Le monde doux-amer des sites de rencontres

Par Coquillette

Illustrations:

@hedvab et @t0adscroak

Une fois refermés mes vieux dossiers sentimentaux, je me mis en tête de continuer mon chemin et de me fabriquer en kit une chouette relation, vous savez, amour et bisous et coucher de soleil et le genre de conneries mielleuses auxquelles je crois encore à mon âge avancé. Bien évidement, écumer les bars était hors de question, à moins de décider de passer mon brevet de péripatéticienne. J’ai donc regardé en direction de l’avenir et des forces bienveillantes de l’univers. Malheureusement, tout ce joli monde était très occupé ailleurs et n’avait manifestement pas le temps de prendre soin de mes besoins sentimentaux. J’ai quand même laissé un message après le bip, au cas où mon karma se déciderait à intervenir. Après quelque temps, j’ai compris qu’il allait falloir se débrouiller toute seule, sans destin et sans hasard. Les copines se sont réunies pour décider ce qu’on allait faire de moi. Je n’étais jusque-là pas consciente qu’il fallait faire quoi que ce soit de moi, mais elles m’ont expliqué qu’il était temps que je me bouge et que si je voulais me trouver quelqu’un de sympa, impossible d’y échapper: le site de rencontre.

A première vue, l’idée m’a semblée absurde. A seconde vue, ridicule. A la troisième, ça m’a fait hurler de rire. Non, vraiment, merci bien, les sites de rencontre, c’est pour les loosers pathétiques, les mecs louches tendance serial-killers, les filles neurasthéniques et moches, les laissés-pour comptes de l’aventure romantique, les paraplégiques du cœur. Moi, je vis dans les livres de Jane Austin. On m’a patiemment expliqué que j’étais obtuse, prétentieuse, gavée de stéréotypes et trouillarde. Flattée par tant de compliments, à priori aussi vexants que fondés, et afin de faire taire mes tendres amies en pleine “intervention”, comme dans les films américains, j’ai fini par me décider et m’inscrire. C’était il y a déjà 2 ans. Depuis, c’est devenu tellement bateau que je passe sûrement pour une paléontologue à vous raconter tout ça. Petite rétrospective des grands moments du web-dating:

Passé la grande vague d’angoisse existentielle qui me submergea au moment de la rédaction du profil, je me mis allégrement en route, vers des lendemains plein d’un romantisme débile et d’un amour eternel et sans nuages. Tout d’abord la photo. J’avais un peu l’air de m’être récemment échappée de l’asile, mais bon, c’est tout ce que j’avais sous la main, j’espérai que ça passerait. Surprise, ça passait très bien. Ce qui prouve que soit dans chaque mec se cache un psychiatre qui s’ignore, ou que poussés par le désespoir et la testostérone, ils se taperaient n’importe quoi. Finies les longues soirées à ressasser les amours perdus (Qu’il crève ce connard!), à soupirer, languissante de nostalgie amoureuse (Qu’il attrape la peste bubonique, la syphilis et les oreillons, ça sera bien fait pour sa gueule), il y a toujours le site, disponible, prometteur et débordant d’un intéressant potentiel masculin.

Je découvris alors un monde nouveau, permettant virtuellement des rencontres qui n’auraient jamais pu avoir lieu dans la réalité. Ce qui dans certains cas est d’ailleurs préférable. Je découvris aussi rapidement que dans l’avantage des sites de rencontre réside aussi l’inconvénient. A la Bourse des Relations Humaines, la dure loi de l’offre et de la demande s’applique aussi. Étourdis par tant de potentiel féminin, les surfeurs du relationnel virtuel régressent à l’état de petits garçons pourris-gâtés qui se jettent sur toutes les friandises qui passent à leur portée. Miam, une fraise Tagada…Oh, un Carambar…Oui, celle-là est sympa et bien roulée, mais si je m’arrête, je risque de rater un bonbon plus sucré, plus coloré. Eh attendez les mecs, je suis pas un bonbon, je suis une galette des Rois, une pièce montée, une tarte aux…Trop tard. Partis, probablement subjugués par une guimauve peroxydée. Au début horriblement vexée par tant de goujaterie, je finis par décider de ne pas le prendre personnellement et de jeter sur toutes ces interactions un regard anthropologique. D’abord ça permet de protéger un peu son ego malmené, et ensuite, ça donne à l’expérience un côté assez hilarant. Tout le monde le sait, les gens parlent en codes, qu’il faut apprendre à déchiffrer. La lecture des profils est un sport extrême, plaisir garanti.

