Swimming coq

Autant vous le dire tout de suite, je suis vachement fier de mon titre. Et tous les commentaires devront dire que j’ai été excellemment inspiré, sans quoi je vous arrache les yeux – j’ai vu Kill Bill hier soir.
Parce qu’on va parler piscine, aujourd’hui. Parce que j’ai été à la piscine, aujourd’hui. Pour nager. Parce que moi je n’y vais pas pour les bains bouillonnants ni pour jouer avec des gamins ou faire le toboggan, je suis giga claustro dans ce genre de trucs. Moi, je vais à la piscine pour nager. Et nager assez vite, de préférence.

Dès le début j’ai senti que ça n’allait pas le faire. Les vestiaires étaient blindés, j’avais beau pousser toutes les portes, voire taper dedans et m’attirer la colère des occupants, rien. Les vestiaires collectifs, ça a son charme, me dis-je, mais je m’aperçois que ceux-ci sont également pris d’assaut par des groupes de gamins, et que ma présence tout nu parmi eux ferait de moi un intrus pas très clair. Je me résigne à attendre que quelqu’un daigne quitter sa cabine. On est trois, d’ailleurs, à attendre, bave au coin de la bouche, pieds qui tapent. BIM, une porte s’ouvre, je cours et dépasse mon adversaire directe d’un nez. Fair-play, et étant donné que c’est une demoiselle, je fais le gentleman.

– Vous voulez qu’on partage ce vestiaire ?

– Non, c’est bon, je vais attendre.

Bref, mauvaise perdante, la meuf. Maillot de bain, stocker les affaires dans les casiers qui ne marchent jamais… TAPEZ UN CODE SECRET. 1234. VOTRE CODE N’EST PAS ASSEZ SECURISE, VOUS SERIEZ EXPOSE AU VOL, TAPEZ UN AUTRE CODE. 1235. FERMEZ LE CASIER.
Putain ça ferme pas là. La meuf de devant les vestiaires se fout de ma gueule, je me retiens de la marave. Mais bon, tsé, dans ces moments-là, je sais faire preuve de self-control.

– Fait chier, là.

– Un problème, monsieur ?

C’est un maître nageur, musclé, qui prendrait assez facilement le dessus en cas de bagarre.

– Mon casier ne fonctionne pas, j’ai mis mes 20 centimes et tout pourtant…

– On va arranger ça.

Dont acte. Merci, blabla, à plus tard dans l’eau blabla. Bassins enfin en vue, plein de monde. Mais alors vraiment plein, la grande foule, quoi.
Venant pour nager, je me dirige vers le grand bain, vers le couloir « réservé aux nageurs confirmés ». Je suis vachement confirmé tsé, une fois, j’ai fait le papillon.
D’abord seul, je parviens à faire un aller-retour tranquille avant que des squatteurs me rejoignent. 3 mamis et 1 papi. Qu’est-ce qu’ils foutent chez les nageurs confirmés, sérieux ?

Je me retrouve vite dans l’embouteillage, derrière ces quatre connards. La première que j’ai à doubler, elle fait de la brasse. Elle a un bonnet de bain mais ne met pas la tête sous l’eau. Je pense qu’elle s’appelle Jacqueline. Jacqueline, elle a une putain d’envergure qui prend tout le couloir, et des bras énormes. Je dois calculer le balancier et prévoir quelques secondes d’apnée au bon moment pour éviter les bras. Mission accomplie, baffe de ma part en prime, Jacqueline n’est plus qu’un mauvais souvenir.
Maintenant, je suis derrière Bernadette. Elle nage déjà un peu plus vite, mais sans lunette et s’arrête toutes les 15 secondes pour voir où elle en est dans le bassin. Evidemment, elle s’arrête toujours en plein milieu de la ligne d’eau. Je la percute lors d’un de ses arrêts surprises.

– Oh faites attention, monsieur.

– C’est toi, faites attention monsieur.

– Comment ?

Je m’aperçois qu’elle a des bouchons dans les oreilles, des trucs en plastique je ne sais trop pourquoi. Elle n’entend rien.

– Dégage la vieille.

Gertrude, elle m’a entendu dire ça à sa pote, et je crois qu’elle veut la venger. Elle arrive en face de moi et se lance dans un crawl approximatif. Je ne sais trop si son but est d’avancer ou de me baffer. Je l’imite, ferme les yeux et prie. Je sors vainqueur du duel et l’entends gueuler en continuant ma route. Jouissif.
Le dernier rempart, c’est Jean-Luc. Il a l’air vraiment chouette comme type, mais il invente des nages. Le dos papillon, c’est une arme redoutable. Il me nique l’oeil puis s’excuse avant de repartir achever toutes mes victimes.
Ne reste au final que Jean-Luc pour me faire chier dans le couloir, et l’un de nous deux est de trop. Chacun d’un côté du bassin, les choses n’ont pas besoin d’être dites, les regards en disent assez long.

– Je vais t’éborgner Jean-Luc.

– Je m’appelle pas Jean-Luc.

