La Mouette c’est tellement 2011

L’autre jour je prenais un verre avec un ami. Je voulais lui faire part de mes problèmes récurrents avec les filles mais j’ai vite vu à sa mine qu’il valait mieux garder ça pour moi, qu’il vivait pas son meilleur jour. Par réflexe, j’ai d’abord regardé si ses lacets étaient pas trop serrés. Des scratchs qu’il avait mit. Le pauvre grimaçait quand même, comme si on avait ajouté du sel sur des lardons fumés. Mon examen n’ayant rien donné, j’ai sorti le divan, l’épaule et la boîte à question pour identifier le mal qui le rongeait. Vous comprendrez qu’il est mon ami, et que les raisons de son tourment resteront confidentielles. Mais après avoir bu sa gorgée et lâché un soupir assez profond, il clôtura notre discussion sur :

« N’empêche que c’était mieux avant, je serais bien mieux à une autre époque »

Si y’a bien un truc qui me fatigue, c’est ça. Cette espèce de nostalgie ambiante qui règne. On la retrouve partout. Dans les discussions, à la télé, dans la pub, dans les vêtements, partout ! Et ça me gonfle exclusivement lorsque ce sont des personnes âgés de moins de 25 ans qui disent ça. Je veux bien croire que chacun aie son moment de nostalgie, son instant de rêvasserie car c’est indispensable, mais par pitié, lâchez votre ton solennel et assuré. En jugeant une époque que vous n’avez pas connue et surtout vécue, vous spéculez, et ne valez pas mieux qu’un rédacteur de presse people. Réveillez-vous ! La nostalgie c’est bon pour les Boys-Band, l’inventeur des Pogs et le directeur des programmes de TF1.

Sortir des énormités pareilles sonne pour moi comme un abandon éphémère, un état de résignation qui, s’il venait à se démocratiser, marquerait la fin du progrès et de l’idée. Vous croyez quoi ? Que c’était mieux avant ? Si vous pensez que c’était plus facile avant parce qu’on pouvait baiser sans capotes et sans craintes, fumer dans les boîtes jusque dans les lycées, je vous rappelle que les gosses et les cancers existaient déjà.

Quoi ? Comment ? Du boulot ? Ah ouai y’avait du boulot ça c’est sûr. A l’usine, à l’atelier, enfin partout où il fallait mettre les mains dans la merde. Ce que bien souvent les gens, et surtout les citadins, considèrent comme des métiers* pratiqués par la « France d’en bas » pour reprendre l’ancien bossu de Matignon. Mais bien sûr, et je vous comprends, vous n’avez aucune envie de bosser la charlotte sur la tête, vous lever à 5h ou de rester debout 7h durant dans un Franprix de quartier.

Y’a peut-être que dans le cinéma et la musique où la nostalgie est de mise ; quoique je suis certain que nos aïeux ont dû en voir et en écouter de la merde. En quantité moindre certes, mais la Lady Gaga de maintenant, c’était la Larusso d’hier, et la Michelle Thorr d’encore avant.

Personnellement, je me satisfais de l’époque dans laquelle je vis. Bien plus encore, je suis heureux de la vivre. Et vous devriez faire pareil. N’êtes-vous pas content d’accéder en 5 minutes à ce que vous cherchez grâce à Internet ? Demandez aux puceaux des années 80 ce que ça faisait de s’octroyer un plaisir personnel devant une chnek représentée par 1 pixel sur le Minitel. Les puceaux d’aujourd’hui ne sont-ils pas content de bouffer du porno en streaming, tout ça à l’œil et dans le secret ? Moi je le suis en tout cas, puceau et content.

Peut-être même que vous regrettez le téléphone portable. Un outil fabuleux qui vous permet de maquiller votre irrespect envers l’ami(e) qui vous attend dans le froid depuis 20 minutes. Un appel, une excuse, souvent le coup du problème dans le métro fait l’affaire, alors que vous êtes simplement parti à la bourre de chez vous. Saloperies qu’on est tous !

De mon côté, j’ai trouvé une parade pour échapper au marasme ambiant qui pousse tout le monde à regarder derrière. Et pour le coup, les chinois peuvent ranger leur calendrier et ne regarder que le soleil. Ils sont bien beaux leurs animaux, mais ils font pas le poids face au mien.

Mon animal à moi, c’est la mouette, et j’ai décidé que 2011 serait son année. Je vous vois déjà ricaner derrière vos écrans, mais attendez une minute. Je le conçois la mouette est banale. Mais la Mouette mes amis, elle a des ailes et sent bon la liberté et l’insouciance. Elle est tellement libre qu’elle chie sur mes problèmes avec la désinvolture dont tu rêves de faire preuve avec les tiens. La mouette est tellement sûre d’elle qu’elle rit de tout. Elle rit au nez de tous les problèmes que vous croyez insurmontables. Et quand elle passe à l’action pour les résoudre, appelle ça un one shot. Parce que la Mouette vise juste, frappe fort, là où ça fait mal. Et les problèmes regardent leur épaule droite avec dégoût. Assurément la mouette incarne les valeurs nécéssaires pour se sentir bien dans son époque.

Alors oui certes, y’a des guerres, y’a toujours des tyrans et Paris s’endort et l’essence augmente. Comme la mouette faites l’effort de regarder vers l’horizon, vous verrez que notre époque n’est pas pire que les autres. Et demandez-vous simplement si vous seriez capable de vous adapter à une autre époque. Renoncer au confort, à la technologie, et tout ça sans vous plaindre…

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