Robert m’a dit : “T’es vraiment sûre que tu as envie de prendre des résolutions ?”

Il s’appelle Robert, il est petit et très jeune : il est né en 2007. Mais ce mec sait tout, absolument tout. Enfin, c’est lui qui le dit (et tous les profs de français sans exception, même ceux qui aiment La Rousse). Et surtout, Robert nous prend tous pour des mégaconnards à qui ont doit tout bien expliquer…..

Robert est tout étonné de lire et d’entendre tous ces gens parler de résolutions. A vrai dire cela lui fait un peu peur. D’abord parce que Robert est un peu misogyne, et que résolution est très féminin. Et comme tout macho de base il a peur des femmes.

Ensuite parce que, selon lui, on est peut-être au début de l’an de grâce 2011, mais ce terme, résolution, est plus vieux que lui et moi réunis : déjà en 1270, on en parlait. C’était en latin, ça se disait résolucion et on l’utilisait pour dire “dissolution”, voire “désagrégation”.

Après, on ne sait pas trop comment, elle a un peu changé de nom (je soupçonne qu’après tous les dégâts qu’elle a fait, elle a cherché l’anonymat). C’est devenu resolutio, qu’on a utilisé pour parler d’un truc résolu. Mais va savoir comment on l’a résout, ce petit problème….

Et puis Robert s’est un peu emballé. C’est un académicien et il est très structuré dans sa tête. Il m’a donc dit que pour m’expliquer ce terme, il allait le diviser en deux grands thèmes.

Le premier thème, c’est pour me dire que le mot résolution est une action. L’action de résoudre, et surtout le résultat de l’action….
Devant ma perplexité (aussi grande que la tienne, lecteur), il est allé un peu plus loin. C’est ça qui est bien, avec Robert. Il n’est pas avare en mots.

Le voilà parti dans la didactique, pour qui la résolution est une transformation (résolution de l’eau en vapeur). Puis, alors que je n’en demandais pas tant, Robert consulte ses encyclopédies médicales (on ne peut pas dire non plus qu’il soit paresseux), parce que si un médecin te parle de résolution, c’est très bon signe : imagine la résolution d’une tumeur ou d’un abcès… ça veut dire que ça a disparu progressivement. Et ça, pour le coup, c’est génial.

Par contre, mauvaise nouvelle si on parle de tes muscles. Tu veux bien que ton abcès se résolve, mais je ne pense pas que tu serais heureux face à une résolution musculaire. Sauf si tu provoques cette résolution pour te détendre (là, j’avoue que j’ai pas tout bien compris et du coup toi, non plus, lecteur. Mais si tu veux en savoir plus, demande toi-même à Robert, moi, tu vas vite le comprendre, je n’en peux plus).

Parti comme il était sur ces mauvaises nouvelles, il s’est fait l’avocat du diable, ce sacré Robert. Et c’est pas peu dire, puisque qu’il me dit de faire gaffe : “si un avocat te parle de la résolution de ton contrat… ça veut dire qu’il est dissout, annulé….”. Ils sont comme ça les juristes. Ils prennent tout au pied de la lettre. Et pour eux, la résolution a gardé sa définition d’antan… désagragation…

Ah ouais. Pour le coup, c’est bof, en effet.

Ca m’a un peu déprimée. Mais Robert a voulu me remonté le moral. Alors il m’a dit de ne pas m’inquiéter, que ce qui était beau avec les résolutions c’est qu’elles étaient utilisées par un tas de gens.

Et là, j’ai sincèrement cru qu’il parlait de tous les blaireaux qui faisaient leur résolution de Nouvel An… Mais non….

Il m’a dit qu’en Logique, la résolution était une opération intellectuelle qui consistait à décomposer un tout en partie. Il m’a un peu perdue à ce moment-là, je crois que le mot “intellectuelle” était de trop pour ma cervelle.

Alors je l’ai laissé voyager tout seul de matière en matière, il m’a parlé de musique, ça m’a de nouveau réveillée : j’ai cru qu’il me faisait le détail de la playlist de son réveillon… Encore, une fois, non….
La résolution, c’est aussi un procédé harmonique qui consiste à faire un truc consonant après une dissonance. Je crois que ça veut dire le fait de mettre un super morceau juste après une grosse daube commerciale. Mais je ne suis pas sûre….

Ensuite, j’ai repris espoir… il m’a dit qu’il allait arrêter là…. Avant d’ajouter « pour le premier thème »…

Et le voilà reparti en mots compliqués et en phrases alambiquées, à essayer de m’expliquer que donc la résolution est une action (thème 1), mais c’est aussi un fait, une capacité à se déterminer (thème 2).

Oui, une résolution est une décision. Décision volontaire, en plus (je pense que ceux qui font ce genre de trucs devraient apprendre à lâcher prise et à laisser un peu les évènements arriver tranquillement à eux….)
Pire : y a des mecs, ils décident volontairement un truc et ils ajoutent qu’ils sont bien déterminés à s’y tenir….

Là, mon véritable calvaire a commencé. J’étais à peine occupée à digérer la nouvelle sur le fait que des gens aussi étranges puissent coexister en même temps que moi sur Terre, que Robert en a rajouté une couche en me parlant de parfaits inconnus : des mecs se nommant Molière ou Maupassant, ou encore Hugo : j’ai pas vraiment écouté, donc je n’ai rien compris.

Je crois qu’en fait il me donnait des exemples où ces mecs avaient pris des décisions, ou alors où ils ont parlé de résolutions prises par d’autres. Mais du coup, je ne comprends pas pourquoi Robert ne m’a pas directement parlé des mecs en question….
Sauf que, évidemment, j’ai pas osé le lui demandé, parce que dès qu’on pose une question à Robert, il part dans des explications un peu pyramidales divisées en thèmes, sous-thèmes.

Il va jusqu’à te refaire l’arbre généalogique l’éthymologie du mot, et même un dossier de presse reprenant tous les blogueurs et journalistes auteurs qui en ont parlé.
Autant dire que Robert, c’est pire que la CIA et le KGB réunis (ici, lecteur, j’ai voulu me la jouer moderne et dire ‘Wikileaks’, mais c’est tellement 2010 de faire ça, que si c’est pour être hors du coup, j’ai préféré me la jouer Fifties, un peu vintage. Et puis j’aime bien le “réunis” dans l’expression ; et avec Wikileaks ça l’aurait pas fait, vu que pour l’instant il est un peu seul).

Pour terminer il m’a dit ce qu’était le contraire de la résolution : l’incertitude, l’irrésolution et la perplexité.

J’ai cru qu’il parlait de moi….

Je me suis dit qu’à l’avenir, faudrait que je prenne pour résolution de résoudre mes problèmes toute seule, sans toujours demander l’aide de Robert. Que si j’y parvenais, peut-être je serais moins conne, et que cela ne m’obligerait pas à faire ce truc pathétique, pour me sentir moins seule, d’étaler toute cette culture à la face de tous les mégaconnards qui me liront sur ce site.

5 commentaires

  1. Merci JB !! J’avais oublié ce texte, tiens, et en relisant, ô horreur, j’ai vu une ou deux fautes d’orthographe !! grrr… je vais corriger cela et réfléchir à un autre « Robert m’a dit », car je m’étais bien amusée à faire celui-ci !

  2. @Megaconnard : je ne peux pas modifier moi même : voici ce que j’ai trouvé comme erreurs (il y en a sûrement d’autres, sorry) :
    Mais Robert a voulu me remonté le moral ——> me remonter le moral
    Sauf que, évidemment, j’ai pas osé le lui demandé ——> le lui demander

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