un lien direct entre ce genre de comportement et la morosité ambiante. On comprend juste que pour ces gens-là un chèque de 100 millions d’euros n’est qu’un pourboire, que si les Bettencourt et consorts se victimisent autant, c’est parce qu’ils pensent très sincèrement qu’elles n’ont rien fait de mal, ou d’illégal.

J’ai envie de finir, et personne ne m’en empêchera, sur une phrase de Nicolas Sarkozy, issue du documentaire : « C’est fantastique la guitare ».

Pour vous faire votre propre idée le documentaire est ICI sur Pluzz

une production Boréales, Magnetopresse, MAS.

11 commentaires

  1. Je suis totalement d’accord! PLus j’y pense plus ce documentaire est à gerber. Votre analyse est parfaite…
    J’ai surtout été frappé de la dignité qui se dégage du couple Obama à côté du côté totalement guignol des Sarkozy.
    Le contraste était incroyablement comique quand on avait vu juste avant sur TF1 « Palais Royal » avec Valérie Lemercier en Carla par prémonition insensée… L’effet de contamination était à mourir de rire….

  2. Je suis contente de voir que mon point de vu est partagé.
    Le couple Sarkozy passe effectivement pour des gros outsiders à côté des Obama.
    Sans parler de cette véritable prise d’otage affective qui leur ont infligés, ils étaient constamment en train de les toucher !
    J’ai failli faire un parallèle avec cette histoire récente aussi :

    http://www.rue89.com/2010/10/03/pour-ses-cocktails-et-reunions-borloo-fait-licencier-50-personnes-169280

    mais si je commence à faire des parallèles, c’est un puits sans fond…

    @LadyGravos

  3. Perso, elle me fait penser à Ariel Dombasle.
    La critique de cet article est très bonne. malheureusement le reportage est un peu long surtout si il n’en vaut pas tant le coup que ca.
    Auriez-vous des « meilleurs passages » ?

  4. Il est amusant de constater l’existence toujours plus évidente et grandissante d’une population en marge de la société qui subi sans cesse la satire de ses concitoyens, la ségrégation (impossible de prendre le métro), la marginalisation (impossible de manger ailleurs que dans un 3 macarons Michelin – restaurant routier… non, pardon… routinier), leurs cartes bancaires sont noires pour les différencier parmi cent, les seules personnes en mesure de leur sourire avec sincérité sont leurs banquiers (qu’ils connaissent souvent mieux que leur propre famille), leurs pieds et corpulence générale sont tellement difformes que leurs vêtements doivent être sur-mesure, à l’image de SDF, qu’ils aperçoivent derrière leurs vitres fumées, ils ne savent pas dans quelle porche ils vont passer la nuit, ils leur est physiquement impossible d’habiter toutes les pièces de leurs habitations, déjà parce qu’elle sont disséminées dans le monde entier, et que chacune d’entre elle est beaucoup trop grande pour pouvoir en faire le tour, leur condition de vie ne tolère aucune faiblesse, aucun signe de fatigue, ils se tuent à la tâche (que leur teinturier se tue à enlever), soir après soir, trimballés de diners de gala en inaugurations, constamment jet-laggés, les jambes endolories par les miles accumulés, qui se convertissent rapidement en d’autres miles gratuits, bref, c’est l’escalade de l’abondance, un cercle vicieux qu’il est très difficile de freiner puisque les plus concernés sont ceux justement qui doivent prendre les décisions, mais la dépendance les en empêche, la drogue est forte (et pure), ils ont besoin de nous : à quand une association pour venir en aide au tiers mondain ?

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