Je suis amoureux de ma coiffeuse

Quelle idée d’aller chez le psychiatre alors qu’une coiffeuse est beaucoup plus susceptible de vous remettre d’aplomb avec comme seul pouvoir, un regard personnel et acerbe de l’actualité, du monde environnant, et de votre vie.

Je vais rarement chez le coiffeur, pas que j’aie besoin de séance de psychiatrie, moi et mon psyché nous portons bien. Mais plus dans un souci technique, sûrement en rapport avec l’épaisseur de ma masse capillaire.

J’ai cette chance d’avoir une coiffeuse assez exceptionnelle, source d’inspiration inépuisable, puits de science sans fond, quinquagénaire ménopausée au top de sa libido, Nicolas Bedos sans père connu, avec moins de barbe et plus de cheveux.

-         Comme d’habitude Monsieur Canault, pas trop court derrière, j’enlève de l’épaisseur mais je vous laisse de la masse quand même.

-         Oui laissez de la masse Odile. Enfin je vous fais confiance.

-         Vous faites bien M.Canault, moi je fais confiance à personne, et surtout pas aux Japonais. Nan mais vous avez vu ça, ils nous envoient un nuage radioactif, comme si on avait besoin de ça pour avoir le cancer.

-         Vous savez Odile, ce n’est pas de leur faute, c’est…

-         Comment ça c’est pas de leur faute, nan mais quelle idée à la con d’installer une centrale sur une plage ? Je ne vais pas brancher mon sèche-cheveux dans mon lavabo.

-         C’est plus compliqué que ça, c’est…

-         Nan mais vous savez qu’elle est la raison du problème ?

-         Je… non.

-         Ils n’ont pas confiance en eux parcequ’il ont des tout petits…

-         Des ?

-         Des tout petits pubis.

-         Pardon ?

-         Ils sont pas folichons du zizi quoi !

-         Je… mais le rapport avec le nucléaire ?

-         MAIS TOUT EST LIE MONSIEUR CANAULT, tout. Petit pubis, Gros Tsunami. C’est bien connu.

-         Je… d’accord. Mais..

-         Et vous Monsieur Canault, je vous ai jamais demandé, vous voulez avoir combien d’enfants ?

Je voulais lui répondre cette phrase de Houellebecq : « J’avais toujours éprouvé une certaine répugnance pour les enfants jeunes; pour ce que j’en savais il s’agissait de petits monstres laids, qui chiaient sans contrôle et poussaient des cris insoutenables. »

-         J’adore ça !!

-         Je m’en doutais Monsieur Canault, un jeune homme comme vous est forcément une personne raisonnée.

-         Vous savez Odile, comme dirait Kant, : « la dignité humaine consiste à n’accepter d’être soumis à des lois que dans la mesure où on peut se considérer en même temps comme législateur. »

-         Quel FILS DE PUTE celui là.

-         Euh… je… vous m’avez manqué Odile.

-         Et vous Monsieur Canault, et vous. S’encanailler dans la capitale, mais quelle sotte idée, on n’est pas bien ici ? Moi mon boulanger il me sourit quand je lui achète mon bâtard, et vous, il est bon votre pain Hallal de Belleville ?

-         Oui Odile, très bon.

-         FOUTAISES Monsieur Canault. Vous êtes beaucoup trop bon pour ces cons. Regardez leur coupe de cheveux, il y a plus de gel que de poil. Pas foutu de mettre leur casquette à l’endroit. « Si tu veux protéger ta nuque du soleil, achète toi un bob. »

-         Je vous trouve assez dure Odile, vous banalisez des individus que vous ne connaissez pas.

-         PAS BESOIN, Ouuuuh nan. Je suis bien ici, mes ciseaux, Monsieur Claude qui vient faire tailler sa moustache, une vraie avec des petits morceaux dedans quand il a fini de manger.

- La vie paraît tellement simple avec vous Odile.

- Moi je vais vous dire pourquoi les arabes ils font la révolution.

- Je n’attends que ça Odile.

- Parce qu’ils sont jaloux. Et vous savez pourquoi ?

- C’est pas la météo, ça c’est sûr, euh… dites moi la raison Odile.

- Parce que nous sommes heureux.

- …

- Ils ont peut être du pétrole et des merguez, mais à part ça ?

- Du sable ?

- Vous aimez le sable ? Ca rentre dans votre slip, ça gratte, ça colle, ça sent la marée…

- Calmez-vous Odile.

- Le bonheur il est simple Monsieur Canault (dit-elle en coupant une dernière mèche) : se lever tous les matins pour partir faire ce que l’on aime. Vous êtes heureux Monsieur Canault ?

- Je crois.

- A la bonne heure, ça fera 18 euros.

8 commentaires

  1. C’est marrant Odile (Deray?) me fait penser à ma concierge. Sauf que je peux profiter de ses merveilleuses histoires tout les matins. Ah merci aux murs des années 70 des aussi peu épais!!

  2. Alors, si on y va sur les fautes de frappe dont la correction illuminera cette note d’une perfection de cathédrale : « pas que j’ai besoin » aurait besoin d’un ‘e’ –> »pas que j’aie besoin », si je ne m’abuse.
    Très chouette post. Très drôle, un vrai dialogue de cinéma. La chute, surtout.

  3. Très bon article, tiens. Du dialogues qui swinguent… mais comme je suis chiant, j’ai juste une remarque :

    « Vous voulez combien d’enfants / j’adore ça »… ça ne marcherait pas mieux avec « vous aimez les enfants ? « *

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