Journée de la femme, on n’est pas obligés de ne dire que des conneries.

Quand j’ai commencé ce film les féministes n’en voulaient pas.

J »étais un homme donc je ne pouvais pas comprendre.

Simone Weil en lisant le synopsis m’a dit « c’est très très mauvais « 

Le planning familial m’a donné accès à sa documentation tout en se méfiant considérablement.

J’avais sollicité un financement de la LMDE ( mutuelle étudiante classée à gauche ) et à la SMEREP ( mutuelle étudiante classée à droite).

La SMEREP a réagi en premier et a été la première source de financement de ce film. Du coup partout ou j’allais on me demandait pourquoi la SMEREP finançait j’étais donc suspect de tous les côtés.

Le 8 mars 2006 je décidais de passer ma soirée à l’ hôtel de ville pour la journée de la femme. chaque homme prenant la parole était sifflé à l’exception de Bertrand Delanoé le maitre des lieux.

J’ai compris que ce film que je souhaitais réaliser parallèlement à mes études de médecine serait plus compliqué que ça à faire.

résumé

178 est le nom de code utilisé pour désigner l’IVG. Un code pour désigner un acte médical qui, parfois, est tu, par pudeur et discrétion pour les patientes qui y ont recours. Un code qui parfois fait silence, un silence porteur de souffrances, de honte ou de culpabilité.

Depuis 30 ans, l’avortement est légalement pratiqué. Il touche aujourd’hui une femme sur deux dans sa vie, et reste un événement important, rarement anodin. Et pourtant, on en parle peu.

Qu’y a-t-il au bout de cette traversée douloureuse dans laquelle des femmes refusent, à un moment, la maternité ?

L’objectif de ce documentaire est de transgresser ce code afin de laisser émerger des mots, tant pour les médecins que pour les femmes et leurs compagnons qui l’ont vécu, souvent confusément.

Pour rompre le silence autour de l’IVG, le film donne la parole à des femmes qui ont avorté ainsi qu’au personnel soignant qui les accompagne tout au long de leur parcours. En articulant deux types de paroles, celles de patientes et celles de médecins, le film croisera des regards singuliers sur une expérience, une réflexion, une vision parfois. Les problématiques qui sous-tendent le film reposent sur les rapports soignants/soignés et au-delà, les relations de couple ; jusqu’aux liens –plus ou moins opaques- entre la sexualité et la fécondité.

avec pudeur mais sans tabous

Code 178, des mots sur l’avortement (partie 1) from Enfin_Bref on Vimeo.
envoyé par EnfinBrefProd. – L’info internationale vidéo.

Code 178, des mots sur l’avortement (partie 2) from Enfin_Bref on Vimeo.

Code 178, des mots sur l’avortement (partie 3 fin) from Enfin_Bref on Vimeo.

voici ma note d’intention de l’époque

Mon double vœu : pour paraphraser Michel Leiris,  que « l’événement devienne écrit et que l’écrit devienne événement ».

Ce  documentaire a pour but de « substituer la parole aux discours ».

Entrer dans l’obscurité de l’existence : pour un homme approchant la trentaine,  en pleine instabilité sentimentale et professionnelle, comme cet âge l’illustre bien souvent, cette entrée renvoie, quoique de façon moins essentielle, moins paradigmatique, à l’événement de la grossesse. Car une grossesse se situe toujours au point de croisement entre une relation, une période de la vie, des incertitudes –  mais aussi des certitudes, des envies, des besoins.

A la source de cette interrogation : un stage infirmier que j’ai dû effectuer, au début de mes études de médecine, dans un service de consultation gynécologique. C’était le tout début de mes études médicales, ce moment où l’on se demande si c’est trop tard pour arrêter. Plutôt, si passer à autre chose serait un changement d’avis ou un arrêt – ce qui me renvoie, après la grossesse, d’un paradigme à l’autre, à… la question de l’avortement. Arrivé dans le monde médical, à 22 ans, riche (comme tout le monde) de principes, c’est à dire de discours forgés dans l’habituel creuset de  la pensée occidentale, ce qu’on appelle la « morale judéo-chrétienne », j’ai été confronté au réel à travers les récits des patientes et de leur entourage sur la puberté, la contraception, le cycle menstruel, la stérilité, la naissance, les difficultés liées a la grossesse, concernant autant le foetus que la femme enceinte ; les points saillants étaient évidemment l’avortement et la ménopause. Là, je me suis rendu  compte que  le rapport de la femme à son « ventre » était, pour moi, opaque.

