Hey petit, on m’a tiré ma mob’

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Aller au boulot en scooter le matin à Pékin quand le ciel et bleu et qu’il ne fait pas trop froid, c’est mon petit plaisir du matin. Mais aujourd’hui en sortant de chez moi, mon scooter n’était plus là. On connaît tous ce sentiment, bagnole à la fourrière, portable qui disparait, etc. Généralement je me mets à jurer dans le vide et à crier. Fort. Ce matin, j’étais étrangement calme. Je regardais l’emplacement vide où aurait dû se trouver mon scooter comme un abruti, mais calmement. A quelques mètres de là se trouvait un gosse d’une dizaine d’années, qui me regardait en mâchant du chewing-gum, assis  sur un banc en uniforme d’école primaire (jogging bleu, casquette jaune – la classe, ndlr), un yoyo à la main. Ressentant le besoin de parler, je lui lâche en Anglais cette phrase, qu’il ne comprendrait certainement pas, mais qu’importe.

–       Yeah kid, I’m fucked. Someone stole my scooter.

Le gamin ravale alors sa bulle de chewing-gum et répond très calmement en anglais.

–       Yes dude, I can see that. It must have happened during the night because I’m here since 9 AM.

Gros blanc.

Quoi ? Ce gosse parle anglais ? Incroyable ! Je ne m’y attendais pas à celle là. Et ainsi continua la conversation, que je rapporte ici en Français.

–       Tu parles Anglais petit ?

–       Bah ouais.

–       Mais personne ne parle Anglais ici, comment ça se fait que tu parles ?

–       Les gens sont des flemmards. C’est pas compliqué quand même. Un bon livre d’apprentissage de base, des séries TV américaines le soir quand mes parents dorment pour travailler la prononciation, un peu de littérature, et ça vient tout seul.

–       Un peu de littérature ? Mais t’as quel âge ?

–       13 ans. Mais il n’y a pas d’âge pour lire Faulkner, non ?

–       Heu. Ouais… Et pourquoi t’es pas à l’école là ?

–       Bof. De temps en temps j’ai juste pas envie d’y aller. Bon, on fait quoi pour ton scooter ? Si tu veux on va au commissariat et je traduirai pour toi, ton Chinois m’a l’air pas terrible.

–       Ouais… Tu penses vraiment que ça sert à quelque chose d’aller voir la police, petit ?

–       Pas sûr mais le commissariat est à 5 minutes et il ne doit pas y avoir foule à cette heure là. Et comme j’ai rien à faire jusqu’à 15 heures…

Un peu curieux de ce gosse qui commence à me faire penser à Holden dans L’Attrape-coeurs de Salinger, et n’étant pas loin du commissariat, j’accepte la proposition du gamin. Chemin faisant, nous parlons littérature américaine, et il m’explique qu’il ne comprend pas bien pourquoi tout le monde encense Fitzgerald, qui n’est pour lui pas du niveau d’autres écrivains Américains (que je ne connaissais d’ailleurs pas).

On rentre dans le commissariat et le gosse commence à discuter avec le policier, lui expliquant la situation. De temps en temps, le policier pose une question au gamin, qui se retourne et traduit. En gros ça donne ça :

–       T’avais mis un antivol ?

–       Non.

–       T’avais une assurance ?

–       Non.

–       Il y a souvent des vols dans la résidence ?

–       Je ne sais pas.

–       C’est quoi ton modèle de scooter ?

–       Ca je sais. Un VVX, noir (le plus vendu du marché, environ 1000 par jour rien qu’à Pékin, ndlr).

Puis le policier et le gosse se remettent à parler en Chinois. Le petit prend la parole :

–       Donc pour récapituler, il s’agit du vol d’un scooter noir VVX, sans plaque d’immatriculation, sans assurance, sans signe distinctif, sans antivol.

–       Oui.

Le gosse me fait signer une feuille et discute avec le policier qui marmonne un truc avec un grand sourire et éclate de rire. Le petit se retourne vers moi, et conclut : « Heu… il vient de dire qu’il pense qu’il y a beaucoup de chance de le retrouver ».

Alexandre (twitter)

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