Night 8 395

Gâcher. Ce sentiment de gâchis du temps. Du temps pour le lien familial, le lien d’amitié, le lien d’amour. Le lien tout court. Le temps qui court et rien. Bien-sûr c’est beau la vie et les projets. C’est beau d’aller de l’avant, relever la tête fièrement, agir. Réaliser ses rêves avec de armes en coton. De bric et de broc. Avancer toujours. Bien sûr c’est beau. Mais ca sert à quoi si on ne le partage pas ? Gâchis. Le bonheur est ailleurs. A l’intérieur.

Je pense au tic tac, je pense à mes 33 ans qui arrivent. Comme le christ je souffre. Lui pendant cette année fatidique. Moi jusqu’à cette année, peut-être même pas fatidique. Vous trouvez ca dure ? Triste ? Égoïste ? Qu’il faut pas dire ces choses là ? Qu’il y a pire, que j’ai un toit et la santé. La santé, elle aussi elle est à demi, cyclique roulette russe, inverse proportionnel de mon cœur à l’électrocardiogramme plat. Ouai c’est mal je me plains, ouai il y a pire dans ce monde de merde, dans ce IIIème millénaire machine de guerre qui plie les gens en un rien de temps, ouai je me plains.

Parce que pour être tout à fait honnête je pense qu’il y a ceux qui ramassent, comme moi, et peuvent comprendre puis il y a les autres. Ramasser de quoi vous vous demandez? Et bien du néant d’amour sincère. De ma profonde, éternelle, et intolérable solitude. Ça vous semble con, hein ? D’une banalité sans nom, hein ? Et bien c’est là où le partage se fait entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas comprendre. Bien-sûr je ne parle pas des bons gentils samaritains tout plein de compassion qui se sentent tellement empathiques, non ceux là j’en parle pas. Ils ne savent pas que c’est eux que je détestent le plus, parfois. Non ils ne savent pas parce que je ne veux pas briser leur petit cœur de bon samaritain, de bon copain.

La profonde solitude c’est quand depuis toujours vous êtes celle d’après, celle de secours, celle du « non mais toi c’est pas pareil, c’est particulier », celle qui est indispensable devant l’éternel mais pas nécessaire au quotidien. Celle qui assise attend patiemment, depuis toujours, dans cette salle d’attente immense. La porte s’ouvre, un sourire, un enthousiasme, une bouffée dans le cœur, et puis rien. Un petit air acide qui claque sur ma joue, celui soufflé par ceux qui viennent de me passer devant pour embarquer vers un ailleurs. A l’intérieur.

Bien sûr j’ai des amis, bien sûr je voyage et je vois du pays. Je suis drôle, je ris, je gagne un peu ma vie. Je fais ce qui me plait et ca me convient très bien. J’aime les gens et plein de choses dans la vie. J’ai des amis aussi. Des vrais sur qui on peut compter en cas de coup dur, pour les trucs importants. Pourtant, ils ne comprennent pas. Surtout ils ne savent pas.

Comment dire que si je n’appelle pas, si je ne sollicite pas, si je ne vais pas dire à, personne demande. Passer des jours en silence, transparente, insignifiante au monde qui m’entoure. Contrainte. Comment faire comprendre ce que c’est de n’avoir jamais vraiment compter pour personne. De n’avoir jamais été le centre d’intérêt principal pour personne. Ni famille, ni amant. Pour les amis, un autre sentiment. Éviter d’être un boulet.

Petite, trimballée à droite à gauche, prise en charge par un peu tout le monde et personne, l’état aussi. Adolescente, plus personne. Autonomie, criminelle meurtrière de mon innocence. Puis les années passent et toujours rien ne se passe. A chacun de vanter mon courage face à l’adversité, mon enthousiasme et ma fureur de vivre mais personne pour en profiter et avec qui le partager en intimité. A l’intérieur.

Seul mes compatriotes galériens savent que des mots, des pensées, peuvent devenir une douleur physique mais je ne connais pas les autres passagers de ce navire là. Entre nous on ne se reconnaît pas. L’homme est un grand comédien. Usurpateur. Menteur. Profiteur.

La solitude c’est comme un cancer. C’est sournois et pendant très longtemps on peut penser que ca n’existe pas, et faire en sorte que ca ne se voit pas. Terrer la douleur. La cacher au regard des autres. A l’intérieur.

La différence entre le cancer et la solitude ? Le stade terminal, c’est un choix.

10 commentaires

  1. « Personne n’est heureux. Et puis qu’est-ce qu’être heureux ? Puisque le bonheur s’arrête dès qu’on rallume la lumière. ».

    ….aaahhh je suis un peu comme toi mais en pire. Je me lève de bonheur, et j’évoque des rêves de tout pour oublier qu’à 34 ans je n’en ai que 8 d’âge mental !!!

