La Peau Douce

Depuis quelques temps, j’ai la peau douce.

Très douce.

Si douce que je me caresse souvent les joues en me disant « hmmm, cette peau, c’est doux, c’est… ».

La peau douce, c’est un vice.

Je pensais y échapper mais non, je suis faible, lâche.

Je me suis laissé tenter.

Cela commença par un bon de réduction dans une parfumerie du coin. J’y allais accompagné de quelques pulpeuses collègues aux charmes ingénues et aux formes ténébreuses dont le parfum envoutant enflamme les esprits du moindre passant qui . J’y allais accompagné de quelques collègues.

Un parfum pour ma belle. Et là, devant cet homme en slip imberbe  assis sur le rocher d’une crique en Corse, la crème après rasage.

Jamais essayé avant.

Moi je me rase et puis après c’est bon.

Mais pour une fois, je me laisse tenter.

Peut être serai je moi aussi en Corse imberbe dans une crique.

Et là, la magie s’opère.

Je suis doux.

Doux, si doux.

Ultra doux.

Je ressens une telle douceur.

Je m’habille, je suis doux.

Je marche dans la rue, je suis doux.

Les femmes me regardent d’un air subjugué. Sur leur sourire, je peux lire « Qu’il est doux ».

Dans le métro, je sens cette douceur indécente. Cette peau sur mon visage, c’est tellement… doux. J’ai du mal à me contrôler.

Ne reste plus qu’à attendre la prochaine fois que je pique.

Et là, pas de pitié. Doux je suis, doux je resterai.

Malheureusement, être doux signifie emporter ma crème après rasage avec moi. Car je voyage toutes les semaines. Aller-retour à chaque fois. Je ne vais pas l’emmener partout. ça va devenir une obsession. Etre doux à ses limites. Il faut que je me retienne.

Je n’ai plus de bon de réduction mais j’ai quand même la solution. Acheter une autre crème. Moins chère mais crème quand même.

Ma peau en a besoin. Je le sais désormais.

La nouvelle crème est là, sous mes yeux. Je l’achète en cachette.

Etre doux est un plaisir coupable.

Après un bon rasage franc et viril, je la pose délicatement d’une main musclée sur mon épiderme masculin (je parle de mes joues).

Et là, c’est le drame.

D’abord un picotement. Puis une douleur. Vive. Une brûlure, même. Comme si j’avais mis de l’Hexomédine sur un moignon frais.

C’est une crème pour hommes. Un truc pour vrais mâles. Je souffre, je pense à la guerre, aux tatouages fait à la braise, au morceau de bambou que je tiens entre mes dents pour ne pas hurler, au « même pas mal » de mon enfance quand avec les amis, on se donnait de grands coups de poings avant de s’envoyer des parpaings sur  la figure pour prouver qu’on en était et que rien, ni personne, ne pourrait nous arrêter dans notre volonté d’être des mâles, des vrais (bon, des parpaings en mousse mais c’est pour l’image).

Je souffre mais c’est parce que je suis fort. Pas pour les filles cette crème, nom de Dieu.

Je peux maintenant m’habiller. Je suis un homme nouveau. J’ai la peau douce (avec une sensation de granule dessus) et la douleur vive.

Je marche dans la rue, je souffre. Mais c’est doux.

Les femmes me regardent d’un air interloqué. La première fois qu’elles voient un homme, un vrai, un qui souffre après son rasage mais dont la peau douce impressionne grandement. Je les comprends. J’aurais le même regard à leur place.

Dans le métro, je sens cette douleur indécente. Cette brûlure sur mon visage, c’est tellement… J’ai du mal à me contrôler. Je me gratte un peu.

J’arrive au travail. L’agent de sécurité me dévisage. Il n’a jamais vu un homme, un vrai ? Qu’est ce qu’ils ont tous ce matin ?

Je monte dans l’ascenseur. Je vois mon visage dans le miroir. Ma peau est brûlée, constellée de boutons rouges, comme des petites prunes molles sur mon doux visage disgracieux. Saloperie de crème pour homme qui fait mal et défigure.

Même avec un corps de rêve et un slip à ma taille, personne ne voudra plus fôlatrer avec moi sur une crique en Corse.

Tant pis pour mes joues. Elles vont souffrir quelques jours et puis tout redeviendra comme avant.

Je me raserais avec ennui. Je me passerais un savon.

Et attendrait le moment plaisant de dire « Wouch, je pique », pour me rappeler que je suis un homme, un vrai.

Un qui n’a peur de rien.

Jamais.

Et même que je peux me laisser pousser la barbe si je veux.

7 commentaires

  1. Personnellement, je trouve le metrosexuel risible. Si je veux quelqu’un de doux, je me tape une de mes copines, elles sont tres douces et sentent tres bon. Mais moi ce que j’aime vraiment, c’est un mec, un qui pique. PS: Rendez-vous a 16h dans la crique de Porto-Vecchio

  2. Je prends le métro tous les jours. Et la vérité, c’est que c’est très peu sexuel. Ou alors, les voyageurs attendent que je parte.

    Ps : A 16h, je peux pas, j’anime la chorale I Muvrini

  3. Merveilleux Ranx comme à chaque fois!
    D’abord je me suis dis « tiens ca ressemble à ma vie de pub » mais en mieux écrit, puis me suis dit « ah nan c’est comme son article sur la bouffe degueu pour célibataire » puis encore retournement & ta vraie nature qui nous saute aux yeux! Trop la classe!

    Moi j’aime aussi les hommes les vrais, pas ceux qui passent 1h à la salle de bain mais un peu de crème sur le visage et sur les mains rapidement c’est bon pour tout le monde 😉

  4. J’essaie de faire un peu différent à chaque fois mais comme je vois que le tableau des thèmes abordés est tenu à jour, j’ai un peu la pression 🙂

    En tout cas, merci pour le retour enthousiaste, ça peut paraitre con mais ça fait toujours plaisir !

    La semaine prochaine, nous aborderons la rencontre flamboyante entre l’incroyable T-Bag et une porte.

    Action, frisson et serrure seront au rendez-vous.

    (ça c’est du teasing pour avoir 70 « jaime »)

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