L’instinct du fauve

J’ouvre les yeux, je dresse une oreille, j’identifie l’élément perturbateur. Une mouche. Elle tourne près de l’hallogène, elle dessine une figure dans les airs en prenant bien soin de repasser exactement au même endroit comme pour laisser une trace. Comme pour m’énerver.
A chaque tour, elle semble dire « Attrape-moi. Attrape-moi ou je continue ». Elle se fout ouvertement de moi. Elle sait que je n’ai pas l’entrainement pour. Elle m’a vu grandir, elle a observé mes pitoyables parties de chasse. J’ai beau être fier quand j’accroche une chaussette, je suis bien incapable d’attraper les oiseaux. Ils le savent et se foutent aussi de moi. Il s’installent sur un rebord de fenêtre, et chante « Ducon, ducon » toute l’après-midi.
Même si ça m’agace, je fais mine de rien. Je ferme les yeux, je dors un peu, je me lèche consciencieusement, je retrouve une boulette et fait semblant d’y prendre plaisir. L’avantage, c’est qu’un oiseau, ça a peu de mémoire. Il y en a toujours un pour oublier le danger. Il s’approche de mon balcon pour se souvenir. Même s’il ne le sait pas, il est dans mon viseur. Je continue à jouer pour amuser la galerie. Et quand il s’approche, je lui saute dessus.
Le problème c’est que Dieu a donné des ailes à ces imbéciles. Et à cause de ça, je ne peux pas facilement l’attraper. A peine, j’ai donné l’impulsion qu’il a déjà disparu. Et en guise d’amuse gueule, je me mange le mur. Les oiseaux piaffent de rire, je retiens ma douleur, je ne veux pas qu’ils pensent qu’ils ont une fois de plus réussi leur coup.

Je pars dans la salle de bain me refaire une beauté. Ce soir encore ce sera boîte, pas de grand festin. Un truc d’habitude, un peu humiliant mais tout de même confortable et qui me rassure. Demain sera un autre jour. Je retenterais ma technique en rajoutant quelques subtilités. On apprend de ses erreurs. Mais avant tout, mieux vaut les digérer.
Je ferme les yeux, je me retrouve dans les plaines. J’attrape une antilope au passage. Elle peut se débattre, je ne lui laisse aucune chance. Rien que pour le spectacle, je l’observe trembler. Mais on se lasse de tout et après un instant, je l’achève d’un coup de crocs. C’est ma septième victime aujourd’hui. Je me suis amusé avec la précédente. Je l’ai regardé courir avec ses intestins à l’air. Elle ne savait plus où aller, elle courait en rond, en faisant toujours le même trajet. Et à chaque fois, le même bourdonnement agaçant. Comme si d’un coup, elle imitait une mouche.
J’ouvre les yeux, je dresse une oreille. Elle a beau me connaître, elle ne sait pas tout. Elle me croit sur le sol, elle me cherche sur le lit. Cherche, petite mouche, cherche. Tu ne me trouveras pas. Du quatrième étage de la bibliothèque, je te toise. Vu d’en bas, ça n’a l’air de rien mais je me suis entraîné longtemps pour en arriver là. Quand j’atteindrai le cinquième palier, tes amis les pigeons vont avoir une belle surprise. En attendant, je vais m’entraîner sur toi. Tu vas payer pour m’avoir réveillé.

Comme tu ne me trouves pas, tu changes ta trajectoire. Tu t’approches. Dangereusement. Tu es maintenant juste en dessous de moi. Tellement facile, j’aurais presque envie de rire. Patiemment, je te regarde faire tes nouveaux tours. Toujours le même trajet, toujours à la même vitesse. Je trouve la bonne synchronisation. J’attends le bon moment.
Toutes griffes dehors, je saute. Bizarrement, le sol est devenu mou. Pas le temps de comprendre, je disparais.

On hurle derrière moi. Je reconnais mon maître. Je me retourne Il est balafré. Sa joue dégouline de sang. Je m’approche pour comprendre. Qui l’a attaqué ?
Dans son regard, je trouve un élément de réponse. Il est prêt à me sauter dessus. Heureusement, je suis plus souple et plus rapide. J’ai de l’entraînement. Je m’écrase sous le lit. Une bonne cachette pour la journée.
A côté de moi, ça bourdonne moqueusement. Je me rends maintenant compte que je n’ai rien attrapé. Elle s’enfuit vers le bord, prête à tout raconter à ses copines. Moi je vais rester ici, le temps que ça se passe. Je vais me lêcher les pattes en pensant que ce sang est celui d’une vraie proie.

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– Dis donc, t’es arrangé à la joue, qu’est ce qu’y t’es arrivé ?

– C’est mon con de ch… enfin non, je veux dire…

– Tu t’es fait agressé ?

– Euh… Ouais…

– Mais où ça ?

– Chez moi. Hier soir..
– Et  comment tu t’en es sorti ?
– Ben tu sais, je rentrais tranquille et je suis tombé sur une bande craignos, ils étaient dix, ils ont commencé à me chercher, soit disant ils voulaient ma thune, et y en a un qu’à commencé à me chauffer et je lui ai dit « Vas-y, c’est bon », et je me suis énervé et puis….

Moralité : les conneries des chats sont pratiques pour se la raconter.

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