Ode à la sarthoise

Nos amis de c’est la gène abordaient récemment le thème   » ode à la parisienne «  en réaction notre Damien a concocté une « ode à la sarthoise »  et nous a mis quelque peu dans la gène en omettant de les citer c’est désormais chose faite. Nos excuses à C’est la gène.

Samedi 30 avril 2011, 2 heures du mat’, retour de soirée :


Mon Lulu,

Dur de séduire une sarthoise, n’est-ce pas? Je t’entendais encore tout à l’heure te lamenter sur ta solitude, après que tu sois parti en trombe du Latino Café à cause d’une réflexion fielleuse d’une étudiante frigide qui préférait écouter son Kuduro quotidien plutôt que ton enthousiasme débordant de futur propriétaire. Tu me disais, entre deux spasmes colériques : « mais jamais je trouverai de nana en Sarthe, c’est pas possible ». Tu fais erreur, mon Lulu : il n’ y a pas qu’une sarthoise comme j’ai pu parfois le laisser entendre, mais une infinité de sarthoises.

Pour t’aider dans ta quête, je te propose donc une kyrielle de portraits qui seront autant de visages radieux à mettre sur cette profonde question que la sarthoise demeure dans ton coeur d’artichaut.


La paysanne


Sans doute la plus accessible de toutes. Malgré son physique rustique et son phrasé pataud – mélange de patois agaçant et de mauvais français – c’est une brave fille, capable de te réciter par coeur les sketches de Paulo l’humoriste ou de te vanter les vertus euphorisantes de l’alcool de prune. D’ailleurs, elle bat la moitié du village dans de sympathiques jeux à boire. Dans la vie, elle habite Saint-Ouen en Belin, Aigné ou St-Cosme en Vairais et prépare une école d’agriculture ou, pour les plus coquettes, un CAP petite enfance.

Sa phrase favorite : « Vindieu, j’ai l’foin qui dépasse d’la charrette, va che’cher l’rasoir!« .

Où la trouver? Au comice agricole du canton, au bal des pompiers ou à la soirée discothèque du club de foot local.

Comment la séduire? : avec trois grammes dans chaque poche. Pour toi.

La gangsta luuv


Celle-là mon Lulu, c’est la plus drôle. Ses idoles sont Sinik, Booba « paske sees teext yy st trOo bOo » ou alors Ocean Drive. Oui, Ocean Drive. Tu les a déjà oubliés? Une fille qui parle avec ce petit ton surjoué du « je suis trop bonne mais j’ai surtout un coeur qui dégouline, comme quand ton noeud coule » et un mec qui chouine en anglais? Enfin bref, le plus drôle là-dedans, c’est de la voir prendre une pose mafia et de l’entendre parler comme un lascar de la Courneuve alors qu’elle n’est que Shirley, 18 ans, en BEP Compta à Joseph Roussel (au Mans, donc) et en pleine rébellion depuis ses 8 ans. D’ailleurs, elle scande à qui veut l’entendre qu’elle est   » trOo pas un teepuu « , alors qu’elle a été déniaisée à 12 ans par son cousin.  Elle habite un peu partout, mais surtout dans les logements sociaux ou les quartiers résidentiels, leur ghetto à eux.

Sa phrase favorite? « sii t paa coonteen tuu cliik suur laa croii en hoo aa droiite OKeiiiiiiiii »

Où la trouver? Au Rafalflash d’Oizé, au Disco-Teck du Breil sur Merize voire, si tu veux pratiquer la drague de jour, dans les TIS. (Le réseau de bus sarthois)

Comment la séduire? Asperge-toi de Black XS, enfile ton plus beau T-Shirt G-star, tartine toi les cheveux de gel et déclame-lui un poème, enfin un truc pécho sur un Skyblog avec le mot « amour » dedans. Mais attention, passée 20 ans il y a de grandes chances qu’elle ait déjà un gosse donc dépêche-toi!

La « guesteuse »


Explication pour les non-sarthois : le Guest est « the place to be(auf) », LA boîte « hype » du Mans où pour quelques euros, tu peux danser (mal) sur la playlist (dégueulasse) de Fun Radio entouré de demeurés congénitaux potentiels candidats à Secret Story. La guesteuse est pourtant un tantinet plus éduquée que les spécimens développés plus haut, elle est en école d’infirmière ou dans n’importe quel BTS/ IUT Commercial. Mais voilà : elle ressemble à Snooki de Jersey Shore. Elle a un style hautain by H&M, pour bien te faire comprendre que tu n’es qu’un ladre, un mécréant, si tu as le malheur de ne pas être gaulé comme un militaire. Par contre, paye-lui un coup et elle sera aussi collante et affectueuse qu’un bébé labrador. Pour cause : la guesteuse n’a pas une thune, quand elle n’a pas laissé son cerveau dans la friteuse du McDo où elle travaille. Le Guest c’est sa vie, sa raison de vivre.

Où la trouver? Au Guest, évidemment.

Sa phrase favorite? « on va Guesteeeeeeeeerr!!!!!!!! »

Comment la séduire? Le cerveau, la culture et l’intelligence ne serviront à rien : sois un bon bougre toujours à son service, paie-lui des verres et serre-la par la taille quand le photographe de Tillate te flashe. Et n’oublie pas le V avec tes doigts, ni la « duck face ».

