Monsieur Je-Hais-Tout-Le-Monde-En-Voiture

La route.

Ses abrutis, ses dangers, et surtout, ses émotions inébranlables qui possèdent notre conducteur, car LUI seul, redresseur suprême de tous les torts, se permet un tel comportement.

Lui seul, car Monsieur Je-Hais-Tout-Le-Monde-En-Voiture est aussi un peu Monsieur J’ai-Toujours-Raison.

Il ne s’arrête donc pas en si bon chemin, et si sa femme, Madame J’en-Ai-Marre, tente de lui expliquer que ça sert à rien, qu’il faut se calmer, que tous ces cons ne changeront pas si tu t’énerves pour eux, alors là, la situation ne fait que s’aggraver à coups de « Mais tu crois quand même pas que je vais me laisser faire » ou de « C’est à cause de ceux qui font rien que les gens continuent à rouler comme des cons », ou encore un ironique et bien envoyé « T’as raison, on va se traîner derrière ce connard parce-qu’il a peur de doubler un flic »…Bref, il avait toujours raison de toutes façons.

Pendant ce temps, il devenait de plus en plus difficile à Madame j’en-Ai-Marre de supporter ces aigreurs, et l’ébullition qui s’emparait du conducteur contaminait peu à peu cette pauvre femme, qui sentait alors des fourmillements de partout et des accélérations de son rythme cardiaque à n’en plus finir. Si tout cela se soldait donc pour une fois par un bon vieux coup de boule, ou par un arrêt en bonne et due forme. J’imagine :

Le gendarme : Bonjour Monsieur, quel est votre problème ?

Mr Je-Hais-Tout-Le-Monde-En-Voiture : Mon problème, c’est que tous ces crétins qui sont sensés avoir le permis roulent n’importe comment, l’autre, là, il te double et après il se colle devant toi comme un con, lui, là, il met son clignotant à gauche alors qu’il a tourné à droite, et l’autre débile il accélère quand je le double, ce qui est strictement interdit par le code de la route, mais bon, je suppose que vous connaissez les règles Monsieur l’Agent ?

Le gendarme : Cher concitoyen, je pense que vous souffrez d’une crise de conduisite aiguë, ce qui arrive à certains asociaux qui humilient leur femme quand elle n’a pas le courage de faire le ménage, ou qui se moquent de leur gosse quand il a peur de faire du vélo (le gendarme était assez fin psychologue). Consultez donc votre docteur, qui vous prescrira des pilules multicolores, afin de vous redonner un arc-en-ciel dans les neurones, et ainsi attacher moins d’importance aux tracas routiers et auto-routiers auxquels tout-un-chacun est confronté dans sa dure labeur de vie quotidienne, périphérisée de surcroit.

La femme, intérieurement : putain, pas besoin d’être gendarme pour parler de comportement asocial…je vais prendre un billet d’avion pour une île déserte ça ira plus vite qu’un traitement médicamenteux à la mords-moi-le-nœud.

Le mari : Chérie, prends le volant. Chérie, as-tu déjà eu un accident avec moi, hein ? Tu vas pas croire toutes les balivernes que ce sombre imbécile de gendarme m’assène idiotement, lui qui n’est même pas capable d’arrêter les VRAIS responsables du grand n’importe-quoi des routes ?

La femme : Qu’est-ce que tu me gonfles, toi, alors. Mais bien sûr, mon chéri. Tout le monde a tort, sauf toi.

Et c’est ainsi que, partout, dans des milliers de voitures, au moment même où enfin un lecteur achève de lire ces lignes, les drames conjugaux se lient aux drames de la route, pour ne faire qu’un, jusqu’au jour où on inventera la machine à lire dans les pensées, et là, tout le monde sera bien boulé, automatiquement chaque mariage ou n’importe quoi d’autre battra de l’aile et on sera forcé d’arrêter de se mentir…sauf ceux qui auront inventé le brouillage de décodeur de pensées bien sûr.

8 commentaires

  1. @ erwik : oui, merci de dire que cet article est sympa, mon mari un peu moins vous l’aurez compris…mais j’ai aussi mes défauts de mégaconnasse 😀 mdr.

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