Mon opinion sur l’avortement est claire : je pense que l’avortement est, et doit être, légal. En tant que futur médecin,  je sais que je serai amené à en pratiquer ; mais je refuse l’idée qu’il y ait là un métier, ou une nécessité qui me dispense de penser, qui m’affranchisse de l’obligation de creuser, de méditer cet acte radical. En tant qu’homme,  je sais que mes actes sexuels peuvent être fécondants ;  pourtant nous prenons tous des risques et le fait que l’avortement nous semble accessible nous influence dans ce sens.

La question de l’avortement a déjà été l’objet de débats ; mieux, des penseurs l’ont abordée. Certes, des textes et des paroles existent ; ce que l’image devra permettre aussi, ce sera, au-delà des paroles ou des discours, de visualiser des silences, des perplexités, de ces recoins de l’âme que la parole seule ne dit pas.

La caméra devra être comme l’explorateur de ces recoins.

En filmant la jeune fille qui avorte, c’est moi et à travers moi chaque individu que je veux filmer.

un avortement est aussi une formidable occasion d’apprendre des choses sur soi.

Benny Lévy disait :

«  Il faudrait revenir à l’antifinal de l’acte, a ce qui nous échappe. Nous ne sommes pas maîtres de nos actes. Je dois cesser de croire que l’acte est l’oeuvre de mes mains. Il faudrait se défaire de cette croyance pour pouvoir espérer se défaire du poids de l’acte, sans pour autant qu’il ne s’efface. A ce prix la liberté peut recommencer… » in L’espoir maintenant éditions verdier

Nous ne sommes maîtres que de ce que nous avons entre les mains ; mais ce que nous avons créé ne nous appartiens déjà  plus.  Tous les projets qu’on commence sans les achever ! Tous les objectifs inatteignables que nous nous fixons sans jamais les atteindre !

Une grossesse avortée, comme une œuvre abandonnée, correspond à une double liberté, la liberté de créer, plus que celle de procréer ; et celle de ne pas mettre au monde un foetus qui devenant un bébé entrave notre liberté. C’est l’obsession de la fin qui nous empêche de l’atteindre, l’obsession d’un cadre pour le tableau idéal que l’on voudrait reconstituer.

Certains ont cru répondre à ce problème en déclarant que le fœtus est un individu dès la fécondation ;  seulement la réalité les rattrape. Une grossesse est un processus qui peut être interrompu au nom de la liberté de la femme. Et il en sera  toujours ainsi que l’avortement soit légal ou pas Nous devons donc repenser cet événement en le sortant du cadre législatif, politique, féministe ou religieux.

L’avortement rencontre l’universalité ; et c’est à ce point que je voudrais arriver.

Jeremy Sahel

Ce film est maintenant distribué par le Planning Familial mais aussi gratuitement en ligne et diffusable partout. En relisant ce soir la note d’intention je comprends que ça ait pu faire peur à certaines personnes.  je pourrais en parler des heures mais le mieux est de laisser parler le film et puis on pourra en discuter dans les commentaires.

Un film de Jeremy Sahel, Emmanuel Werthenschlag et Guillaume Goujet

vous pouvez commander le DVD auprès du planing familial

ou bien en m’envoyant un mail
Fiche technique : (52 minutes)

2008 couleur-HDV- Stéréo format 4/3 letter Box
Auteur Réalisateur : Jeremy Sahel.

avec la collaboration de Guillaume Goujet et Emmanuel Werthenschlag

Image: Joachim Cohen, Soukayna Belghiti, Emmanuel El-Haik, Guillaume Goujet, Elvyn Murphy
Interviews: Jeremy Sahel, Emmanuel Werthenschlag, Marie Calisti
Son: Frederick Darras , Thomas Michard

Montage: Guillaume Goujet assisté de Elvyn Murphy et Marie Calisti

Mixage son: Frederick DArras
Musique : Leonard Lasry
Photographe : Emmanuel El-Haik
Graphisme- effets numériques : Emmanuel Werthenschlag
Production : Béatrice Arnaud- Cauri films , Jeremy Sahel- mouvement transculture/enfin Bref
Chargée de production : Julie Nolland

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