Pro-vocation

– N’empêche, c’est le plus gentil chien du monde…

– C’est bien vrai…

– Et quand je serais grand, je serais vétérinaire…

– C’est une bien belle vocation, mon enfant.

– Tous les animaux seront mes amis. Quand ils seront malades, je serai là pour les guérir…

– Oui m’enfin, tu as le temps tu sais…

– J’adore les animaux, ça me fait rien d’attendre…

– Heureusement, parce que ton bac c’est pas pour tout de suite…

– Oui mais après…

– Après, c’est sept ans d’études… Comme si t’avais redoublé le collège et le lycée…

– Mais  je pourrais être vétérinaire.

– Si tu aimes les animaux, oui… Au point d’aimer les pâtes tous les soirs, de ne jamais sortir, de passer ton temps à réviser, à passer des concours sur la clavicule du poulet et la lèpre de la vache, oui, si après tu n’es toujours pas dégoûté de ne pas avoir rencontré la femme de ta vie autrement que sur Internet et de ne connaître l’amour qu’à travers tes dix doigts, tu pourras être vétérinaire…

– Mais…

– Mais si tu aimes les animaux, tout ira bien. Tu seras content de remettre en place le genou de tel chien galeux,  rien ne te feras plus plaisir de jouer avec les boyaux d’un chat malade et analyser les sels d’un cheval pour savoir d’où lui vient la colique te rendra fou de bonheur.

– Mais moi, c’est guérir les animaux que je veux…

– Et tu les guériras. Et même tu leur donneras la vie. N’as tu jamais songé à mettre les mains dans le vagin d’une vache pour en extirper un veau gluant et tout ensanglanté ? Malgré l’odeur nauséabonde, il sera heureux de te lécher le visage…

– Papa, c’est dégueulasse !

– Excuse-moi. Je voulais te donner la vocation.

– Mais moi, si je veux être vétérinaire, c’est parce que j’aime les animaux.

– Et j’espère que tu les aimeras quand tu iras à l’abattoir vérifier que les cochons sont abattus selon la norme. Ah, le plaisir de se promener dans des hectares de fiente de poulets qu’on retrouve accrochés comme des guirlandes…

– Non, moi, je ferais que les chiens et les chats…

– Et tu auras la satisfaction de voir arriver des enfants comme toi, tout triste de voir leur compagnon malade. Ils te le confieront avec l’espoir d’une guérison rapide.

– Ouiii !

– Bon. Parfois, faudra pas se leurrer. Pas la peine d’opérer. Il est cuit, il est cuit, l’animal. Un coup de seringue, tu le retrouveras au paradis, et puis voilà.

– …

– Non mais je dis pas… C’est un chouette métier vétérinaire. D’ailleurs, si tu veux, tu peux t’entrainer sur le chien. Lui aussi, un jour…

– PAPA !

– Oh, ça  va… J’essaie juste d’encourager ta vocation… pourquoi tu crois que je travaille dans un bureau  ?

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