Je suis une legende

I Am Legend. Le titre déjà, comme une mise en abîme : de remake en réplique, la légende se tisse, par quoi l’opus lawrencien se fait représentation de lui-même. Du roman que publia Richard Matheson en 1954, voici en effet la troisième adaptation filmique, pas moins. Et c’est de légende qu’il s’agit. Comme un mythe dont l’issue, quelque connue de tous qu’elle soit, n’en continuerait pas moins d’être racontée. Légende de qui ? de quoi ? De moi (« I am »), peut-être le dernier homme sur la terre. Et, au-delà, légende des États-Unis, dont nous vient ce film en guise d’énième portrait cinématographique, tant il est vrai que ce pays n’en finit pas d’occuper les esprits et le devant de la scène, d’être le personnage principal d’œuvres appartenant au Septième art tout entières – à la manière dont il l’est aussi en littérature, chez des auteurs aussi divers que Steinbeck, Schneerson ou Faulkner. « I Am Legend », en latin « Ego legenda sum », peut aussi être lu : « Ego legendus sum », soit : « Je dois être lu », lisez-moi, interprétez-moi. Écoutons l’injonction du film de Francis Lawrence.

La première image est l’interview donnée à la télévision par le médecin Alice Krippin, qui annonce la fin du cancer. Trois ans plus tard, le colonel Robert Neville, interprété par Will Smith, circule en voiture avec sa chienne dans New York à l’abandon. Les images magnifiques tournées sur ce lieu même du cinéma, mais rendu désert par l’épidémie et les effets spéciaux, s’impriment avec d’autant plus de force dans l’esprit du spectateur que la caméra est parfois portée – lors de la scène initiale de chasse au faon dans la ville – et parfois franchement subjective – lorsque, plus tard, le héros piégé s’évanouit, suspendu à un câble.

On est en 2012. Une épidémie a tué presque toute l’humanité. Les fautifs : Alice Krippin et ces savants fous qui ont entraîné la foudroyante propagation du « KV virus ». Les animaux aussi sont malades de la peste. Au vrai, tous ne sont pas morts, et quelques gagnants ont survécu à l’infernale partie de poker : un nombre infiniment réduit de créatures saines, et, en outre, des créatures malades, affamées et parfaitement déshumanisées, qui vivent dans les ombres et sortent la nuit. Mais la famille de Neville a manifestement succombé ; du moins ont-elles disparu, épouse et fille que d’impressionnantes images d’évacuation de la ville nous montrent dans la position d’émigrants quittant New York pour des lieux réputés plus sûrs, au prix d’une sélection entre individus sains et individus infectés. Stupéfiante inversion : émigration hors de la ville même des immigrants, Ellis Island ou Brooklyn comme lieux de départ et non plus d’arrivée. Du moins Robert a-t-il sa chienne. Avec la sensibilité extrême dont on le sait capable depuis Men in Black, Smith, héros et seul à l’écran pendant l’essentiel de la bobine (les scènes de flash-back exceptées), entretient avec elle une relation profonde et protéiforme : Samantha est une amie, une mère, une fille, et pour finir un monstre infecté à son tour, que son maître doit étouffer en un baiser de la mort qui n’est qu’une allusion parmi d’autres aux Écritures.

Neville s’entretient, résiste, vit seul dans le confort de sa maison à Washington Square. Il connaît par cœur Shreck et Bob Marley, mène dans le sous-sol des recherches sur les corps de malades pour trouver un remède au mal, et est guetté par la folie. Dans les magasins laissés à l’abandon, il feint d’entretenir des relations sociales – routine, amitié, rencontres – avec les mannequins de plastique qui y sont restés, maigres clients témoins du temps passé. La désocialisation n’est toutefois pas complète, puisque tous les jours il donne rendez-vous sur une jetée à d’éventuels survivants qu’il convoque par les ondes. Une femme et son enfant le rejoignent, en commençant par lui sauver la vie. Mais c’est par leur faute que les infectés, hommes et bêtes (les trois chiens hurlants évoquent les cerbères de l’enfer), hommes-bêtes, identifient le lieu où réside Neville et s’y rendent au tomber du soleil.

