On the taupe

La phobie. Cette peur complètement incomprise et incompréhensible d’ailleurs. Celle qui te noue le ventre, sans que tu comprennes bien pourquoi. Probablement, c’est universel. Sûrement même dans n’importe quelle tribu papoue, au fond de n’importe quel bar interlope de Sydney, et sous un Yack en Mandchourie, il y a des êtres humains phobiques. Comme moi.

Évidemment, je ne fais rien comme tout le monde. Ou c’est la vie qui me force. En fait, positivement, la vie a un peu le don pour se foutre de ma gueule. Stopper ma croissance au mètre soixante-neuf. Pile (et par là même occasionner bon nombre de blagues salaces et sourires entendus à l’énoncé de mes mensurations verticales). Ou me coller des phobies incongrues. Absconses.

Mesdames et messieurs, sous vos applaudissements, je m’appelle Sand et j’ai la phobie des vaches. Et des taupes.

La question qui brûle vos lèvres : mais on n’en croise pas souvent de ces animaux là, si?

Je vois ramène alors au point précédent : la vie adore se foutre de ma gueule.

Je vis, par des concours de circonstances bien indépendants de ma volonté, à la Campagne. Régulièrement, il arrive que des vaches prennent la clé des champs et échouent dans ma cour.

Pour prendre la mesure réelle de ma phobie, reconstitution rapide de notre dernière rencontre du troisième type… à mamelles. La vache. Pas moi, enfin quoique, je suis blonde mais pas d’Aquitaine. Bref.

La vache, son œil torve et sa carcasse poilue me toise, là…. dans la cour. Je tremble. Je monte quatre à quatre les marches qui me séparent de la porte d’entrée, ferme la porte à clé, traverse la cuisine, monte à l’étage, puis au suivant, verrouille la porte de ma chambre, et me poste derrière la fenêtre (mais pas trop près pour qu’elle ne me voie pas).

Totalement irrationnel.

Dans l’hypothèse où la vache soit assez habile pour monter les marches… qu’elle arrive par un truchement adéquat à se crocheter la serrure, il lui faudrait encore se taper un étage, crocheter de nouveau une serrure, et encore une rangée de marche pour enfin quoi? Me charger? J’ai bien conscience du ridicule de la chose.

Après.

Longtemps après.

Quant aux taupes… d’abord, toujours au chapitre “la vie est une grosse garce qui se gausse” (ça va finir par rentrer, n’est ce pas?), j’ai eu un chat chasseur de taupes. Oui. Je sais. Ce qui m’a amenée moults fois à rencontrer ces saloperies de petites bêtes velues moches et qui soit dit en passant, ne servent à rien. A aérer la terre, m’a-t’on une fois argué. La belle affaire tiens. AÉRER.

J’imagine bien les conversations de fond de trou, le soir, entre deux taupes:

“ça a été ta journée? Moi, la routine, on a aéré comme des oufs, et toi?”

“Oh moi, j’suis dég’, on n’a aéré qu’à 56 % aujourd’hui. Nul”

Vous avez déjà regardé une taupe dans les yeux, vous? Parce que moi oui. Je peux vous dire que c’est abominable.

Je suis certaine que pourtant certaines personnes les adorent. Si ça se trouve, à l’instant où je vous parle, quelque part, y a une radio clandestine qui émet, avec des mecs à lunettes triple foyer et sous pull lycra gris, écoutant uniquement des disques clandés genre ZZ Taupe, ou Patrick Taupealoff ou bien le fameux Aerator de Dépeche Taupe en hurlant TAUPE ANTENNE!

Effrayant non?

Je vous vois venir, mes p’tits pères. Vous êtes en train de vous dire que je suis complètement tarée, atomisée, cuite du ciboulot, ravagée. Bref.

Ou que je me drogue.

Mais que c’est dur d’être phobique quand on a beaucoup trop d’imagination…

Chronique que l’on peut écouter sur le Podcast On a toujours Raison

9 commentaires

  1. Touchante confession, et j’admire ce courage de nous reveler ta taupophobie. En bref, et je le dis avec toute l’empathie du monde, tu es taree!
    🙂

  2. moi c’est les pigeons..enfin les oiseaux en général, mais j’ai une haine particulière pour les pigeons, les ailes quoi…consternation générale

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