Le mot le plus abominable

(Les relations amoureuses expliquées aux nuls)

Il y a des mots qui me trottent dans la tête depuis longtemps. Des mots que j’ai envie d’écrire. De définir. De crier. De les balancer à la gueule tellement ils m’énervent.

Notamment ce mot… celui dont on ne doit pas prononcer le nom sous peine de te voir fuir, de te voir rétrécir à vue d’œil, de te voir te noyer dans ton café ou ton fauteuil.

Ce mot qui pour des raisons, souvent, échappent, te pousse à partir, à faire le lâche. Ou pire à faire de la merde. Juste pour te prouver que ce mot n’est pas fait pour ton langage.

Ce mot c’est l’Engagement.

Oui, mesdames et messieurs, fuyez, sauvez vous, courrez… loin de ce texte.

Je vais parler de ce mot terrible. Ce mot qui fait mourir à la seconde même où il est prononcé des milliards de gens à la vitesse plus rapide même que celle de la lumière. Enfin… à vous voir pâlir quand on le prononce.

L’Engagement.

Etymologiquement l’engagement (je viens donc de tuer au moins 3 mille d’entre vous vu que j’insiste à l’écrire) signifie : en- (latin « en/dans ») –gage- (Mot d’origine germanique issu du francique waddi = « garantie ») –ment (du suffixe latin -mentum ajouté à la base verbale pour former des substantifs décrivant le résultat de l’action).

En gros, l’engagement c’est le résultat de l’action dans la garantie. Ou comme le dit le Larousse : acte par lequel on s’engage à accomplir quelque chose ; promesse, convention ou contrat par lesquels on se lie.

Alors ? Ca fait toujours aussi peur ?

Ce qui m’a toujours frappé chez les faux-phobiques de ce mot est l’excellence dont font preuve certains pour se voiler la face.

« Non mais je suis pas prêt »

Prêt à quoi ?

Non-sens. J’enfile donc mes lunettes de professeur coquine et je vous explique pourquoi l’engagement est une excuse de merde pour ne pas simplement voir le vrai cours de la vie.

L’engagement n’est ni plus ni moins qu’un contrat.

Quand on cherche un travail, on se débrouille la plus part du temps (je l’espère) pour faire quelque chose qui nous botte, qui nous séduit, qui nous attire.

Après, vient le premier contact. Le CV, la lettre de motivation… La plus belle chemise, le gommage le plus réussi.

La première rencontre. Solennelle. On hésite. On tremble. On réfléchit bien à ce que l’on va dire. On se met en valeur.

Puis, si les deux parties se plaisent, trouvent un intérêt, il existe le contrat de travail.

Dans ce contrat, il y a des règles sur lesquelles les deux parties s’accordent. D’une manière générale, on retrouve une clause d’exclusivité (même les couples libres ont des limites), une clause de sincérité (ou du moins on espère), une clause de fréquence (on n’est pas obligé de se voir tous les jours mais se voir régulièrement c’est mieux), une clause de limite intime (à chacun son jardin secret). Après il peut exister des clauses plus originales :

  • celle de la pratique sexuelle : uniquement la sodomie, uniquement le missionnaire (si si) uniquement si je t’attache etc.
  • celle de la belle mère : comme pour la fréquence, on n’est pas obligé de la voir tous les weekends (et encore moins tous les jours)
  • celle de la soirée entre potes : oui, on sait, que vous en avez besoin. Nous aussi d’ailleurs… ne vous inquiétez pas.
  • celle de la répartition des taches (clause évolutive avec le temps) : et oui, c’est injuste mais c’est ainsi, chacun attend de son partenaire des choses bien précises (lié à son éducation, à sa vision du couple, à son histoire) et à moins de les verbaliser, il est compliqué que cela se réalise. L’humain n’a pas encore trouvé la capacité de télépathie. Alors on arrête de se plaindre et on se parle. Généralement ca marche pour obtenir ce que l’on souhaite de l’autre (ex : les femmes aiment les fleurs et les surprises romantiques, même si elles répètent toujours le contraire. Les hommes aiment qu’on les laisse tranquille quand il réfléchisse)

On a, bien sur, une période d’essai dans laquelle les deux parties peuvent se séparer sans trop de souci (un peu de peine toujours plus pour l’un que pour l’autre mais pas de quoi asphyxier des petits pandas).

