S’envoyer en l’air

Par @sandlablonde

by @capuuute

Je n’ai jamais rêve d’être hôtesse de l’air. Entendons nous bien. Les varices précoces, les rides simiesques à force de sourire aux passagers angoissés, la perte de cheveux temporale due aux chignons trop répétés, ça me fait pas envie. L’idée ne m’a  même jamais effleurée.

Mais voyager, ça oui. J’aime. Loin, vite, longtemps.

Et c’est là que j’en viens à l’objet de mon article, puisque lecteur exigeant, tu veux du fond, de la prise de position, (t’inquiètes, j’ai révisé le kama sutra), de l’engagement. Lecteur, je te le dis, cet article, je le paie de mon corps, tout entier.

Je veux bien sûr t’instruire de cette ineptie, que dis je de cette torture qu’est le voyage long, ou semi long courrier (on t’a jamais dit que c’est pas la taille qui compte? En fait si, mais si tu as du fric, nous passerons sur ce  détail).

Je vais même dire, oser, parce qu’au fond je n’ai peur de rien, je suis un artiste contemporain et je fais ce que je veux, le voyage Long courrier, c’est du Guantanamo organisé. Je vais trop loin? Tu penses que j’exagère?

Que nenni. Lis ma démonstration, tu vas comprendre.

D’abord, mise en situation. Tu es à l’aéroport, fringant, joyeux comme lutin sachant qu’il lutinera bientôt, mèche impeccablement brushée sur ton front aspirine, la joie et l’amour de ton prochain t’habite.

Sauf que. Enregistrement des bagages, présentation des papiers d’identité, documents de vol, et oh, cette photo n’est pas très ressemblante mademoiselle, vous êtes sûrs que c’est bien vous haha (note pour plus tard, soumettre à l’administration un changement de photos de passeport obligatoire tous les  6 mois, ce qui prendra les changements de look saisonniers en compte, plutôt qu’une ré actualisation tous les cinq ans. Explique au douanier que tu es désormais blond glacé, lisse et long parce que c’est so 2010, alors qu’en 2007 tu devais être frangée, brune, cheveux courts).

Ce petit rien, mis à part (et la taxe surplus de bagages acquittée car qui raisonnablement peut caser 15 jours de vie balnéaire, vacancière et autres joyeusetés en moins de 25 kilos hein?), tu t’apprêtes à pénétrer la divine carlingue, fuyant avec délice les effluves d’un aéroport bondé.

Sauf que. Tu n’avais pas encore réfléchi intrinsèquement au fait qu’un avion est par essence un endroit confiné.  Patience, tu t’en rendras compte plus tard. Pour l’instant, tu pérégrines (avec difficulté) dans le couloir (c’est ainsi qu’on nomme cet espèce de boyau de trente centimètres entre les sièges, qui bientôt sera ton seul espace de liberté, tes plaines du Kansas, ton eldorado). Pressé par les autres qui comme toi veulent joindre au plus vite leur place, tu fourres ton sac cabine dans l’endroit où on fourre les sacs cabines, et tu te la fermes. La ceinture te rentre dans les fesses, et tu t’es cogné la hanche violemment sur l’accoudoir en essayant de ne pas perdre trop de temps, mais ce n’est pas grave. D’ailleurs tu vas la boucler ta ceinture. C’est l’hôtesse qui l’a dit.

Sauf que. Franchement, t’as pas un tout petit peu l’impression qu’on se fout de ta gueule là? Si l’avion se crashe, tu crois honnêtement que c’est ce ridicule morceau de tissu plastifié qui va te préserver de quoi que ce soit? Alors que même dans une foire, sur un manège t’es plus harnaché que ça? Je vais te dire. En fait, c’est surtout pour aider à l’identification des corps, plus tard. Pour garder les morceaux ensemble. C’est même pour ça qu’on te fait passer un gilet de sécurité en cas de gros danger. Tout reste mieux ensemble, en fait (ben quoi? C’est scientifique).

Bref. Les hôtesses te montrent les gestes de sécurité (laissez moi rire), et on s’apprête à décoller. Tu as compris j’espère que c’est uniquement une diversion hein? Faut que tu sois occupé. Ça t’évite de stresser. Enfin… Jusqu’à ce qu’une demi heure après le décollage, on te serve ton plateau repas. Que a) t’as pas envie de manger parce que tout a l’air en plastoc. b) t’arrive pas à manger parce que tu files des coups de coudes à ton voisin à chaque mouvement. c) tu redoutes l’élimination naturelle des choses ingérées, et donc le passage aux toilettes (faisons s’effondrer un mythe: on ne BAISE pas dans les toilettes d’un avion. JAMAIS.  Limite on meurt. Ou on y reste coincés).

Et puis, trou noir. Tu as maintenant 10h, 12 h, 15 h, de néant absolu devant toi. Et trente centimètres. Ton espace vital. Trente centimètres devant, rien sur les côtés. Des tas de films nases à base de Jennifer Aniston (parce qu’on est en 2010, dans les 90’s, t’aurai eu Meg Ryan, estime toi heureux. Ou pas). Tu vas avoir mal, au bras, que tu essaies péniblement de rentrer dans tes côtes pour pas gêner. Aux pieds, que tu ne sais où mettre. Aux fesses qui s’endolorissent. Aux yeux, asséchés par la clim. Il est même probable que tu t’endormes et te réveilles en sursaut, bouche en feu d’avoir béé sans aucune salivation lubrificatrice de muqueuse (ou a contrario tu auras bavé  en dormant au vu et su de 200 passagers ou plus). Des odeurs diverses et variées: pieds, relents gastriques, parfum bon marché, haleines de poulet curry, intestins qui se relâchent (VIVE L’ALTITUDE ET LA DILATATION DES GAZ).

Et puis ce sera enfin l’ atterrissage. ENFIN. Limite, ta politesse exacerbée de l’embarquement s’est évanouie, et tu écraserai bien la sale gueule de la vioque devant pour sortir plus vite de ce maudit avion. Putain.

La prochaine fois, c’est dit. Je vends un rein s’il faut.

Mais je m’envoie en l’air, en première.

L’Economy, c’est pour les connards.

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