Arsenic et petits oursons

– Et pour le monsieur, ce sera ?

– Je vais vous prendre six oursons, s’il vous plaît…

Petit sourire en coin, la jolie blonde à l’air choupie me glisse :

– Et ben alors, il a besoin de réconfort ?

Non mais ça va pas bien. Pourquoi elle me parle comme si j’avais sept ans ?

– Au moins, vous vous assumez. J’en vois tellement qui disent que c’est pour leurs collègues.

Elle n’ose pas dire « C’est bien, un grand garçon comme toi » mais rien qu’à voir son air niaiseux, elle le pense. Elle m’agace, je sors l’artillerie lourde.

– Non mais c’est aussi pour mes collègues…

Grand sourire. Qu’est ce qu’il est sympa avec ses camarades.

– On vient de délocaliser une usine en Chine. Vingt milles personnes à licencier. Deux milles qu’on a poussé à la démission. Et je parle pas des dépressions, on a trois suicides sur les bras. C’est peu heureusement. M’enfin, on a bien travaillé. On mérite une petite gâterie.

Je lui lance mon sourire mi-innocent, mi-égrillard. En face, plus rien, silence radio, elle est passée sous un tunnel. Les yeux sur sa caisse, elle me donne le prix d’un ton morne, soupire en voyant mon billet, ne me mets pas la monnaie dans la main.

Désolé Boucle D’or, quand je suis de mauvais poil, il ne faut pas me prendre pour un petit ourson.

3 commentaires

  1. Coquillette > un ourson de mauvais poil, oui !

    MAdemoiselle Carnet > Tout à fait, j’ai toujours aimé les différences entre apparence et réalité (mais moi, j’ai viré personne et il faudrait être inconscient pour m’engager à ce genre de poste). Et merci, j’ai voulu ma bio comme un petit air d’aventure sans bouger de son fauteuil.

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