Aux ayatollahs du commentaire

Fais pas ci, fais pas ça

J’ai publié aujourd’hui sur un grand site d’actualité, un billet bloguesque humoristique d’une vulgarité à faire pâlir Ioudgine. Passée la compréhensible première censure du site en question (l’original est là), je me suis attiré les foudres des ayatollahs des commentaires. J’ai toujours été contre les commentaires, mais cette fois, j’ai eu le déclic. Désormais, j’en tiendrai compte.

On m’a demandé de me taire si c’est pour écrire des bêtises plus grosses que moi. Si c’est pour écrire comme je parle. On veut de l’info de l’info de l’info. Du Strauss-Kahn, du Von Trier, du Tron. On veut du cul, du viol, des meurtres.

On m’a demandé d’être inventif, cultivé, intéressant, beau, fort. On m’a demandé l’impossible. J’étais beau, fort, mais pas le reste.

On m’a demandé des références, des propositions subordonnées conjonctives, du passé composé, des connecteurs temporels, des verbes conjugués.

Ils m’ont demandé de bannir les « on ».

Ils me demandèrent d’écrire au passé simple, comme le firent si bien les maîtres incontestables de la plume. Ils me demandèrent d’écrire à la manière de truc, comme machin, avec une touche personnelle, un style qui me serait propre pour me démarquer de ceux qui n’auraient pas été avisés de leurs précieux conseils.

Ils me demandèrent d’être correct sans être démago, d’être vrai sans être faux, d’être juste sans trop en faire. Je m’exécutai.

Je m’exécutai, mais ça m’ennuyait. Car ils me demandèrent également de maîtriser la concordance des temps qui m’a toujours embêté. De maîtriser l’orthographe et la grammaire, d’écrire avec une grande fluidité sans pour autant tomber dans la facilité…

De prendre du plaisir, que ça se ressentirait, de ne pas écrire une phrase moche, que ça dénoterait, de ne dire de mal de personne, que ça détonnerait.

De mettre de la vie dans mes phrases sans trop en dire, de faire chanter les mots sans qu’ils ne brusquent.

D’être pertinent.

J’acceptai.

alors…

15 commentaires

  1. Plus que le texte, je respecte le ton de tes réponses. Pcq pour avoir fait l’effort de lire les coms, je sais pas si j’aurais pris la peine d’y répondre.

  2. C’est vrai… c’est chiant, les commentaires, ça empêche de s’auto-congratuler en toute suffisance.
    Et puis, quoi ! On va pas me faire croire que c’est en essayant de prendre en compte les critiques qu’on s’améliore. Tout le monde sait qu’il n’y a que les flatteries qui sont constructives.

  3. Sauf que je n’affiche aucune prétention !
    Si j’avais écrit un article, évidemment que j’aurais polissé, que j’aurais agrémenté le tout, que j’aurais arrondi les angles, que j’aurais documenté l’histoire.
    Seulement ici, l’idée c’était de faire un billet d’humeur. Réussi ou pas, il retranscrit parfaitement en tout cas les émotions fofolles qui s’enchevêtrent dans ma tête de retour d’un séjour inoubliable.

    Mais sinon, on peut aussi se programmer une bagarre…

  4. J’ai tenté de lire l’article de Rue 89. A cause du sujet et du style, j’ai décroché.

    A mes yeux, il n’y a que Pénélope Bagieu qui a réussi à rendre ça drôle et original alors que le sujet a été mille fois rebattu (et que la vie de quelqu’un qui monte un escalier et boit des coups avec des stars vues de loin, c’est quand même pas bien passionnant vu de notre ordi).

    Bizarrement, je préfère cet article, plutôt bon joueur, plutôt bien écrit, et pour le coup très bien rythmé.

    Maintenant, c’est peut-être aussi une erreur de placer cet article sur Rue 89. ça fait « prestige » mais les lecteurs n’attendent pas ce genre d’article qui ne leur apporte rien sinon de savoir qu’un type est content d’y avoir été (et a fait comme tout le monde là bas). Bref, ils attendent du « prestige », ils ont une jolie chronique, aussi sincère soit-elle. Ce qui s’appelle tendre le bâton pour se faire battre.

    Par ailleurs, tutoyer le lecteur pour créer une complicité comique, risque fort d’agacer. Pour moi, ce fût le cas. Comme quelqu’un qui me taperait dans le dos pour dire qu’on est potes alors qu’on n’a même pas pris le temps de se connaitre.

    Tout ça pour dire, je n’ai pas eu l’impression que les commentaires étaient des ayatollahs. Simplement, ton article n’était pas au bon endroit. Il ne nous apprenait rien de plus que nous ne savions déjà sur Cannes (et dont on nous a rabattu les oreilles jusqu’à l’overdose).

    Maintenant, ce n’est pas grave. Quand on se plante, on apprend. Et quand on apprend, on s’améliore.

    La preuve, cet article m’apporte quelque chose et j’ai eu du plaisir à le lire.

