Madame boude

Elle fait la gueule. Pas la peine de me le dire, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Depuis une demi-heure, elle me tourne le dos, les bras croisés, faisant comme si je n’existais pas. Ou plutôt, comme si j’existais trop, au point qu’elle est obligée de se retourner pour ne plus me voir. Je suis une gêne et c’est désagréable.

Pourtant au début, tout allait pour le mieux. Elle était gentille, souriante. Elle a même fait une pointe d’humour lorsque je lui ai dit qu’elle était assise à ma place. Même si je n’ai pas compris sa blague, nous avions tissé un lien, quelque chose de fort. Du moins, il me semblait.

Lorsque le train est parti, elle était tout sourire. J’ai sorti mon ordinateur, elle a commenté mon fond d’écran, sans que je comprenne un traitre mot tellement elle marmonnait dans sa barbe. Mais c’était sympa. On était comme deux compagnons faisant connaissance, comme le début d’une longue amitié.

Comme elle regardait toujours mon ordi, s’excusant d’être attirée par l’écran, je lui ai mis les sous titres. Nous ne sommes pas assez intimes pour que je lui prête une oreillette mais les sous titres, c’est cadeau, c’est une envie de partage, qu’elle et moi passions ensemble un bon moment, nous payant une toile ensemble avant de repartir chacun de son côté.

Mal m’en a pris.

Au début, c’est vrai, c’était amusant. Il faut dire qu’un film avec Jim Carrey, c’est souvent gags et compagnie. Je souriais, elle souriait, bref, nous étions sur la même longueur d’onde. Et puis le temps de l’exposition, nous avons moins ri. Ce n’est pas grave, le film est plutôt sympathique et se laisse regarder sans ennui.

Et là, c’est le drame.

C’est vrai qu’on voit rarement Jim Carrey nu en train de pratiquer sauvagement la levrette. Comme pour tout, il y met du coeur et ça se voit à l’image. Ma compagne de siège tire une drôle de tête, elle ne s’y attendait pas, pas plus que moi. Ce n’est pas grave. Du moins, ça ne l’aurait pas été. Si un gros moustachu , le compagnon de Jim, n’avait relevé la tête en hurlant « Gicle moi dans le cul ! »

Je crois qu’elle s’est étouffée. C’est peut-être l’image ou alors le sous-titre, je ne sais pas mais quelque chose s’est coincé. Je le vois bien, elle se tortille, essaie de se la jouer détendu et petit à petit, me tourne le dos. Elle croise les bras. Je ne sais pas combien de temps, elle va rester dans cette position inconfortable mais ce qui est sûr, c’est qu’à cause de Jim, elle me fait la gueule.

Bien entendu, je pourrais arrêter le film. C’est vrai, il y a peut être des enfants. En même temps, je suis côté fenêtre. Personne ne me voit. Et puis, j’ai payé la location. Et puis c’est Jim Carrey pas Rocco Siffredi.

Le contrôleur arrive. Elle se lève d’un coup en prenant son sac. Je pense d’abord qu’elle va aux toilettes mais non, elle fait le tour, elle cherche une place. Cela lui prend bien cinq minutes à aller d’un côté, puis de l’autre avant de revenir près de moi en prenant son air boudeuse, ne jetant plus un oeil à l’écran. Ou alors un seul.

Au moment où Jim Carrey explique à un bleu les règles de la prison.

« Soit tu te bats avec, soit tu les suces. »

Et voilà, elle me tourne le dos. Comme si j’étais responsable des dialogues. De toute façon, la curiosité est un vilain défaut. Et elle l’a bien cherché la vieille bique !

7 commentaires

  1. Jim Carrey nu pratiquant la levrette… Il faut que je voie ce film de toute urgence !

    Mais je vais éviter d’inviter ma grand tante ce jour-là, je pense. Merci du conseil ^^

  2. Monolecte > On est bien d’accord. Mais grâce à elle, j’ai bien ri !
    Remy Rebiennot> La fin m’a quand même laissé un goût désagréable. Comme si Hollywood ne savait pas reprendre pied avec la réalité.
    Coquillete > Bonne chance ! Dans les trains, il y a toujours un pervers pour regarder Dexter
    Marie > Alors comment dire… ce n’est pas vraiment la levrette…

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