Un bel avenir…. sur twitter

Un bel avenir…sur Twitter

Laurent était promis à un bel avenir. A 16 ans déjà, les filles l’adulaient et les profs ne juraient que par lui. Facile. Les lycéennes jolies et rebelles, très sollicitées en cette période de déniaisement général, ne s’intéressent qu’aux grandes gueules. Pour avoir la faveur de leurs premiers émois sexuels, il faut être de toutes les manifs, une tête brûlée, pétrie d’insolence et de provocation. Laurent était un héros. Lui seul osait piquer la clé du toit sur le bureau du proviseur pour fumer des pétards en altitude entre deux cours. C’était un insoumis, déjà. Les profs auraient du le détester, en faire leur tête de turc. Mais Laurent était brillant. Pour le corps enseignant, ça compensait les conneries.

Du coup, un an plus tard, il se chopait dans la même journée une mention TB au BAC ES et Juliette pour fêter ça. La bombe des terminales, mince, un superbe 90 C qui tient tout seul, des yeux bleus à la fois innocents et sensuels, future présidente à la Fac de Nanterre de l’association « Un avenir pour la Terre ».

« Je suis le roi du monde ! » criait-il à qui voulait l’entendre. C’est le pétard et pas l’iceberg qui a explosé Laurent en plein vol.

Sciences Po, très peu pour lui, une voie pour les fils à papa qui se prennent déjà pour les futures élites du pays. En L2 de droit, il fume tous les soirs, puis en journée, puis dès le matin. Je ne dirais pas que ses neurones ont grillé, non, mais sournoisement, les connexions se sont ralenties, l’envie de réussir s’est atténuée, la motivation s’est évaporée. Les amphis, à quoi bon, il pique les notes des autres gratte-papiers. Embrumé, ne pensant qu’à mater des films et boire des coups, il abandonne ses études, puis s’isole du reste du monde dans son studio sous les toits.

Sa vie est foutue, pas de diplômes, défoncé en permanence, Juliette partie vers d’autres horizons.

Alors, allongé sur son lit, puant le bouc, la clope au bec, les restes du Quick de la veille traînant sur la moquette, il n’a plus rien à perdre, et décide de mener une étude de profils sur Twitter, pour se donner une chance d’exister quelque part. Misant tout sur son bout de cerveau encore valide, il constate rapidement que les plus populaires sont de jeunes journalistes qui n’ont pas la langue dans leur poche, et démontent en permanence le Président et ses sbires. Bingo ! Il se mue en chroniqueur engagé à gauche, profondément anti-sarkozyste.

Au fond, il s’en tape de ces bagarres de clans et de l’avenir du pays, de toutes façons c’est la merde partout et personne n’y changera rien. Mais enfin, il a trouvé le moyen de s’éclater et faire parler de lui. Chaque jour, il pique les bons mots des Guignols et des blogueurs engagés, puis il en fait une chronique mordante et insolente, se filmant devant son mur blanc. Tout y passe, les talonnettes, l’inflation, le malaise vagal, l’Air Sarko One, le remaniement, il ne manque pas de matière. Comme il a de l’esprit, et encore du charme malgré ses yeux injectés de sang, la vidéo tourne pendant des jours avec force LOL et MDR, sur Twitter, Facebook, les blogs et parfois même des médias plus connus, de gauche, bien entendu.

De 31 followers en 2008, il passe à 26 595 en novembre 2010. Il ne gagne pas une thune, mais cette petite notoriété fait un bien fou à son ego. Les filles viennent à lui, régulièrement, par messages privés. Toutefois, il ne tombe pas dans le piège. Hors de question de prendre le risque de se griller. Le pétard et la gloire rendent paranoïaques, c’est connu. Et puis, ramasser son Quick, qui pourrit tranquillement par terre, s’habiller, pour accueillir une femme dans son trou à rats, c’est au-dessus de ses forces.

Personne ne sait vraiment qui il est, où il vit, sans contrôle ni hiérarchie, il est indélogeable et peut sévir, se moquer et insulter en toute quiétude.

Cependant, il faut bien se nourrir. Il  décide ainsi que les internautes devront participer financièrement, ils ne peuvent plus se passer de ses chroniques, et lui, il a besoin d’argent. Il menace de tout arrêter, les dons affluent.

(NDLR on dit qu’il utilise actuellement le système glifpix )

Comblé, il peut se payer le menu XXL au Quick et se réconcilier avec son dealer Place Clichy. Bientôt, peut-être pourra-t-il s’offrir un appartement plus grand, une Rolex et un avion privé, symboles du pouvoir et de la réussite ? Juliette rampera à ses pieds, et ensemble ils s’enverront en l’air.

Finalement, les études, ça sert à rien. De la bonne herbe, une connexion potable, et son avenir est assuré. Il ricane, s’enfonçant un peu plus dans son lit, alors qu’un cendrier plein à ras bord se déverse sur son oreiller.

Article de @audenectar

son site:

http://www.nectardunet.com/

illustration By www.twitter.com/y0jn3

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