  5. Encore une fois, je n’avais pas la prétention d’écrire un article. J’étais d’ailleurs étonné que Rue89 me le prenne, mais au niveau de la lisibilité, c’est toujours sympa.
    L’idée était vraiment d’écrire pour me souvenir de l’état d’esprit que j’avais en revenant. Egoïstement, j’avais pour une fois écrit pour moi. Et j’avoue que ça me plait bien, je m’y vois encore, sur la Croisette, en relisant, je sens toujours toute l’euphorie, toute l’urgence, toute l’ambiance émanant du plus grand festival du monde.
    Je peux bien sûr comprendre que le style ne plaise pas. Evidemment et heureusement, sinon mon boulot de tous les jours (SR & Pigiste) serait assez vain !
    Je suis plus réticent quant aux critiques méchantes gratuites. Mais internet est impitoyable, et c’est comme ça. J’avais juste envie de le faire remarquer, l’air de rien.

  6. Je vais passer pour un lourd mais je pense vraiment que l’erreur vient de là. Tu as écris un article pour toi, avec tout ce qui t’a plu dedans (et rédigé pour ton blog).

    Et Rue89 l’a mis en titre.

    Le lecteur (que je suis) n’a pas la même exigence de lecture pour un blog et pour un journal.

    Et forcément, ça retombe sur l’auteur…

  7. Ok je vais finir de taper sur « Rue 89 ».

    J’ai un copain qui a écrit un article de fond (il est spécialisé dans un certain domaine) et qui l’a proposé à « Rue 89 ».

    Il leur a fait confiance alors que l’article, vu notre réseau, aurait pu finir au « Monde diplomatique ». Mais « Le monde diplo », niveau publication, c’est plus lent et là, l’article correspondait à l’actualité donc mon copain a pensé que ça serait bien qu’il soit lu rapidement… Dans le feu…

    Bilan ?

    L’article a été mis en ligne par « rue 89 » sauf qu’il a été tronqué, des morceaux complètement effacés ce qui rendait à rien l’argumentaire de son auteur.

    L’article a été totalement dénaturé en fait !!
    Salopé.

    Et tout ça sans que l’auteur ait pu dire quoi que ce soit à un moment de la chaîne vu que « rue 89 » n’a même pas le respect de ses auteurs (bénévoles !!) et qu’ils font leurs coupes en fonction de leur humeur (?!), le mettent en ligne et basta.

    Aucun retour vers l’auteur.

    J’ai lu son article avant publication et après publication : rien à voir !

    Donc moi c’est clair, « Rue 89 » je cautionne plus.

    Déjà qu’ils sont un site remplis d’auteurs bénévoles alors que eux se payent… Si en plus ils savent pas respecter les rédacteurs… C’est niet.

    Arrivé à un certain stade c’est de l’arnaque. Ils traitent vraiment mal les gens et ça commence à se savoir.

    En tout cas, y’a déjà un certain réseau qui ne publiera jamais plus chez eux.

  8. Je dis ça parce que la première « censure compréhensible » dont tu parles (celle du site) est en fait une réelle censure qui ne devrait pas être gérée comme ça par eux.

    L’auteur doit pouvoir avoir un retour sur son travail.

    Et si leur argument c’est « on n’a pas le temps ou les moyens de revenir vers l’auteur, si on doit faire ça à chaque fois etc…  » dans ce cas là qu’ils publient moins et soignent un peu + leurs auteurs BENEVOLES !!

    Perso, l’argument du « on n’a pas le temps, ni les moyens » c’est suspect déjà sur le plan idéologique.

    Et pour toi, si tu t’habitues à te faire tronquer tes textes sans rien dire alors qu’en plus t’es bénévole et que tu leur apportes de la matière gratos, y’a une posture totalement masochiste et malsaine qui va progressivement éteindre l’auteur en toi.

    Alors ok, dans ton cas, c’est un billet d’humeur donc on peut raisonnablement se faire une raison si on part du fait que ça soit un sujet futile.

    Mais quand l’article traite d’un sujet de fond, là ça devient très très dangereux.
    Ils désinforment en fait. Sur le plan éthique c’est littéralement suspect.

    Donc par principe faut savoir refuser ce genre de coupes. Perso, j’ai jamais vu ça nulle part.

  9. « Encore une fois, je n’avais pas la prétention d’écrire un article. J’étais d’ailleurs étonné que Rue89 me le prenne, mais au niveau de la lisibilité, c’est toujours sympa. »

    Personnellement, quand je n’ai pas la prétention d’écrire un article, je ne l’écris pas. Et si je le fais et que le résultat n’est pas probant, je ne le publie pas (et je ne parle pas de le proposer à Rue89). Mais il est vrai qu’étant purement amateur, je n’ai pas à me soucier de lisibilité, de e-reputation ou de classement wikio.

    Par contre, j’apprécie l’ironie que les amateurs soient finalement plus exigeants en terme de qualité que des « professionnels ».

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