Dur dur d’être un bébé

Si vous vous attendiez à lire une énième nécrophilie de Jordi, détrompez-vous. Bien que taquiner le vainqueur de la ferme célébrité m’aurait bien plu, tirer à boulets rouges sur le garçonnet qui a bercé mes premiers pas reviendrait à jeter mon doudou au feu. Et moi je suis un sentimental donc hors de question de toucher aux héros de mon enfance. La raison qui m’amène ici est tout autre.

Je suis fils unique depuis bientôt 22 ans, et un événement a récemment modifié mon paysage familial. Longtemps considéré comme la dernière ramification de la famille, archétype même de l’enfant Roi, j’ai été détrôné par un petit bout, tout beau, tout neuf. Quand je dis détrôner, n’y voyez aucune once de jalousie. Je partage totalement le bonheur de mes parents, et cela fait le mien aussi ; du moins jusqu’à ce que j’entende « baby-sitting » un samedi soir, les pleurs du dimanche matin et le « change la couche » quand maman se bat avec le téléphone et le pack de bière de mon père. Mais même si je suis amené à faire tout ça, j’en serai heureux car après tout c’est ma petite sœur. Ouuuuh, qu’il est choupi dans le rôle de grand frère. Câlinez-moi.

Oui mais voilà, si le bébé fait le bonheur de la famille, ça contribue pas à la rendre plus intelligente. Je m’explique. Bien sûr, s’occuper d’un nouveau-né implique de grandes responsabilités mais cela génère aussi quelques comportements dont les parents n’ont souvent pas conscience, encore moins les grands parents. A mon sens, l’admiration portée à ces jeunes bambins à la frimousse écarlate et rondelette rend clairement idiot et ce, dès lors qu’on a coupé le cordon.

1. Symptôme n°1 : Le syndrome de Jack.

S’il y a encore 10 dix ans on prenait la peine d’envoyer un faire-part, on utilise maintenant le SMS, c’est bien plus instantané et ça réveille en pleine nuit. Mais que l’on choisisse la tradition ou le modernisme pour annoncer une naissance, on trouve la même précipitation chez tous les parents : on fait déjà parler bébé.

« Je suis né à 04h53, maman se repose et papa est en réa… »

Le bambin a même pas tété son premier sein qu’il sait déjà écrire, parler et utiliser BBM. Je ne sais pas si mes parents ont oublié que j’avais aussi été une crevette un jour, mais qu’ils arrêtent de me prendre pour de la cochonaille.  Au même âge je trouvais même pas mon pouce, encore moins le téton de ma mère paraît-il. En rentrant de la maternité, on espère que l’euphorie passera et que la raison reprendra le dessus. En vain.

2. Symptôme n°2 : La Jean Jacques attitude

«Un enfant naît bon dans la nature, c’est la société qui le pervertit »

Il n’est pas rare d’entendre les anciens en mettre plein la cabine aux plus jeunes générations. Tous les clichés y passent : plus agressifs, plus fainéants, moins respectueux et soucieux des valeurs familiales et surtout plus cons. Bon nombre de scientifiques parlent même de « une rémission inexorable du patrimoine génétique ». Je tiens ça d’une revue spécialisée. Tu parles d’une hypocrisie. Parce que tous ces plaignants sont les mêmes qui infantilisent à l’excès nos chérubins en utilisant les onomatopées à outrance, le tirage de langue abusif, sans oublier les grimaces horrifiantes dont ils s’affublent. Et après ils s’étonnent de notre pseudo-idiotie, mais je suis sûr que si mes parents m’avaient foutu un Flaubert dans les mains au lieu de me laisser bercer par Tati Janine, je n’en serais pas à ma troisième première année de droit. D’ailleurs parlons-en de Tati Janine. Si j’ai autant peur des femmes maintenant, elle en est certainement la cause. Notamment la faute à son nez, orné d’un poireau qui devait faire la taille d’une boîte de Chocapic, assaisonnés à la Harissa. Depuis, je refuse les bisous esquimaux…Une enfance pas rose, câlinez-moi.

3. Symptôme n°3 : La syndrome de l’auto-reverse

« Viens dimanche à la maison, tu le verras autrement qu’en photo. Allez j’insiste !»

Avoir un enfant c’est beau, cela rend heureux et c’est chrétien. Mais rendez-vous compte chers parents que la terre ne tourne pas autour de votre chérubin. Peut-être que vos collègues de bureaux veulent parler foot, ou chiffons suivant les sexes, au lieu de se coltiner les photos de la première dent, du premier pas que vous n’hésitez pas à mettre sous leur nez, profitant de l’occasion pour exhiber le Smartphone tout neuf acheté afin de concrétiser tangiblement votre bonheur. C’est vraiment vilain d’ailleurs. Quoiqu’il en soit, il n’est question que d’une chose : le nouveau né. Et on ne tarde bientôt plus à vous comparer à cette bonne vieille cassette de Rai restée coincée depuis 10 ans maintenant dans l’autoradio de la 405, qui coule des jours heureux sur le port de Cotonou.  Si le bonheur est partagé les premières semaines, l’indigestion se fait vite sentir, et croyez-moi on va rarement deux fois chez le même traiteur chinois.

Pour toutes ces raisons non exhaustives, vous les parents perdez l’équilibre entre l’amour et la raison, mais qu’importe. Vous avez bien raison de profiter pleinement des vos petits bouts tant qu’ils sont jeunes car par la suite, quand les premiers amours viendront, que les marques interviendront dans leur paysage et tous que tous les diktat des cours de récré devront être respectés, ils vous feront tout payer. Etant encore puceau, je suis encore loin de ces considérations, mais un jour viendra où je deviendrai idiot. C’est tout ce que je me souhaite…

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