Au train où vont les choses et caetera

"DyptiQ" ou "dix petits culs" ou "dis, petit cul" ?
photo : lobbiaz©

Les secousses n’étaient pas nettes. Ca tanguait de façon irrégulière. Plus qu’un roulis, il s’agissait de mouvements qui m’envoyaient surtout sur les côtés. J’avais l’impression d’être assoupi sans aucune certitude. Forces centrifuge et centripète se faisaient naturellement la guerre et mon sommeil s’en trouvait dépaysé. Des clichés de bikinis sur une plage presque déserte irisaient mon imagination d’une libido humide.

Je crois bien que je dormais dans un train qui filait à 300 à l’heure sur les rails orangés qui nous mènent où l’on grille, où l’herbe est sèche comme la paille qui prend feu à la moindre étincelle.

Aucune certitude cependant. Ce genre de sommeil est si sourd, si subi, si intense qu’il prend la place de la réalité aussi sec. Et d’ailleurs, qu’est-ce qui est plus réel : la vie dans le sommeil, rêvée ou moins ; ou la vie autour éveillée des autres. Je vous laisse choisir… Le réel peut dormir.

Ce trajet est vraiment étrange. Vous connaissez, quand tout se confond. Quand vous croyez avoir rêvé une chose et qu’elle est matériellement là, que vous devez recomposer l’ensemble des éléments qui parcourent votre esprit comme les esprits animaux de Descartes, comme des fusées, des wagons qu’il faut raccrocher.

Une bière de 50cl est posée devant moi sur la tablette, à peine ouverte, la condensation perle encore. Une autre est froissée juste à côté, vide. Les vapeurs d’un joint d’herbe pure que j’ai dû fumer avant de monter à bord me lancent encore dans un autisme passionné. Ai-je rêvé le sourire de cette brune aux longs cheveux, très insistant, au moment de la montée à bord ?Ai-je exagéré l’idée des frôlements qui ont eu lieu quand on s’est retrouvés face à face dans un couloir alors qu’on se suivait ? Au réveil de mon premier morceau de sieste, j’avais comme un gloss à la fraise étalé sur les lèvres. Je l’ai senti en léchant, avant de poursuivre les bières. Pas d’autres signes.

Je suis certain d’avoir parcouru ma TL sur mon smartphone par moments, mais tout aussi est mélangé, comme entre deux mondes. Comme si les informations sur ma destination étaient révélées par des tweets, des arobases, des mentions. @Gorge_Fraiche conversait étrangement avec @mat_on… ça parle photo… je prends beaucoup de plaisir à cette fuite désorganisée de mon esprit. A ce moment je sieste avec un large sourire sur le visage, une banane accompagnée d’une autre. Mon rêve sent moins la fraise et ne se passe pas dans un train. Je suis agenouillé dans un lit et je ne vois qu’un cul qui s’agite. Aucune pénétration mais une sensation géniale que ce cul de brésilienne est un joujou tout pour moi, sur lequel je m’éclate. Deux formes rondes et accueillantes où je trouve une chaleur dans des frottements qui sont à l’origine de mes sourires.

A ma grande surprise, je ne me suis jamais vraiment « réveillé » : ce rêve est devenu un monde qui a duré 4 heures passées.

Voici les impressions que j’en ai gardées, en vrac.

Un trajet sous hypnose, entre Heineken et drogue douce aux effets à retardement. Plus de notion de temps. L’insistante présence de @Gorge_Fraiche mais plutôt comme référé que référant. Le rire de @mat_on, démoniaque dans des frisettes huilées. Je crois avoir croisé un sourire charmant et allumé en allant aux toilettes, au moins une fois, des lèvres d’un rouge qui m’ont rappelé une femme qui m’avait déshabillé du regard, un soir, dans un salon de l’hôtel de ville de Paris, alors que le champagne coulait à flots.

Je n’ai qu’un souvenir de la gare, et encore c’est un gimmik, non vérifié : « suivre le pont de Lattes »… Mais je ne crois pas être allé jusque là. Encore un fait étrange : si j’écoute ma raison, je suis descendu du train pour remonter dans le suivant et rentrer sur la capitale. Si je n’écoute rien et que je me contente de suivre mes pensées, leur fil : je suis allé dans un appartement. Les murs étaient tout blanc. Il n’y avait presque pas de décoration. Et une femme m’y attendait, nue, avec ce sourire divin qui accompagne si bien les mouvements d’un index qui vous attire dans une pièce.

Au moment même où j’ai l’impression de vivre la scène pour de bon, de la suivre, de m’engloutir en elle comme si je le faisais de tout mon corps, comme si je goutais sa chair du bout de mes doigts et de toute ma peau, je sens sous mes fesses, qui se trémoussent parfois, la désagréable sensation du velours du siège SNCF.

Mes yeux se referment. Je me demande si je n’ai pas parlé dans mon sommeil. Et en fait de parler, je pense à crier des mots crus pour la faire grimper plus haut. Son visage est plaqué contre le parquet, elle a remonté son cul bien haut et elle m’offre bien plus que l’accès : elle sait quel plaisir ont mes yeux à redescendre de ses chairs le long des lignes puissantes de son dos jusqu’à ses cheveux en pagaille, sa bouche qui râle et souffle sur le sol en bois. Je glisse ma main entre ses cuisses par devant. Je ne fais pas que la caresser. Elle me dirige pour le reste, se saisissant de moi dans un effort intense : elle a autant envie de lâcher mon membre pour ne gouter qu’à mes doigts que de le prendre…

Tout se passe dans cette position jusqu’à ce que nous venions ensemble, presque immobiles, chaque coup de rein est un délice et un supplice. Quand je rouvre les yeux la porte des toilettes communes au wagon est battante, mon pantalon n’est pourtant encore pas refermé. Je retourne m’asseoir à ma place, dans ce chamboulement qui est devenu ordinaire. Je sais que je n’ai pas eu beaucoup de temps avant qu’un homme d’entretien ne me réveille, gare de Lyon. J’ai mastiqué dans le vide, essuyé la salive qui n’avait pas eu le temps de sécher sur ma joue et suis rentré chez moi. Quand j’ai allumé mon ordinateur et regardé mes DM, j’ai lu ceci : « tu as bien fait de venir à Montpellier ».

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