Le suspense est parfois insoutenable dans ce film où se mêlent les styles – le thriller et le film de science-fiction se lit en fable philosophique ; c’est aussi un « film de zombies » mâtiné d’horreur et riches en scènes de poursuite entre le héros et les morts-vivants. Ceux-là, Smith les connaît déjà, lui qui, faut-il le rappeler ? avait interprété dans Independence Day le rôle bouleversant du capitaine Steven Hiller, chasseur d’aliens. Mille films nous viennent à l’esprit qui disent où (en) sont les sociétés anglo-saxonnes / occidentales, à commencer par Les Fils de l’homme, d’Alfonso Cuarón (2006), qui déjà reprenait un roman, au reste (P. D. James, 1992). La fin messianique d’I Am Legend n’est-elle pas une évidente variation sur la figure de celui que les Écritures appellent bien « le Fils de l’homme » ? Comme dans Les Fils de l’homme, c’est d’une humanité hyper-développée mais anxieuse de sa survie et de sa dégénérescence que nous parle, en creux, I Am Legend. La pellicule se fait évocation du cinéma quand la menace de l’assaut de la maison par les créatures de l’ombre évoque les Oiseaux d’Hitchcock. Où l’on retrouve la spécularité du titre.

Cette scène messianique, justement, par quoi se clôt l’œuvre : Neville se jette au cœur de la foule des assaillants, la grenade à la main, et meurt avec eux, non sans avoir au préalable confié à Anna, celle qui l’a rejoint avec son fils, une éprouvette contenant le vaccin. Ce don de soi à l’humanité évoque irrésistiblement Jésus : le martyre pour racheter l’humanité entière, donner sa vie pour donner la vie via un sang riche de futur, presque une semence. C’est d’autant plus fort qu’il nous semble que, en termes diégétiques, sa mort liminaire n’est pas vraiment utile. Neville aurait pu se sauver avec elle, ou plutôt : on s’étonne de ce que son sacrifice à lui ait permis la survie d’Anna et Ethan. Il faut en passer par là pour ouvrir l’ère messianique : après un étiage, un événement-matriciel d’où vient tout le présent. « Ground zero » est évoqué deux fois pour qualifier New York City : mots qui désignent le « foyer principal » de l’épidémie – là où, dans le roman de Matheson, c’était à Houston qu’était échu ce rôle. Mais on ne peut aujourd’hui l’entendre autrement que comme une allusion à l’événement-clef, du reste signalé dans la dispendieuse et fameuse scène du pont de Brooklyn que heurte un hélicoptère, et suggéré par une façon de numérologie – la fin du film est un 1001e jour qui nous met déjà sur la voie, et elle intervient, nous dit-on, le 9 septembre 2012. Un peu d’arithmétique pour conclure : de 2012, j’ôte le 2 final, je l’ajoute au 9 septembre et j’ai mon 9/11, scène primitive originelle.

8 commentaires

  1. Enième procrastination, coup de bourre et grand stress pour ce f**** rapport d’étape de mémoire d’histoire à rendre pour demain qui doit valider tout mon semestre ; je viens 2 minutes ici lire un ou deux nouveaux articles pour me détendre (déculpabilisation on/) et il faut que je tombe sur celui d’un historien, spécialisé, qui plus est. Coïncidence? Je ne pense pas. (déculpabilisation off/)

  2. Triple distilled… Cette critique sur-alambiquée en millefeuilles n’est pas sans rappeler « Les propriétés endochroniques de la thiotimoline resublimée » d’Isaac Asimov. Faut avouer que la forme de l’exposé est bluffant et le fond totalement monthy-pythonesque.

  3. Je ne l’avais pas vu comme ça, mais j’ai adoré ce film. À la fois fidèle au roman dans l’esprit, et assez éloigné dans les faits. Une oeuvre qui redonne son vrai sens au mot « interprétation ».

  4. vu hier et vraiment….Mis à part que les morts vivants foutaient vraiment la trouille (t’as vu comme ils sont moches quant mm!), que l’histoire d’un chien qui meurt, moi ça me fait toujours chialer (donc trop facile) franchement, ce film est presque une caricature!
    Déjà sa famille meurt donc tu sais qu’il n’y survivra pas, qui va aussi y laisser sa peau et tant qu’à crever, autant crever en martyre, son chien qui se suicide pour son maître, quelle abnégation…Et j’en passe d’autres lieux comment!
    L’oscar du moment le plus encombrant et inutile du film : sa séance d’abdos, tous muscles suant et bandant dehors, pendouillant sur un trapèze accroché au chambranle du salon : Un beau grand moment à la JCVD!

    Vraiment, un film formidable où le gentil américain meurt pour la cause mondiale!

  5. semer melon aubergine corocnbne en fe9vrier sur couche chaude c’est bien beau mais le fumier de cheval ge9ne9ralement utiliser chau fe 5/6 semaine maxi apres le coup de feu dons 15 fevrier ou 01/03 si pas pres coup de feu oblige + 6 semaine = 01 ouor encore grand besoin de chaleur e0 cette e9poque d’ou la question : chaleur re9siduelle vas-t-elle sufire?

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