    Maupassant a écrit ça, je m’en souviens en morceau de phrase … »la noire solitude du cœur, qui se berce et se trompe lui-même par des rêves jusqu’à la mort ».

    Il avait tout dit.

    Sinon, j’aime bien ton texte 😉

  2. Très bon billet,

    comme il est dit « il y a ceux qui peuvent comprendre et il y a les autres » face a cette grande solitude qu’on peux ressentir tout le temps tout en ayant une bonne et joyeuse vie mais qui nous ronge de toute part quand même!

  3. Merci pour vos commentaires.

    @ Tartine, garder le smile et foi en la vie, cultiver les petits bonheurs, c’est une philosophie pour moi & ce qui fait que je suis sans doute plus en phase avec moi même que la majorité des gens. Il n’empêche qui reste un vide & qu’il est à certain moment plus vertigineux que d’autres…

    @ Loïc, CQFD.

    Les admins, ravie d’être publiée mais heu la photo de Tom hanks… comment dire? Heurk, je peux changer? Ca fait caliméro c’est pas le but!

  4. Force est d’avouer que l’on pouvait difficilement trouver illustration plus cul-cul la praline que celle-ci.. Hum… Quant à la solitude, c’est souvent davantage un sentiment qu’une situation avérée. Ce qui n’en atténue pas la pénibilité, j’en conviens !

  5. Ré tu sors en Fa majeur! Je plaisante bien sur mon amie & on est d’accord que cette illustration est pourrie ^^

    Bon d’accord c’est un sentiment mais c’est aussi une situation quotidienne qui se répète depuis toujours dans ma vie et contre ma volonté mais évidement il y a ceux qui peuvent comprend et ceux qui ne peuvent pas…

  6. C’est ça le truc : l’insatisfaction chronique, l’impossibilité fondamentale de vivre 10 vies en une seule. Construire l’intime avec quelqu’un, ça a un prix, aussi, comme tout le reste, celui de ton indépendance, entre autre, de ton ambition, en partie, parce que construire l’intime, ça veut dire choisir aussi en fonction de l’autre.
    Au final, tu peux construire une relation intime et riche avec l’autre, pendant des mois, des années, voire plus, mais forcément, il y a d’autres choses à côté desquelles tu es passé. Forcément, dans tous les cas de figure. Ce n’est pas grave de renoncer à voyager ou à avoir un certain style de vie, en fait, rien n’est grave, sauf les regrets. Qui viennent quand tu refuses de faire le deuil d’une chose pour avoir l’autre.
    Oui, Maupassant a raison, le bonheur s’arrête quand tu éteins la lumière, parce que, en réalité, tu ne peux pas tout concilier, tout avoir. Il importe d’en être bien conscient et de savoir ce qui compte le plus, ce qui est sacrifiable et ce qui ne l’est pas.
    Tu envies ceux qui ont construit une relation intime, eux envient ta liberté.

    Il n’y a ni réussite ni échec, que des choix que l’on doit faire, qu’on le veuille ou non, qu’on en soit conscient ou pas.

  7. DZIBZ ==> ok bon d’accord….

    Le Monolecte ==> Il y a du vrai dans ce que tu dis mais je pense que vraiment seuls ceux qui souffrent de cette solitude depuis toujours peuvent comprendre.

    En plus tu peux mener ta barque comme tu l’entends & faire prendre à ta vie toutes les directions que tu désirent ainsi que réussir chacun des objectifs que tu t’es fixé. C’est mon cas. En revanche tu n’as aucune prise sur le fait d’être aimé ou pas, d’être séduite ou pas, c’est sans emprise. Si je distribuais les cartes alors ce serait plus simple mais on vit dans une société qui va trop vite, qui se focalise sur les apparences et qui place une importance capitale au jeu des conventions sociales.

    Alors bien sur il existe des mecs intelligents qui ne s’arrêtent pas au physique et qui voient plus loin qu’un statut sociale, évidemment, reste qu’il faut pouvoir les rencontrer & quand tu es un peu isolée c’est chaud. Reste qu’ils ont beaucoup de propositions alors pourquoi choisir celle qui paraît un peu plus compliquée, et puis il faut aussi qu’il me plaise en retour non? Et être exigeante à un prix! Si en plus tu n’as pas le physique pour…
    Mais je me refuse à ramasser n’importe quoi dans les bars, où être la maitresse cachée et il m’est vraiment impossible d’aimer quelqu’un juste pour un statut sociale et parce qu’il veut bien de moi…
    Ce qui valade en amour est aussi malheureusement valable en amitié.

    Bref je cumule les mandats, c’est comme ça… Un jour ou pas.

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