L’homme a tête de slip

Je déteste les magasins.

Je déteste la foule.

Je déteste la musique.

Je déteste les « essaye-au moins au lieu de dire non ».

Je déteste les habits en général

Et par dessus tout, je déteste acheter de la lingerie.

Oui, vous avez bien lu, de la lingerie.

Pas de la culotte à froufrou, ni de l’ensemble en dentelle, non

De la lingerie de mecs,

Du truc viril pour ceux qui en ont,

Ceux qui s’habillent,

Ceux qui travaillent,

Ceux qui sortent en ville,

Ceux qui, comme moi, se trouvent au rayon caleçons et chaussettes,

Cherchant un truc pratique pas trop moche à sa taille pour vivre libre dans un monde contemporain en perpétuel mouvement.

Mais bien tenu.

Sur les étiquettes, des bellâtres nous dévisagent avec leur sourire ravageur,

Leur air détendu et leur corps musclé.

En face, nous avons au mieux l’air de patates.

Aurais-je la même tête en portant la même chose ?

Il ne faut pas rêver.

Le même corps alors ?

Si tu abandonnes ton travail pour te lancer dans un marathon de musculation, tu auras peut-être, un jour, quelque chose d’approchant.

Mais faut pas trop en demander non plus.

Tu es vieux.

Pas sportif.

Ton alimentation laisse à désirer.

Alors pourquoi mettre ces types sur mes vêtements ?

Qu’est-ce qu’ils me veulent avec leurs abdos ?

C’est pas eux que j’achète.

Je pourrais pas avoir des types qui me ressemblent plutôt ?

Genre sympa, pas trop sexy, le ventre mou et l’air enjoué ?

Alors oui, le fantasme en prendrait un coup.

Mais plutôt qu’un bodybuildé nourri aux yaourts et aux huiles essentielles,

Un vieux sec sur les tailles S

Un type minet lambda à la con sur les M

Un gars gentil avec un petit bide de bière sur les L

Et un coach potatoes sur la dernière taille.

Et même, osons, des types à l’air intelligent.

Des gars avec qui on aimerait discuter parce qu’ils ont l’air d’avoir du fond, même comme ça, en caleçon.

On se sentirait intelligent rien qu’à regarder l’étiquette.

Tiens, ce slip me donne l’air d’un libraire.

Avec celui-ci, je vais vraiment passer pour un artiste.

Celui-ci flaire bon le métier libéral,

Le jour où je serais chef d’entreprise, je prendrais peut être celui-là.

Quant à celui-ci, non, ça fait trop ambassadeur à la plage.

Voilà, on venait acheter des vêtements sans importance,

Et on repart avec des déguisements.

Ce serait mardi gras tous les jours.

Ce serait fête.

La fête du slip,

Toute simple,

Rien que pour le sourire.

8 commentaires

  1. Je crois que tu as un problème.

    Avec le saut de ligne.

    Je veux dire…

    Je ne sais pas si tu sautes des lignes comme tu sautes des nanas.

    Mais si c’était le cas, la population française risque de faire un sacré bond.

    Et ça serait gentil de prévenir.

    Je ne voudrais pas être un problème pour tes générations futures.

  2. Miss Precious > Content de voir que ta culotte participe. Cette lecture devient extrêmement interactive…
    John Doe > Juste merci !
    Zoé > S’ils nous écoutent, on ne sait jamais…
    Lover du 23> Je suis toujours formidablement surpris par le don d’observation de mes jeunes lecteurs. Et en fait, j’écris comme je pense. Comme je change d’idée, je saute une ligne. Ou alors je devrais écrire tout cela d’un coup ? Sans rien sauter ? Donnant un petit coté étouffe chrétien à mon texte ? Ce serait dommage, non ? Moi, je trouve que si. Bien entendu, ça ne regarde que moi.
    « Je ne sais pas si tu sautes des lignes comme tu sautes des nanas. » : Cauet, c’est toi ?

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