L’étudiante frustrée

C’est le côté yang de la Guesteuse : ce qu’elle perd en frivolité, elle le gagne en chiantitude. Car comme son nom l’indique, l’étudiante frustrée est particulièrement casse-couilles. Elle aime Scènes de Ménages, Muse et les fêtes de famille, s’habille chez Promod, ne comprend pas le second degré, ne s’intéresse à rien de spécial dans la vie et est toujours la première à râler dès que quelque chose sort de l’ordinaire. Elle s’emmerde et emmerde tout son entourage . Elle vient de sortir d’une relation de 2 ans avec un mec qui a fini par la tromper (et on le comprend), et du coup elle refuse de coucher le premier soir : elle est bardée de principes inutiles, fait la morale à ses camarades tout en les jalousant secrètement d’être aussi détendus. Plus tard, elle veut être assistante sociale ou travailler chez SDV, un travail répétitif et ennuyeux mais rassurant pour la grande stressée qu’elle est.

Où la trouver? Un peu partout, mais surtout en ville. Le Luna Café s’y accommode très bien.

Sa phrase favorite? « faut pas s’prendre la têêêêêête »

Comment la séduire? Sur un malentendu, l’étudiante frustrée voudra sortir de sa frustration et se casera avec le premier mec banal qu’elle croisera. Dans un an ils habiteront ensemble, dans 3 ils achèteront une maison avec pelouse, dans 5 ils se marieront à l’église avec leurs camarades de promo respectifs, et après, plus rien, à part un enfant ou deux. Si une vie d’ennui ne te fait pas peur, il suffit d’être là au bon moment, c’est la loterie.

L’altermondialiste


Plutôt intéressante et raisonnablement cultivée, l’altermondialiste a étudié au Lycée Bellevue et est encartée depuis l’âge de 15 ans au NPA, plus par mimétisme que par réelle conviction. Sa sensibilité artistique l’amène tout naturellement vers la fac d’Histoire de l’art ou de Lettres d’où elle sortira au bout de 2 ans faute de débouchés, pour créer sa propre marque de bière. Elle emploie les mots « cool » et « grave » toutes les 20 secondes environ. Aujourd’hui, l’altermondialiste ne sait pas vraiment ce qu’elle veut faire de sa vie et se sent parfaitement à l’aise dans cette indécision qu’elle oppose aux « connards sarkozystes » et à leur plan de carrière merdique. La plupart a des goûts musicaux variés et quali, même si certains énergumènes sont des inconditionnels de Zaz, Sinsemilia ou l’insupportable Pep’s et sa Liberta. Elle sait néanmoins être féminine sans beaucoup d’artifices et garde un goût immodéré pour la fête. Sans doute la plus intéressante de toutes.

Où la trouver? Au Barouf, au Lézard ou à l’Atelier. Sinon, elle vous considèrera vous-même comme un « connard sarkozyste ».

Sa phrase favorite? « désolé pour hier soir, d’avoir fini à l’envers, la tête dans le cul, l’cul dans l’brouillard »

Comment la séduire? Discuter, débattre, montrer de l’intérêt aux choses qui t’entourent. Et partager la weed directement livrée de Paris au festival des Vieilles Charrues, tout en écoutant distraitement le concert de Tryo.

Voilà donc, mon Lulu, les principales sarthoises. Tu t’es même déjà amusé à mettre des noms dessus, je suis sûr. Quoi? Comment ça, il y en a d’autres? Certes, mais celles-ci ont préféré partir et tu sais quoi? Ce sont souvent les meilleures. T’as pas de chance, mon vieux… Parfois même elles sont plusieurs à la fois : gangsta luv et paysanne, Gangstta Luv et Guesteuse, par exemple. Mais qui qu’elle soit, si elle fait cette tête là :


Dégage-la. TOUT DE SUITE.

6 commentaires

  1. ouuuh là… Je suppose que si on te connait il y a bcp de second degré, mais ça fleure tout de même fort la revanchardise franco-sarthoise ^^

  2. Hahaha. Je ne vis pas en Sarthe, mais à Bruxelles, on croise les mêmes spécimens. Il arrive que ces derniers se croisent: l’etudiante frustré a des goûts de paysanne et l’alter-mondialiste ne fume pas pétards et est vraiment chiante. En plus, elle écoute Zaz, et ça c’est impardonnable.

  3. Hihi tellement vrai (et validé par une cousine/voisine Mayennaise désormais exilée, qui sait malheureusement trop bien de quoi on parle)

  4. The place to be(auf) : rien que pour ça, bravo.

    Pour le reste aussi. Bien vu, bien écrit. ça fait toujours plaisir de lire un bon texte qui se paye le luxe de ne pas être vulgaire.

    Je connais moyennement la Sarthe, mais en une description, j’ai l’impression d’y avoir passé ma vie.

  5. Tout a fait d’accord avec Ranx !
    Je suis moi meme sarthoise et j’en pense la même chose … Le portrait de la guesteuz est juste trop parfait ! Bref, bravo j’ai passé un très bon moment 🙂

  6. C’est spécifique à la Sarthe c’est spécimen ? Non parce que je ne le suis pas et pourtant j’en croise tout les jours!

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