Puis il existe plusieurs types de fin.

Soit on y reste toute sa vie (donc on meurt… enfin). On gravit les échelons, on signe des avenants au dit-contrat. On achète un chien. On achète un appart, une maison. On fait un enfant. Voire quand on est vicieux, on en fait plusieurs. On se marie, etcetera.

Soit on se fait virer. Solution certes désagréable mais selon la faute, elle peut être légitimée. Certains ne le volent pas.

Soit on démissionne. Beaucoup plus rare, plus féminin comme solution (même si ce n’est pas une règle absolue).

La plupart d’entre vous préfèrent être virés. Plus facile. Pas besoin d’assumer ses erreurs. Toutes les excuses les plus minables marchent :

  • « c’est pas moi c’est elle/lui qui m’a séduit » (traduction : c’est pas moi, garde moi s’il te plait, tu es mon confort)
  • « j’ai besoin d’air » (traduction : je te trompe mais je veux pas te le dire)
  • je veux pas m’engager (aaaaaaaaaaaaaaaah ce mot ! traduction : je ne t’aime plus/pas)
  • « je ne savais pas que c’était un poney » (traduction: non seulement je te prends pour une conne mais en plus je suis pas discret)

Alors, s’il vous plait, arrêtez de nous faire chier avec ce mot à la con !

L’engagement n’est rien. Ce n’est pas un monstre. On peut le mouiller après minuit (c’est mieux même).

Soyez un peu adulte et réfléchi, être avec quelqu’un ce n’est pas la négation de soi, ce n’est pas se dévouer corps et âme à l’autre, ce n’est pas la fin du monde si on se sépare, ce n’est pas la fin du monde si on s’aime.

Ce qui compte c’est d’être bien avant tout et avec l’autre, c’est encore mieux. Nous ne sommes plus dans les années 50 et antérieur, où nous étions promis qu’à une seule et unique personne toute notre vie.

Nous ne sommes plus dans les règles de l’armée, ne plus aimer ce n’est pas « déserter » et donc risquer la prison (soit la privation de liberté).

Etre dans une relation c’est être libre. Sinon on ne parlerait pas d’Engagement mais d’Emprisonnement… et là vous auriez carrément le droit de craindre la mort qui fait mourir.

L’art de la complication est d’un chiant infini.

Vivez ce que vous avez à vivre et arrêtez de vous chercher des excuses à la con dans l’irrespect total de l’autre, de ce qu’il est, de ce qu’il ressent. Il n’y a rien de pire que l’hypocrisie et le mensonge pour blesser quelqu’un qui n’a rien demandé.

Alors oui, être avec l’autre c’est un engagement. Un engagement de soi à soi, la clause d’honnêté.

Le reste se fait tout seul.

Cons de mecs !

Illustration de TOad

26 commentaires

  1. C’est chouette, c’est cru, c’est vrai. Sauf que j’entends de plus en plus de femmes (je n’ai pas dit filles volontairement) évoquer cette excuse. Presque plus souvent que des hommes même ces derniers temps.

    Et je sais bien que je suis un Bisounours et tout, mais j’ai quand même l’impression que les mecs se sont améliorés avec le temps sur ce point. Mais que les filles sont désormais plus « frileuses » quand à ce dit Engagement.

    Quoi qu’il en soit merci ma Poupi, keep on.

  2. Oui, non, enfin…comment dire…
    12 années d’amour et 2 enfants en commun et moi (la femme) je n’aime pas ce mot là. Cette notion de contrat me donne la nausée. Tu as raison de faire un parallèle avec un contrat de travail, c’est justement ce qui me fait fuir. Je ne me pense pas lâche et mon non « engagement » au sens premier du terme et un acte militant.
    Mon amour est irraisonné, fusionnel, égoïste, narcissique et libre. Il ne peut s’inscrire ni au « bas d’un parchemin », ni dans un discours construit sur ce que je veux ou ne veux pas dans ma relation à l’autre. Parce que cet autre et moi même sommes changeants, parce que cette relation est mouvante, parce que ma géométrie amoureuse varie chaque jour.
    Le jour où j’ai cessé de « m’engager » je me suis retrouvé et j’ai pu accueillir sans peur cet autre qui me voulait à ses côtés.

