Le mec de la publicité

L’autre jour, La Schtroumpfette nous faisait partager son quotidien de fille de la publicité. En hommage à son merveilleux texte, je tenais à vous raconter ma journée.

D’abord quand je me lève, je ne vais pas uriner –pas mon genre. Et aussi,  je ne me gratte pas l’anus. Ça sent pas bon. A la place, j’admire mes pectoraux dans le miroir de la salle de bains. Ils sont tellement beaux et musclés et bien dessinés que je me dis c’est pas possible, j’ai trop de la chance d’avoir un lit auto-musclant qui me raffermit de jour en jour, inversement au temps qui passe. Mon torse brille comme une table polishée ou les postérieurs des filles dans les films pour adultes au bord des piscines. D’ailleurs, comme les filles des films, j’ai pas un seul poil sur les pectoraux ni autour du nombril. Ni ailleurs. Mais je te le montre pas. C’est sale.

De toutes façons, y’a qu’un endroit où j’ai des poils : sur le visage. Donc, après ma douche qui ne fait pas de buée et qui gicle pas partout, je dégaine mon rasoir 23 lames et je me rase de près. Je suis over satisfait car l’année dernière, j’avais que 22 lames, et c’était vachement moins bien. Tu sens tout de suite la différence. En même temps, ma femme m’a dit qu’à Intermarché, ils vendaient plus les lames à 22 lames. Alors elle m’a racheté un rasoir en promo à 99€. Avec 23 lames et des petits points colorés hydratants qui attendrissent le poil avant de lui faire la peau. Quand j’ai fini, ma femme –qui revient sans doute de la buanderie où elle a mis les machines en route- me fait un bisou trop chou et me caresse la joue. Elle sent comme maman. Elle porte une de mes chemises sans soutien-gorge. Ses seins sont fermes et bien dessinés. Normal, elle a le même lit que moi… J’adore. Du coup, après je rejoins les enfants au petit-déjeuner de super bonne humeur.

Je lis un petit peu le journal tout en m’occupant vachement bien de mes progénitures car je suis moderne et je réponds à toutes les questions sur les bouteilles de lait ou comment on fait les enfants. De toute façon, on a toute la matinée devant nous. J’ai pas vraiment de contrainte horaire tu vois, car je suis un peu mon propre boss, indépendant, et mes gosses vont dans une école où les cours commencent à 10 heures. Mon fils a même pris le temps de se déguiser en Dark Vador et de jouer avec les clés de la caisse. C’est incroyable comme il est beau et intelligent pour son âge.

Alors quand même après je vais un peu bosser. Ma femme s’apprête à faire le ménage, ou la vaisselle, ou les courses, ou des trucs comme ça. Mais moi, je m’installe dans ma berline allemande et j’écoute le silence du moteur. Ma caisse aussi elle brille trop. Ma ville, c’est le pur respect. Pas un seul voyou pour te soulever les essuie-glaces, te briser le rétro ou rayer ta portière avec ses clés. J’écoute Mozart en mp3, c’est bien plus classe que ces décolorés de Green Day. Quand j’arrive sur le chantier, je mets mon casque jaune et je sors mes plans roulés que je mets sous mes aisselles désodorisées. Avec mon costume bleu foncé, j’ai trop la touche avec mon casque. Aux autres, je leur dis tout ce qu’il faut faire dans la journée en pointant mon doigt ici et là. Tu vois genre là Robert, tu montes les parpaings, là Jean-Jacques, tu mets les fils électriques, là Henri –« mais nom d’un chien Henri ton casque, t’es inconscient ou quoi ? Et la sécurité ? On est super bien assurés, mais c’est mieux si t’as ton casque »- alors on se prend un peu la tête mais après, c’est déjà l’heure de l’apéro. Comme je bosse dans un univers ultra viril avec que des mecs dont un certain Claude E., on boit des sodas glacés à l’aspartame. Normalement, c’est pour les gonzesses, mais là, on n’a pas trop le choix. On est interdits de bières ou de pastis. Je dirais que c’est le seul point négatif de ma journée. Pas grave, comme il fait chaud, on se met tous torse nu et les filles du bureau d’en face nous observent. Elles sont très excitées… Oh ça va on est entre hommes, on peut rigoler un peu. Bon, elles sont un peu cougars sur les bords en lunettes et tailleurs mais c’est normal, elles bossent.  Les jeunettes, elles changent les couches des enfants ! Sinon, mes pectoraux ont encore gonflé depuis tout à l’heure, je suis un king ! Je plais aux filles. No limit.

