Dans la lune

Je frappe à sa porte, l’air faussement détendu.

– Entrez !

Pas de doute, il est en colère.

– Tu sais pourquoi tu es là…

Oui, je sais. Tout le monde le sait. La Terre entière le sait.

– Alors tu vas m’expliquer…. Qu’est-ce que c’est que ces conneries ?

Expliquer….

Y a rien à expliquer.

Il était tôt.

Tout le monde dormait.

Je m’emmerdais.

Alors bien sûr, j’aurais pu dépecer une vache.

Mais ça ne m’amuse pas.

ça ne m’a jamais amusé.

Moi j’ai besoin d’un truc créatif…

– Comme tu le sais, notre mission, c’est d’être discrets. On se donne du mal, ça prend du temps, ça nous coûte une fortune. Et en une soirée, tu as tout foutu en l’air. Tu sais combien ça nous coûte ta connerie  ?

Pas la peine de me donner le prix, je le sais.

En attendant, je baisse les yeux, je ne dis rien.

De toute façon, quoi que je dise, j’en prendrais pour mon grade.

J’ai ruiné des décennies de recherches.

Je suis la honte du bâtiment.

Je suis pas comme les autres.

Je ne suis pas militaire.

Je ne suis pas scientifique.

Le travail d’ingénieur m’ennuie…

Tout m’ennuie ici.

Tout le monde est calme.

Tout le monde sait ce qu’il fait.

Personne ne se pose de question.

Pas un doute.

Jamais.

Et la déco…

Quelle déprime.

Rien sur quoi poser son regard.

Avoir l’oeil qui se promène.

Laisser son esprit divaguer.

Rêver un peu.

Voilà qui serait bien.

Mais non.

La mission avant tout.

S’agirait pas d’être perturbé.

Les artistes peuvent rentrer chez eux.

Ils n’ont rien à faire ici.

Moi j’ai tout fait pour le cacher mais, je ne sais pas si c’est la solitude ou quoi mais c’est remonté à la surface.

J’en ai eu besoin.

Comme une mauvaise pulsion.

Il fallait que je le fasse.

Que je laisse libre cours à mon imagination.

Au début, je faisais des petits trucs dans mon coin.

Je me cachais forcément.

Et puis de fil en aiguille, j’ai voulu faire plus grand.

Et plus grand.

De plus en plus grand.

Maintenant, c’est sûr, ça se voit comme le nez au milieu de la figure.

Mais je suis sûr que ça a de la valeur.

On serait chez nous, je serais coté.

Alors qu’ici. personne ne me comprend.

– Je ne vais pas te renvoyer. Nous sommes trop loin, il y a trop de choses en jeu…

– Je…

– Maintenant que tu as commencé, tu vas continuer.

– Pardon ?

– Amuse-toi. Vas-y. Ponds tes trucs. Mets-en partout. Il faut qu’on les remarque.

– Mais, la mission…

– Crois-moi, plus on les verra, moins on pensera à nous. Il y aura bien un ou deux types pour parler d’extraterrestres. Mais franchement, qui les écoute ?

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