confession d’un troll dragueur

illustration par T0ad pour voir son site tu cliques sur l'image

Si j’essaie d’attribuer à l’incroyable turnover de mes followers (j’en perds 10 quand j’en gagne 15) une quelconque origine raisonnée et que j’évacue la question de la vulgarité de mon style, de la véhémence de mon ton parfois trop dispersée (je m’excuse officiellement auprès du travesti à qui j’ai dit que sa salle de bain était moche, et sa gueule aussi et qu’il fallait tout changer mais je l’avais pris pour une femme – compliment à saisir), si j’évacue de même le facteur de ma trop grande présence, c’est-à-dire, donc, si j’évacue tout ce qui m’arrange ou me dérange, il me reste un point crucial, sorte de clef de voute d’un insuccès immérité.

Je fais dans ma TL ce que les autres font en DM.

Je te drague, toi, ton chien, ton chat, ta soeur, le curé, la caissière et le boulanger, j’ai sucé pour un petit pain, léché mes doigts pour une tranche de foie de veau moins chère ou un simple morceau de cervelas offert en dégustation… les hommes, les femmes, de tous les âges, tous les bords, toutes les sensibilités. Si tu savais.

J’ai même rencard avec ta mère, tu le sais, tu as intercepté un SMS en push sur son Iphone et l’auteur était une mystérieuse « Adolphine »… Ton père le sait et ne râle pas, il espère un threesome. Le pire c’est que je risque de prendre du blé à tes vieux, dans cette histoire…

T’as les boules coco, coco t’as les boules, mais là n’est pas la question.

La question n’est pas non plus de savoir pourquoi je fais tout ça, trop ennuyeux. Le modus operandi a été écrit il y a des siècles par Ovide, le maître, dans un manuel de chasse qui va finir par sentir le latex à force de trôner sur ma table de chevet : Ars amandi.

J’ai à confesser quelque chose qui m’est arrivé.

A trop vouloir chasser, et avec un avatar comme le mien, on attire de tout notamment des pervers ou des groupies hystériques qui se mettent à genou dans un claquement de doigt(s).

Et quand on a mes goûts en matière de drague virtuelle, on répond souvent présent, ça devient un sport, une mauvaise hygiène de vie… on finit par baisser la garde, perdre ses réflexes d’auto-défense.

Ce qui devait arriver…

Elle était belle, elle écrivait exactement comme j’aurais voulu qu’elle le fasse et j’ai compris plus tard que c’était sa compétence centrale : devenir ce que l’on attend d’elle. Les échanges ont duré plusieurs semaines, franchissant tous les paliers imaginables de la progression vers ce qu’on nommerait en frémissant « vulnérabilité ».

J’avais retiré un à un tous mes attributs de troll, tombé le ticket de métro qui habille ma bouche, aplati mon brushing et sorti mes bigoudis. Je m’étais retrouvé nu, malgré moi, face à ces pixels d’elle.

Puis le jour est arrivé où, après des séances de webcam la lentille pointée sur la braguette, nous nous sommes donné rendez-vous.

Je suis arrivé tout excité. Pour moi c’était emballé, il ne restait plus qu’à peser. Et j’avais envie de peser son âme. J’étais heureux, comme le jour où on sait qu’on va prendre un risque important, qu’on choisit de se laisser déséquilibrer mais en vue d’un bien futur.

Je me suis trouvé face à une main tendue assez froide, un décorum, un mur et tout un protocole. Le salon de thé choisi était cher et c’était à moi de payer. Ses mimiques étaient toutes assez fausses, son regard fuyant. Elle me félicitait pour tout ce que je prétendais avoir accompli et je n’adhérais pas.

Tout ce que j’avais en tête c’était de relever cette jupe dans une passion intense mais je commençais à me demander quel était mon numéro sur la liste du jour…

Au-delà du fait que j’avais saisi chez elle la travailleuse et l’incroyable embobineuse, au-delà de la cassure qui se faisait en moi et de la honte – comment ça avait pu m’arriver à moi – je sentais une faille en face, une gêne. Elle m’aurait regardé dans les yeux si elle avait été dans sa classique configuration de prédatrice. C’est certain.

Peu importait, j’ai écourté cette insupportable situation pour pouvoir me jeter plus fort dans la douleur véritable, celle qui allait venir. On sait, à mon âge, que c’est l’après qui va faire mal, que le pendant n’est qu’une chatouille dans le plan global de torture. J’interprétais la faille que je pressentais chez elle comme une autre tentative de m’appâter.

Un dernier besoin à satisfaire avant de mettre définitivement les bouts et de les recoller aussi. Je descends un escalier. Je trouve les toilettes. Je fais ce que j’ai à faire puis je prends 30 secondes pour me regarder et trouver le courage de remonter. La porte s’ouvre derrière moi. Elle me pousse contre le mur. Je dis non mais ça se fera quand même. Et les yeux dans les yeux. Intense, tout comme je l’avais imaginé. Je n’y comprends plus rien…

Quand c’est fini elle se presse de s’en aller. Elle se rhabille en partant. Je rattrape son bras au bas de l’escalier. Elle se retourne et me gifle sans étouffer un sanglot. Des sons gutturaux alors qu’elle fuit. Les interrogations, encore, ne jaillissent pas; mais le doute tout pur, sans mot, m’assiège.

Je n’ai plus trouvé aucune trace virtuelle de cette tweepie… aucune. Je pense qu’elle les avait supprimées avant même le rendez-vous. Et je mets sur ses larmes le sens que je veux, perdu.

11 commentaires

  1. C’ETAIT TRES INTERESSANT, AH SI VRAIMENT. NON, JE VOUS JURE, J’AI TROUVE QUE C’ETAIT TRES INTERESSANT, . (en fait, pas du tout)
    (commentaire épuré par la rédaction)

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