Du coup, après l’apéro et la pause déjeuner, on a mis nos chemises à carreaux et on charge tout notre matos dans un utilitaire hyper grand. On met des pierres, des bûches, des parpaings, des brouettes, des perceuses, des ponceuses, des IPN, du ciment, du sable, du plâtre, des briques, des branques, des tronçonneuses, des machins dont on sait même pas à quoi ils servent, enfin quoi, tout un tas de trucs pour mecs bien costauds et charpentés avec la mâchoire carrée. On se marre et on marche au ralenti. Tout le monde est là, solidaire et sympa. Robert, Jean-Jacques, Henri, Claude. Tu peux pas les voir dans l’image, mais y’a Rachid et Pedro aussi sur notre chantier. Bon, comme ils ont pas de chemise à carreaux, on les a laissés un peu hors champ. On marche dans une boue qui ne tâche pas, on dirait du papier mâché mais séché et marron. Et pas sale. On démarre. Le Peugeot Partner traîne par terre. La vie est belle.

Quand je rentre à la maison, y’a un mec en short marron boutonneux et souriant comme un étudiant américain qui me tend un gros carton. M’a attendu toute la journée le gars. Ils ont vraiment un sens du service aussi grand que l’Atlantique. C’est ma nouvelle « set-top box » super révolution. Ah oui, j’ai oublié de te dire qu’on s’est partagé équitablement les tâches avec ma femme. Elle fait tout et moi en échange, je m’occupe de la technique de la maison. A moi les piles des enfants, l’internet, les ordinateurs, la télé et les smartphones ; à elle l’aspirateur, le lave-vaisselle, le fer à repasser et le Caddie de grand-mère. Ça me fait pas trop de boulot, y’a 4 guignols en slip rouge qui sortent du carton et qui m’installent la révolution en 8 secondes. Ils jettent des confettis jusqu’au plafond et on chante « Joyeux anniversaire » aux kids en mangeant des grosses frites et des tartines au chocolat car c’est l’heure de notre goûter-dîner. Y’a plein de ballons colorés et on prend des photos numériques qu’on met dans un cadre numérique en un clic. Ça respire le bonheur. Dans une heure, ma femme ira coucher les petits. Je ferai un petit poker en ligne avec les copains, ou je parierai un gros billet sur le match de foot du soir, ou je ferai une partie de jeu vidéo. Ça remplace pas une bonne inflation, mais on ne fait pas trop de galipettes dans la publicité, faut rester propre hein. D’ailleurs, je pense que les enfants, c’est aussi le mec d’UPS qui nous les a apportés. Ils étaient livrés avec les couches…
Je vais encore dormir avec la béquille. Pas grave, demain j’aurais mon orgasme quotidien en me rasant de toutes les façons…

7 commentaires

  1. Notre vie d’acteur de pub est passionnante !
    Merci de cet écho à mon article ! J’ai vachement aimé le pipi, l’anus, le rasoir, et l’utilitaire. Moins la machine à laver, forcément, c’est mùoi qui l’a fait tout le temps.

  2.  » Si à 50 piges t’as pas d’ rolex c’est qu’t’as chié ta vie et qu’t’es un gros pue- du- cul  »

    Signé : méga-méga connard à 77 lames et bientôt le sapin.

    Le sapin ! Le sapin !

  3. @LA Schtroumpfette : Merci. T’as sorti le linge ?
    @Antipub : t’as troooooop de la chance
    @Nivéa : le sapin ?
    @heinkein : et pour la clope ?

  4. Merci pour ce detail de la journee d’un mec bien, sa famille super et son boulot ideal.
    Probleme, je ne m’y suis pas reconnu du tout. Quand t’es Noir ou basane, il semble que ce genre de vie generique ne nous est pas attribuee. C’est dommage! Je commencais vraiment a aimer son gout en plastic.
    Pour nous, comme tu l’as demontre plus haut on a juste le droit a une vie (non-vie?) hors champ ou d’en avoir envie. Il semblerait que nous n’ayons pas vraiment les honneurs de la production et encore moins par consequence, de la consommation.
    Desole pour les accents (clavier briton)

  5. Ping : film izle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*