Initiales CB

Contrairement à l’animal, l’humain au cerveau perverti par mille infos contradictoires est souvent attiré par ce qui l’irrite… si j’ai oublié de regarder le documentaire hagiographique sur CB diffusé dimanche soir sur France 3 (« La Voie de Carla »), qui a agacé bien des internautes, j’ai craqué en achetant la biographie non autorisée de CB. Un succès de librairie comme on dit… C’est drôle, les initiales CB, c’est comme Carte Bleue… L’auteur de « Carla, une vie secrète » offre le minimum syndical : remonter aux origines de la famille Bruni-Tedeschi, riches industriels italiens dont le fils Alberto, père de CB, préférait la musique aux affaires, ce qui ne l’a pas empêché de laisser un « tas d’or » à sa femme Marisa à sa mort, c’est elle qui le dit. Une pianiste fantasque épousée laborieusement qui s’est distraite avec quelques aventures passionnées extra-conjugales dans un couple qu’on décrit comme « libre ». Ainsi, le père biologique de CB était un jeune musicien qui avait moins de 20 ans lors de sa naissance mais Alberto l’a-t-il su? On ne sait pas… En tout cas, il l’a révélé à sa fille adoptive avant de mourir et la soeur Valeria TB l’a raconté dans son film « Il est plus facile pour un chameau… ».

CB dans tout ça? La famille BT émigre à Paris quand elle a 7 ans, Valeria TB le raconte bien dans son premier film, la culpabilité d’être riche fait que les parents expliquent aux enfants qu’ils doivent fuir par crainte des Brigades rouges. Bon, ça c’est moi qui l’ajoute, le livre n’en parle pas. Installés dans 3000 m2 près du Champ de Mars, on décrit l’adolescente CB comme une jeune fille cool qui n’aime pas son nez qu’elle fera refaire rapidement, fascinée par le milieu mode où elle se verrait bien devenir une star, plus qu’elle n’aime la mode en tant que fashion addict, toujours en jean alors qu’elle pourrait s’offrir les créations de tous les grands couturiers. Mais une interview du photographe de Madonna, Patrick Demarchelier, français installé à NY, dit clairement les choses : CB n’était pas un top model (comme Claudia Schiffer ou Linda Evangelista) mais un mannequin avec une allure géniale sur les podiums, une personnalité célèbre.

L’auteur explique que le visage un brin figé de celle qui apprend rapidement à tout contrôler jusqu’aux muscles de son visage l’a gênée dans sa carrière, elle ne fera jamais la couverture du Vogue américain, par exemple. Explique aussi, un peu linéairement, que ce qui a rendu vraiment célèbre CB ce sont ses 8 ans de liaison avec Mick Jagger qui finira par divorcer de Jerry Hall, top model aussi, mais ce sera trop tard. Mick Jagger, l’ado qui collait ses photos sur les tableaux de maître de l’appartement familial le voulait coûte que coûte, c’est Eric Clapton, plus tard, avec qui elle a eu une love affair, qui le lui présente.

Ce qui fascine chez CB c’est sa détermination, la même qu’on retrouve chez Madonna à ses débuts qui déclarait vouloir être « plus célèbre que Dieu ». On décrit CB pendant ses années dans le milieu de la mode comme ne se plaignant jamais, ne faisant pas de caprices, très pro, avec une confiance en elle absolue qu’elle est la meilleure, qu’elle arrivera au top, n’hésitant pas à provoquer les événements sans attendre qu’on vienne la chercher. En tant que mannequin, l’argent n’intéresse pas CB, déjà richisssime, contrairement à ses consoeurs, ce qu’elle aime, c’est la lumière des podiums, qu’on la prenne en photo, la même exposition qu’elle viendra chercher à l’Elysée des années plus tard. Retour à la famille BT, la mère Marisa n’a qu’un point faible : son fils aîné Virginio qui, au lieu d’industriel, deviendra un marin faisant des tours du monde et mourra du SIDA à 46 ans. Dans ces conditions, ses deux soeurs, Valeria et Carla, ont cherché toute leur vie une place dans la lumière pour être vues… La première dans la contre-culture, le théâtre, la seconde dans la mode comme tremplin de la célébrité.

Aujourd’hui, CB n’habite pas l’Elysée qui l’ennuie, s’occupe peu de sa fondation, compose seule chez elle dans son hôtel particulier du XVI° arrondissement. Les vacances ses passent au Cap Nègre dans la maison de famille où les ex de CB sont invités aussi à passer leurs vacances avec « mon mari » : le père de son fils, Raphaël Enthoven, qu’elle a piqué à Justine Levy qui venait de l’épouser, le chanteur Louis Bertignac, un de ses premiers boy-friends qu’elle avait débusqué très jeune, Vincent Perez, aujourd’hui compagnon d’une de ses meilleures amies, Karine Silla, mannequin surtout connue pour avoir eu une fille avec Gérard Depardieu. Les habitants de la région voient dans le président Sarkozy un peu le dernier mec de CB, ils en ont vu passer…

Le livre n’est pas féroce, abordant plus que traitant les sujets qui pourraient fâcher en haut lieu, n’osant pas aller plus loin que d’être factuel, ne portant pas de jugement, la vie de la nouvelle première dame de France est un roman, pourquoi en rajouter? Le lecteur se fera une idée : celle du portrait d’une femme sous hypercontrôle qui, perfectionniste, bûcheuse, opiniâtre, écrit le livre de sa vie en composant des personnages « premiers de la classe » les uns après les autres, la top model au top, la chanteuse bobo à succès, la première dame perfection habillée comme Jackie O. Au fond, ce livre rendrait plutôt CB humaine avec cette logique de la quête insatiable de la lumière pour ceux qui tentent inlassablement de réparer l’obscurité de leur enfance… C’est peut-être cela la clé du mariage de CB avec un président de la république détesté comme jamais en France, cette absurde quête sans fin de la réparation du passé par la surenchère de reconnaissance, un point commun de taille.

« Carla, une vie secrète » par Besma Lahouri (Flammarion)


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