    Néanmoins j’aime beaucoup ce que tu fais (si si j’ai ri beaucoup). Et je trouve souvent sous ta plume la verve d’une poupi mal(i)fique.

    Donc ENCORE!

  3. Bien que les filles aussi aient peur, les hommes restent dominants en ce qui concerne la phobie. Je me rappelle que quand je m’etais mariee, il y a 100 ans de ca, je lui avait dit: »Ecoutes, maximum on divorce ». Ce qui ne manqua pas d’arriver. Mais c’est bien aussi. Tout est reversible, a part la mort, alors pourquoi avoir si peur de s’engager? Ben je sais pas, c’est con mais c’est comme ca

  4. bon sang que j’aime ton article
    du coup je l’ai partagé direct à ma chérie…
    @Coquillette ma nana a bien plus peur de l’engagement que moi, c’est quoi ce préjugé sexiste? oO

  5. Sauf que tu ne couches pas avec ton patron, ni avec ton opérateur téléphonique. Il n’y a pas la notion fluctuante et complexe d’amour, de jalousie, de sexe, de rapport à l’autre, d’un tas de trucs.

    Quand tu as un taff à 35h tu peux pas en prendre un autre sans abandonner le premier. Quand tu sors avec quelqu’un tu as matérielement et temporellement la possibilité d’aller voir ailleurs sans forcément aller foutre en l’air ta première relation.

    Donc non, ce n’est pas comparable, c’est biaisée de bout en bout et donc au grand grand grand minimum utopiste.

    Les sentiments et le cul c’est plus compliqué qu’un contrat classique.

  6. @Yogii : mon article n’est pas forcement orienté vers les hommes phobiques (bon hormis la conclusion je l’admets )
    tu as pafaitement raison

    @ïa : effectivement l’amour est mouvant. Mais les sentiments sont aussi des engagements dans le sens littérale. ce sont des contrats avec toi (il y a des causes et des conséquences à ses sentiments).
    Et on en meurt pas d’aimer et de ne plus aimer.
    Merci.

    @Coquillette : tu résumes parfaitement bien « c’est con mais c’est comme ça ».
    j’ai juste essayer de mettre des mots sur des situations qui paraissent souvent insurmontables alors qu’il n’en ait rien.
    Cela appartient à l’histoire de chacun.

    @erwik : merci (et si tu relis bien hormis la fin, orientée effectivement, je ne donne pas d’avis franc je note que telle situation est plus féminine que l’autre. ce qui n’exclue en rien l’inversement proportionnel)

    Merci à vous !

  7. @Le reilly : tu sais, tout finit toujours par se savoir.
    et dans la loi, sache le, tu peux cumuler deux ou trois jobs jusqu’à 50 heures par semaine (il me semble, à vérifier)
    Mais effectivement c’est une vision simpliste des choses simples.

  8. Les opérateurs de téléphonie mobile ont condamné ce mot.
    Je refuse de m’engager au sens des contrats SFR, avec cumul de « points fidélités » etc.
    C’est comme l’illimité, ça ne veut plus rien dire.

  9. « …arrêtez de vous chercher des excuses à la con… »
    J’aime bien cette phrase car elle fait preuve d’honnêteté.
    Tout en partageant assez ton avis (mais si !), je m’interroge (je précise que je ne suis pas tout à fait de la même génération que toi) sur ce qui pousse les filles d’aujourd’hui à s’intéresser (et j’en ai beaucoup autour de moi) à ce type de gars ?
    En tous les cas merci de partager ton talent miss 26/24.
    A bientôt

  10. Je me retrouve dans ton discours et pourtant je suis un « mec ». Il y a beaucoup de manières d’habiller un refus de s’engager mais en général cela se résume à privilégier son confort (ou liberté) au dépend du respect de l’autre (en l’utilisant au lieu de le laisser construire sa vie). Je reviendrai vous lire. 🙂

  11. un gage c ce qu’on dépose chez celui qui accepte de nous reconnaitre comme un demandeur;
    l’emprunteur dépose le gage chez le préteur pour donner une mesure,une limite à sa demande.
    entre 1h et 1f leur position de demandeur nécéssite une limite une mesure.
    s’engager devient une phobie lorsqu’on ne saisi pas la nécéssité de la mesure.

    ça c’était pour commencer

    plus si affinité.

    jérémy est un connard.