S’il écrit: “Recherche une relation faite de bons moments, avec une fille qui sait se laisser aller”, il veut souvent dire “qui sait se laisser aller vers la partie inférieure de mon anatomie”.

S’il précise: “J’aime la vie, les sorties, les couchers de soleil, un bon livre, rire et les bons repas. Si toi aussi, fais-moi signe” c’est sûrement pour décourager toutes celles dont le profil dirait: ”Je déteste la vie et pense me suicider dans la semaine à venir, j’aime surtout pleurer, me ronger les ongles, les chiens empaillés, les tremblements de terre et les sandwichs à la mort-aux-rats”.

Il y a ceux qui dégainent leur numéro de portable après 2 messages sur le chat et qui sont horriblement vexés si on ne cesse pas immédiatement toute activité pour se ruer sur le téléphone. Dis-moi crétin, de quoi on va parler exactement? Il y a cinq minutes, j’avais encore jamais entendu parler de toi.

Ceux qui précisent: “beau/séduisant” et autres indices laissant présager un physique à la George Clooney/Gerard Butler/Clive Owen (sélectionner selon les affinités) mais qui malheureusement, affichent un profil exempt de toute preuve pixelique. Alors dis-moi mon poussin, ça coince où exactement? Tu sais pas te servir des fonctions de base de ton ordi? Ou bien tu as peur que ta femme te reconnaisse? Ou alors, plus probable, tu as une nette tendance à l’exagération affabulatrice et le seul point commun que tu as avec les chéris hollywoodiens suscités, c’est que toi aussi tu aimes bien les Expresso ( What else?). J’affectionne par-dessus tout ceux qui, invités à envoyer une preuve de leur plaisante physionomie, se mettent à vous expliquer, d’un ton acide et franchement condescendant, que vous êtes une pauvre fille superficielle aux centres d’intérêt aussi futiles qu’inconsistants. Et bien entendu, avant de vous contacter, ils ne viennent absolument pas de passer au moins 20 minutes à saliver devant vos photos. Ils veulent juste faire connaissance parce que vous avez l’air d’être super intéressante. Et vachement intellectuelle.

Ceux qui sont “séparés” quand la seule chose qui les sépare vraiment de leur femme, ce sont de longues années de rancœur, d’ennui et de panne de désir. Et peut-être un ou deux gosses qui s’endorment entre eux le soir.

Ceux qui disparaissent. Ça commençait bien, on commence à se raconter sa vie, on se plaît, c’est intensif et prometteur. Puis silence radio. Disparu. On s’inquiète. Il a peut-être été enlevé? Puis on commence à se rendre compte que le pourcentage des enlèvements sur les sites de rencontre est nettement plus élevé que celui du Pérou, du Venezuela et de la Colombie réunis.

Bref, si on décide de prendre tout ça pas trop au sérieux, on découvre un monde éclectique, grouillant de cons et de mecs plutôt sympas, d’escrocs et de blessés du cœur, de nases diplômés et de clowns sympathiques, d’obsédés priapiques et de dragueurs timides, la vrai vie quoi. Et parfois, au détour d’une page virtuelle, on peut même finir par rencontrer quelqu’un qui en vaut vraiment la peine. Mais ça bien sûr, c’est une autre histoire.

illustration de T0ad pour voir son site tu cliques sur le lien.

7 commentaires

  1. @coquillette
    au temps pour moi, si tes amours sont perdus sans -e- les miennes sont plis sans -l-
    Celle de la licence poétique bassement amputée par ma correction malt’à propos. Excuses.

  2. Ah ça c’est sur que sur certains sites de rencontre tous les membres inscrits ne font pas parti de l’élite lol et il y a un bon paquet de cassos. C’est pour ça que je recommanderais les sites un peu plus matures comme be2 ou attractive world ou ça sélectionne à l’entrée ! Car sur des sites comme Adopte1Mec il y a de tout… mais vraiment vraiment de tout :D

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