Le pousseur du métro

Par @audenectar

On l’appelle le pousseur du métro, en lisant les faits divers, on constate rapidement qu’il y en a toujours un en action, le dernier a été arrêté grâce aux caméras placées sur le quai, alors qu’il propulsait une femme sur la voie.

C’est glauque, mais parfois, je m’interroge. Quelles sont ses motivations ? Pourquoi ce besoin irrépressible de pousser une personne sous le métro, de commettre cet acte violent et purement gratuit ?

Une réflexion sur les différents profils psychologiques et les mobiles de ces fameux « pousseurs » s’impose.

Une impulsion subite : qui sur le quai n’a jamais imaginé, même très furtivement, pousser quelqu’un sous le métro, tout en trouvant cette idée abominable presque immédiatement ? Tous ces gens qui attendent sur la ligne blanche, si proches des rails, en toute confiance, peuvent réveiller les plus bas instincts primaires de l’homme.

La vengeance contre l’humanité : depuis des années, de vieilles rancunes lui bouffent les entrailles et il multiplie les nuits blanches à ressasser des idées noires. Adolescent, ses copains se moquaient de son obésité, son appareil dentaire, ses pellicules et ses boutons surinfectés. Les filles s’esclaffaient sur son passage. Il n’oubliera jamais que la jolie Anaïs a fait semblant de s’intéresser à lui juste pour l’humilier devant tout le lycée, alors que rougissant il lui proposait de porter son sac. Il excelle dans les jeux vidéo en réseau où il faut buter plein de mecs. Sur son blog, il annonce régulièrement son suicide, ou clame sa haine contre autrui.

La vengeance personnelle : celui-ci est toujours victime des pires injustices et des plus méchantes rumeurs. C’est le collègue à qui on ne paye jamais de café au boulot, qui déjeune seul, l’employé que le patron rabaisse en permanence et ne remercie pas pour le dur travail effectué jusque tard le soir, dont il baise la femme pendant ce temps, à qui on ne confie que les projets de merde, le bureau sans fenêtre. Ou cette femme à qui tout le monde demande innocemment quand est-ce qu’elle accouche alors que son dernier a trois ans. Méfiance.

L’exclusion sociale : il a perdu son travail, il est seul, son passé est parsemé d’échecs, son avenir s’annonce bien sombre, il noie ses angoisses dans la drogue et/ou l’alcool. En poussant un inconnu sur la voie, c’est lui qu’il tue par procuration. Il peut aussi être persuadé que c’est une voix qui le lui demande, plus forte que sa raison.

La quête de sensations fortes : en jeu, la puissante décharge d’adrénaline que ce sociopathe peut ressentir en exterminant sauvagement un homme, une femme, plus il a l’air innocent mieux c’est, qui se trouve juste là à attendre son métro sans emmerder personne. Le besoin de savoir que par sa seule volonté, un homme qui tweete tranquillement sur son iPhone, peut se retrouver déchiqueté la seconde suivante. Paradoxalement, il se sent plus vivant en donnant la mort.

Etre Dieu, un court instant, tenir une vie entre ses doigts, frapper au hasard, tout en ayant le pouvoir de choisir sa victime parmi quelques personnes. C’est la recherche du sentiment de toute puissance et une variante du cas précédent.

Une simple expérience métaphysique : le désir de plus en plus vif de regarder la mort en face, droit dans les yeux, d’avoir la preuve de notre vulnérabilité, de la fragilité de la vie,  qu’aucune n’a plus d’importance que les autres. Avoir en direct la confirmation qu’en un claquement de doigts, n’importe qui peut passer de vie à trépas. Réaliser que c’est tellement facile, il suffit juste de pousser au bon moment. Encore une variante du cas précédent.

Voilà, vous savez tout, ou presque, du fameux pousseur du métro qui se trouve peut-être juste là, derrière vous, alors que vous lisez tout goguenard ce billet sur le quai, près, tout près, trop près de la ligne blanche, tandis que le métro freine en crissant et s’approche de vous…

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8 commentaires

  1. Il m’est déjà arrivé d’avoir de telles impulsions. Elles sont la réactions de un ou plusieurs des points qui sont proposés. L’angoisse et la violence sont soient intériorisées soit extériorisées. Mais réduire un tel mal à une suite de point, est, je trouve réducteur. C’est une vraie maladie. L’acte n’est que l’apparition extérieur de cette maladie.

    Dans mon cas, elles étaient (et sont toujours) totalement intériorisées mais des fois elles arrivent à s’échapper, à prendre en quelque sorte le contrôle de mes pensées et mon corps. J’ai eu la chance que jusqu’à présent à chaque fois qu’elles ce sont échappées c’était à l’encontre de mon propre corps ou d’objets présents et non pas contre une personne.

    Souvent, je me posai et me pose toujours la question qu’est ce qui m’empêche de faire sauter un train ? de frapper telle ou telle personne ? Quelle sera la suite d’évènements. Quelle est la ligne qui défini nos actes. Pourquoi est-ce que nous ne la traversons pas ? Pourquoi certaines personnes le font ?

  2. Je disais donc (puisque mon comm est passé sous le métro !…) que c’était la raison pour laquelle je ne prenais jamais le métro, pour pas croier un « pas fini » qui veut assouvir ses pulsions !…

  3. Flippant tout ca pour une première visite sur ton blog. Heureusement qu’il n y a pas encore de métro chez moi lol. Si non pour évoquer une situation similaire, je m’imaginais constamment entrain de pousser tous ces gens qui marchaient lentement dans la cage d’escalier du lycée. Des pensées vraiment morbides. Pfffffffffffffffffffffffffff

  4. Merci pour vos avis, réflexions, encouragements, RT etc.
    Chère A, loin de moi cette prétention, tant mieux si mon style plaît à certains voire évoque des auteurs bien plus prestigieux que moi, mais je m’amuse et me fais plaisir, avant tout. J’espère que personne ne se retourne et ne boue de colère dans sa tombe, cependant, j’en serais bien désolée.

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