La fille du métro Pékinois

Elle était la, assise devant moi, la fille du métro Pékinois. Accrochée à son téléphone, elle crie, elle pleure, elle gémit, et mes poils se dressent tant elle a l’air de souffrir. Au départ j’hésite à partir pour ne pas m’infliger un tel moment de souffrance pour les 5 prochaines stations (car, croyez moi, les stations de métro sont très espacées à Pékin) mais je suis littéralement bloqué dans la masse de travailleurs matinaux du métro. Et ça repart d’ailleurs de plus belle. Elle crie, pleure, et ses larmes coulent partout, ce n’est franchement pas beau à voir. Pris de pitié j’essaye de comprendre ce qui se passe. Je comprends des bribes de conversation. Quelque chose est « cassé », « j’en ai marre ». Elle est si jeune, la fille du métro Pékinois, trop jeune pour vivre une telle épreuve, qu’elle qu’elle soit. Je veux l’aider mais je n’ai pas de mouchoir, et je ne comprends pas trop ce qui se passe. Mon Chinois est, en outre, trop limité pour pouvoir la consoler. Je pourrais lui lâcher un « tout va bien se passer », ou commander une bière, oui ça je sais le dire, mais je ne le sens pas.

Mais qu’est ce qu’elle a à la fin ? Tout le wagon la regarde, alors qu’elle continue de pleurer et crier au téléphone, la tête baissée. Je demande à ma voisine, debout à coté de moi et qui regarde la scène comme un épisode des Feux de l’amour, si elle sait ce qui se passe. Elle me répond, en gros, ceci en chinois : « coeur, cassé, petit-copain, parti ». Histoire d’amour. Bon, ça ira.

Le fait que je m’intéresse à la scène semble susciter un engouement autour de moi.

Mon voisin de gauche ajoute « non, pas du tout. Elle-enceinte-mais petit copain- pas le père ». Quoi ?? Elle est enceinte ? Mais elle est si jeune!  Je commence à me sentir mal. La pauvre. Enceinte ! D’un autre !

Quelqu’un me tape le dos en souriant. « Non, pas enceinte. Son chien – mort ».

Quoi ? Mais c’est quoi ce bordel ! Il me reste une station de métro et je n’y comprends plus rien. Allez j’ose, je m’accroupis devant elle et lui demande ce qui ne va pas. « Qu’est ce qui ne va pas Petite ? » Mais elle me crie quelque chose que je ne comprends pas et ses yeux pleins de larmes et de haine me font franchement un peu flipper.

Je me dirige vers la porte de sortie car on arrive bientôt à ma station. Je suis tout chose.

Mon malaise ne dura que quelques secondes : un homme d’1m95 de type occidental ayant regardé la scène depuis le début s’approche de moi juste avant que je sorte et me lance dans un anglais parfait « mec, t’inquiète, ils se sont foutus de toi, elle a juste eu une mauvaise note en Histoire-Géo ».

Pas évident.

@AlexandreDup

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