  12. Je suis un de ces mecs auquel le mot engagement donne des suées… Petit à petit, je me rends compte qu’engagement ne veut pas forcément dire boulet pour l’éternité, mais juste « on est bien ensemble, on le vit, on en profite, et on veut croire que on en aura encore envie dans un temps plus ou moins long… »

  13. Au départ j’ai voulu écrire un commentaire trop long et pompeux. Parce que les « clauses » dont tu parles, elles résonnent en moi, comme des petites menottes que j’attachent entre elles pour réduire l’éventail de mes possibles.

    Dans mon cas, ce n’est pas l’engagement qui me fait peur, c’est l’autre.

  14. @Anon et @Ranx : le couple avec points de fidélité en voila une idée !
    a 50 point tu gagnes un cunni
    a 100 le diner
    etc etc etc
    (quelle horreur !)

    @Lolodissy : j’aimerai pouvoir te dire que je sais… mais je ne sais pas.
    (moi en tout cas ca ne m’attire pas… ils sont attirés par moi NUANCE 😉 )

    @Ku Kaizi : merci pour ton commentaire
    heureusement que des hommes se retrouvent dans ce texte. C’est bien le mot engagement qui me fait bien rire (jaune) et il est sans sexe !

    @juliebe_sunny : tu fais bien de me le dire, j’ai oublié ! J’y ai songé puis c’est passé à la trappe dans ma rédaction !

    @beatnikita : Cons de meufs ?

    @yona : je ne suis pas sure d’avoir tout saisi.

    @Marla : merci de ton commentaire 🙂

    @sand : pour en avoir parlé avec toi… je sais ! mais on en reparlera !

    @tritelle : ma coupine <3

    @Monsieur Zubial : ta dernière phrase est très juste… mais laisse faire le temps…

  15. Ca s’appelle « monter à cru » un article comme celui-la. De l’infinie variation des rapports humains, une certaine constante sont exposées ici dans une lumière troublante. J’abonde sur ta conclusion : les mecs sont des cons. Aussi lâches que prétentieux. C’est avec le recul que je m’aperçois que cet « engagement » n’est ni une privation, ni un ensemble de clauses qui cliquettent comme des « petites menottes » mais bien le carburant à élargir les possibles et à frôler le bonheur. Voir même à se le prendre ne pleine tronche. Engagez-vous qui disaient ! Et ils avaient mille fois raison !

  16. Et bien, comme ça, c est dit ! Cet excuse  » j ai peur de m engager  » , au elle soit prononcée par un homme ou une femme, est une manière habile et lâche de ne pas vraiment se prononcer ! Bref…Je t aime pour ceci, pour cela, je ne veux pas te perdre, je n ai jamais ressenti autant de sensations fortes qu avec toi etc…etc…bref, tu es au top, mais…ce n est pas le moment de s engager car ca me terrifie ! Donc…l autre culpabilise d oser attendre une telle chose et en plus il se sacrifie car se sent malgré tout aimé! Ben oui ! On crée le déséquilibre, l incertitude, la peur, l auto flagellation, …Et la dépendance ! « Je ne te rends pas heureux (heureuse ) et j en souffre mais je ne vois pas comment faire « …Donc, tout le monde est malheureux mais on reste quand même ensemble et on essaye de profiter quand même un maximum ☺☺. ..pas simple de partir, pas simple de rester…alors on vit en mode « présent  » , en marchant sur des oeufs et en se disant que ce serait sûrement pire sans l autre. Et bien…ce n est pas comme ça qu’ on va avancer,se structurer, s épanouir , être bien avec soi même ! Si naturellement , on aime, l engagement est serein et constructeur ! Pas besoin de mariage ou de pacs, d ailleurs ! Et si on a vraiment peur de s engager alors qu’ on est persuadé d aimer l autre, c est si on doit faire un travail sur soi afin de comprendre cette paralysie. Si on reste bloqué sur cette histoire de peur de l engagement et qu’ on n essaye pas de le résoudre , ne serait ce que pas amour et respect de l autre, alors c est qu on accepte cet état de fait. Alors, effectivement, faut se barrer ! Car on a le droit et le devoir d exiger ce qui est important pour nous ! On se doit de se donner les moyens d être heureux et de vivre en accord avec nos sentiments et nos convictions.

Répondre à Molser13 Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*