Il adopte le dos papillon crawlé qui n’a plus à faire ses preuves, j’opte pour ma part pour un mixte brasse-crawl, la brasse pour l’envergure, le crawl pour la fréquence. Le choc approche, il va être douloureux. Il va être douloureux putain. Ca va faire mal !
Jean-Luc ne ralentit pas, je tremble, j’ai une crampe. Fait chier, je change de couloir.

A côté, je suis dans la ligne d’eau des palmes. Je n’ai pas de palme. C’est assez sectaire, les gens qui ont des palmes. Vite, ils me pointent du doigt et mon pote maître nageur menace de venir me péter la gueule si je ne change pas de couloir.
J’atterris ligne 4, ce sont les gamins, on me jette vite fait. Je fais semblant de ne pas entendre, mais les maîtres nageurs ont cette barre de fer géante qui a ravivé des souvenirs douloureux d’apprentissage de natation en moi. Je revois plein de choses et les larmes se font sentir. Bon, OK, je dégage.

Ne reste que la partie pour tous. Celle où des gamins plongent tous les 3 mètres, où des boeufs font des courses sans lunette et en fermant les yeux, nageant en zig-zag, où les mémées encore moins costaudes que mes premières potes squattent les rebords et allongent leurs jambes. La traversée est donc digne d’un épisode d’Indiana Jones, ne manquent que les crocodiles.
Non, franchement, c’est pas gérable la piscine le lundi soir. Je ressors, plein de bleus.
1235 : CE CASIER N’EST PAS OCCUPE
Putain de ta race de casier de merde.

– Maître ?

– Hein ?

– Mon casier est bloqué.

– C’est quoi votre code ?

– 1235.

– Impossible, il refuse ce code, trop évident.

– Alors j’ai dû riper.

– Et vous avez tout tenté ?

– Oui, j’ai fait les 9999 possibilités, j’y suis depuis trois jours, j’avoue en avoir un peu marre.

– OK c’est bon je vous le débloque votre casier, pas la peine d’être désagréable.

Je l’emmerde, mais n’ose pas trop le lui dire.
Evidemment, pas de vestiaire libre, tant pis, je me sèche devant les casiers, fous mon pantalon sur le maillot mouillé et pars vite, très vite. Enfin je sors. Quelle aventure !

C’est juste con que j’aie pris un abonnement en arrivant.

@dzibz

9 commentaires

  1. Je sais pas si ton article parlera au « non-nageurs » mais moi qui y vais régulièrement, tu m’as tué! 😀

    Le coup du code, un classique. Le pire, c’est ceux qui èrrent dans les couloirs de casiers, ne se souvenant plus où ils ont casé leur sac. C’pas compliqué pourtant, y’a une couleur différente pour chaque rangée de casiers et un numéro par casier. Et bien, sur, c’est toujours le casier qui a changé de place entre le moment où tu as franchis le pédiluve et pris ta douche. Le nageur est d’une mauvaise foi sans nom. D’ailleurs moi, je n’ai jamais oublié l’emplacement de mon casier…

    La bagarre entre nageurs. second classique. Moi je suis dans la rangée palme; c’est simple, si je te croise en brasse je te nois. Qu’est ce que vous venez nous faire chier? Chacun sa bataille merde! Non parce que faut pas croire, me tuer les cuisses avec les palmes c’était pas prévu le jour de mon abonnement. Mais dans la ligne des « pro-qui-en-fait-sont-pas-des-pro » j’ai fait coulé 2 Raymonds, griffé 1 jean-marc (tu sais, celui avec tous les poils dans le dos que t’as l’impression que c’est un castor) et éborgné une Louisette. Au bout d’un moment j’ai commencé a avoir des remors, du coup j’ai changé de ligne.

    Les inventeurs de nage, tellement bien résumé. Je les déteste mais n’empèche, j’en ai encore vu aucun se déboiter l’épaule. Respect.

    S’tu veux, on peut se créer de nouvelles anecdotes et aller shooter 2-3 vieux un soir. Je suis sur que la communauté nous remercierait en plus.

    Oublis pas ton bonnet!

    PS : LOL le titre 🙂

  2. S’il vous plait, ne vous moquez pas ! J’ai déjà oublié mon casier moi ! Et j’avais pas regardé la couleur, enfin je dis des conneries, je me souvenais où était mon casier, mais celui de. la veille, pas celui du jour.
    Sinon il y a des piscine nocturne jusqu’à 00h00 et franchement même dans la ligne où y a tout le monde je nage tranquillou, l’ambiance est cool et puis facile de pas être le plus nul dans cette rangée !

  3. Comment te dire… Pailleron j’y suis tellement souvent que les gens croient que je bosse la bas! On a vraiment du se dégommer! ahaha

  4. HAHAHA j’suis pété de rire pour le cul du « c’est toi faites attention monsieur » ^^ Adepte de piscine, cette article me parle beaucoup ! C’est cool, j’adore la façon d’écrire ! Si t’es motivé, passe sur mon site, j’ai un peu besoin d’être lu même si y’a que le dernier article qui me tient a coeur et que mon style est moyen 🙂
    Bonne continuation, ça fait toujours plaisir de se marrer en lisant un truc =)

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