(Pétasse de) parisienne : mode d’emploi – Episode 6 – Le réveillon

Si t’as un minimum suivi t’as pas besoin de (re)(re)(re)(re)(re)lire ça mais si tu débarques bah lis l’intro c’est mieux pour toi Laura

Tu viens de ta campagne, t’es montée à Paris pour bosser et tu crois que tu vas te fondre dans le décor.

Tu te fourres le doigt profond dans l’œil Heidi on t’a reconnue nous, parisiennes de souche.

Parisienne : une race d’exception menacée par le venue dans la capitale de pièces rapportées du fin fond de la province qui pensent pouvoir acquérir la nationalité française comme ça, car oui « parisienne » c’est une nationalité vu que Paris c’est la France.

Et comme le dit Sarko faut un minimum connaître les bases du pays dont tu veux devenir citoyen. Sa langue, ses valeurs, ses coutumes.

Alors si tu veux espérer obtenir un jour le privilège de devenir parisienne quelques règles de base.

On pourra pas dire après que la parisienne est pas sympa, en tout cas elle aime filer ses tuyaux, ça la met en valeur.

Episode 6 : le réveillon

Illustration de @cylk34

Tu te souviens, y a deux semaines je te parlais des soirées spéciales pendant lesquelles on boit du champagne, le réveillon étant THE soirée par excellence pour en boire. THE c’est de l’anglais et écrit en grosses lettres ça veut dire que ça déchire vraiment, tu me suis Jenny ? J’imagine que c’est ton diminutif ridicule et depuis le temps que j’essaie de t’apprendre des choses je me permets…

Et ça tombe bien parce que le réveillon c’est ce soir, ce soir c’est THE soir, la soirée qu’il ne faut pas rater. Une parisienne a au moins six plans de prévus pour le réveillon, le nombre diminuant au fil des années. Quand t’as 18 ans t’es folle un peu tu as autant de plans que d’amis parce que tu parles avec plein de gens différents mais au fil des années ta tribu se réduit, on te propose plus de grosses teufs dans l’appart immense des parents partis skier à Courchevel pour les vacances de Noël, les premières où ils te laissent seule avec ton petit frère à surveiller et les plantes à arroser.

Ce qu’on te propose maintenant ce sont des dîners. De ceux où on fait à manger comme des grands et où on boit dans des verres et plus à la bouteille ou sur le bord de l’évier de la cuisine des tequilas paf.

Toi t’as eu que le choix de les passer avec tes parents et leurs amis bourrés à faire la chenille en attendant qu’Arthur fasse pour toi le décompte jusqu’à minuit. Et tu trouvais ça cool parce que tu croyais qu’Arthur passait un réveillon aussi pourri que le tien, même pire : il avait rien d’autre à faire qu’être sur un plateau télé, même pas de famille avec qui le fêter, le pauvre. Un jour je t’expliquerai le monde de la télé, le sens du mot direct et son contraire mais bon je vais pas briser tous tes rêves en une fois Cindy.

Donc ton réveillon. Si tout se passe bien tu passeras une soirée bien plus pourrie que ce que tu imaginais. Le 31 ça fait trois mois que t’en parles, c’est comme les affaires d’école arrivées dans les vitrines du Monoprix en juin, en septembre ils en sont déjà à Noël et toi aussi.

Des mois que tu planches dessus, que tu demandes à tes potes au détour d’une conversation : « et toi, tu fais quoi le 31 ? » Si tu poses la question sans avoir de plan – ce qui arrive quand tu es une novice comme toi – tu attends le maximum de réponses avant de dire ce que toi tu prévois. Tu prends un air détaché. Tu évoques différentes possibilités : on t’a proposé un premier de l’an sous les sunlights des Tropiques, près du cercle polaire ou sur le toit du monde et tu ne sais pas vraiment laquelle des prépositions tu préfères.

Ou laquelle des propositions tu préfères, si tu préfères. J’avais oublié que t’avais pas de cerveau et que tu n’avais pas assez d’esprit pour avoir de l’humour. Bref.

Mais quand tu es une vraie parisienne tu attends d’avoir toi-même un plan en béton qui fera baver ton interlocuteur lorsqu’il te demandera : « et toi ? » Et si cet interlocuteur a un meilleur réveillon que toi, en vrai, surtout tu ne quémandes pas. Pas d’incruste, c’est toi qui dois donner du rêve et faire pâlir de jalousie le tout Paris.

Parmi tous tes plans tu choisiras la soirée de folie dans un lieu où pour faire la même chose que les 364 autres jours de l’année tu paieras juste le double. Tu manges la même chose sauf que y a du foie gras en entrée, de la bûche en dessert et qu’à minuit il faudra bien penser à dire « bonne année! » en souriant et faire la bise à des inconnus parce qu’après tout c’est le nouvel an ça se fait. Et surtout passer la demie heure de minuit à minuit et demi à s’acharner à envoyer des textos de bonne année à tout ton carnet d’adresses, si t’es déjà trop bourrée tu évites le texto collectif ça évitera d’avoir la honte jusqu’au dernier jour de cette année qui commence à peine.

La plupart de tes amis ne sont pas là pour que tu leur souhaites en vrai, chaque année vous essayez d’être ensemble mais tes amis ont d’autres amis et de toute façon tu n’auras jamais tous ceux que tu veux, tu t’es fait une raison.

Si ton réveillon est un réveillon digne de ce nom tu te diras « mais plus jamais de réveillon, pourquoi se mettre une telle pression pour une soirée qui par essence est ratée car survendue ? Et toute cette pression sociale, non vraiment… ».

L’année prochaine tu iras passer le 31 aux Restos du Cœur, c’est décidé, sauf que tu sais quoi ça fait partie des plans prisés et que même ça on t’en laisse pas le droit tellement y a de parisiennes qui le font déjà pour se donner bonne conscience.

Alors du coup l’an prochain tu feras rien parce que ça aussi ça fait bien de dire « moi le réveillon, je m’en fous, je fais rien, un plat de coquillettes et couchée à 22h ».

Et ça, ça coûte rien, c’est permis à tout le monde et personne sera là pour vérifier qu’en fait t’as pas compté comme une conne avec Arthur.

http://www.lisepressac.com/
https://twitter.com/LisePressac

6 commentaires

  1. ca me rappelle vaguement quelqu’un ces coquillettes et ce 22h…
    Celle qui refuse les réveillons mais qui pour une fois va céder, pour fêter un anniversaire…

    PS : et je rêve d’un épisode 7 sur le shopping et d’un 8 sur la circulation dans Paris et notamment les cours de « traversage de rue à la parisienne »

  2. Et dire que sur l’article N°5 Lise Pressac me disait « tu es toujours le premier à lire et commenter, merci, big up à toi, bonnes fêtes de fin d’année! »

    -> Faut croire que non.
    En tant que Parisien à la vie tumultueuse, j’ai autre chose à foutre qu’à lire les facéties d’une connasse qui m’aurait certainement foutu un vent après lui avoir payé des verres, des restos et des cinémas.

    Ou alors, au-delà du Parisien, il faut voir le diplômé en recherche de boulot que je suis :(
    Plus le temps de lire, d’écrire ou de commenter.

    Mille excuses et article toujours aussi bon! :)
    Je vais rattraper mon retard sur tes articles aujourd’hui!

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