Salauds de forains

« In » ou « out », je n’ai pas encore décidé, mais comme la « hype » suit mes « vibes », c’est moi qui tranche. Et j’ai décidé que la fête foraine, c’était chouette. Evidemment, comme tous les gens qui font les malins (comprenez les gens qui twittent), j’ai fait le malin. J’ai dit des choses que j’ai regrettées.

– Ouais, non, moi, les manèges, ça ne me fait pas grand chose.

– Moi non plus, on pourra en faire !

– Ouais ouais.

Et retarder l’échéance. Retarder, retarder. Puis lâcher du lest, un peu.

– Ouais, en fait, quand la tête tourne, ça fait un peu bobo au coeur, j’ai l’estomac d’un étalon fragile.

Et les premières provocations de s’ensuivre.

– En fait t’es un peu nase, quoi.

– Non, c’est pas vrai.

– T’es un petit joueur, en fait.

– Non, je les ferai avec toi, un jour. Promis.

Merde. Ouais, parce que comme tous les gens qui écrivent, j’suis un super menteur, mais lorsqu’il s’agit de déroger à une promesse, il n’y a plus personne. Je suis comme obligé. Un « R » de mort traîne dans ce mot, « Promis ». Merde. Je vais y passer, c’est sûr. Je vais y passer, je vais devoir le faire, ce manège de merde, et je vais y passer, à l’intérieur. Je vais y passer, deux fois.

– Chhhhhhhhhhhh

Comme font les coureurs avant de prendre le départ d’une course.

– Chhhhhhhhhhhh

Sauf que moi c’est en fermant la porte de l’appart, stressé comme un poil de barbe devant Eric Cantona. Je vais mourir, je vais mourir.

L’attraction, c’est un truc super chouette qui monte genre à 50 m et qui redescend assez vite. Et remonte assez vite, aussi. Et te fait tourner la tête. Mon manège à moi, c’est lui. Mais j’suis pas trop à la fête quand il me prend dans ses bras. Même dans sa queue (?!), je scrute. Les gens qui en redescendent sont bien pâlichons.

Donner des consignes.

– Bon, je lègue donc ma fortune à mon frère et ma soeur et mon poisson à mon coloc. Et ne m’enterrez pas à côté d’une vieille, ni à côté d’un nom à particule.

Le truc s’arrête, c’est notre tour.

– Tu préfères être sur le côté ou bien au milieu ?

– S’il n’y avait que moi, je serais bien resté sur la plateforme, là. Quitte à me prendre l’engin dans la gueule.

– Va au milieu.

– Oui monsieur.

– J’arrive pas à baisser ma protection, J’ARRIVE PAS A BAISSER MA PROTECTION !

– Attention vous êtes prêts à décoller vers le supersonique ?

– MA PROTECTION BORDEL, PUTAIN MA PROTECTION, J’VAIS MOURIR MERDE.

– T’inquiètes, c’est eux qui la descendent.

– Au moins, comme ça, ils n’oublieront pas.

Un mec approche, il vérifie que tout est ok et appuie sur les sièges.

– C’est possible de régler le manège sur enfant ? On dirait qu’on se balance comme sur une balançoire et qu’après c’est fini.

Manifestement, c’est impossible.

– Chhhhhhhhhhhhh

– Ca va ?

– Non.

Et le manège qui démarre.

– Vous êtes prêts ?

– Franchement ?

– Alors on va y aller, accrochez-vous ça va secouer.

– Déjà, t’as une voix de merde, ensuite, t’arrêtes ça tout de suite, j’ai pas entendu le clic quand le mec il est passé appuyer sur les protections de sièges. Mon voisin et ma voisine de nacelle, ils ont eu un clic. PUTAIN JE VEUX UN CLIC, LA. C’est vachement haut quand même.

– Admire !

– TA GUEULE !

– C’est bon, vous êtes prêts, on peut y aller ?

– On était un peu partis, techniquement.

– Alors on accélère vers le supersonique !

– Déjà, c’est pas possible, ensuite, laisse-moi tranquille. Oh merde on tourne, on tourne, EH, ON TOURNE, et j’ai PAS ENTENDU LE CLIC ! PUTAIN ON EST A L’ENVERS

– CLIC

– YA DU JEU, YA DU JEU, J’SUIS PAS MAINTENU, Y A DU JEU, J’VAIS MOURIR MERDE.

Y avait pas vraiment beaucoup de jeu.

Et ma voisine de gauche se moque pas mal. Je hurle comme une gamine, je secoue les pieds, je tire la langue, j’insulte la caissière, j’insulte le monde, et… Ca s’arrête.

– Vous en voulez encore ?

– Oh non, non, non, NON, NON ! Je ne veux plus rien, c’était top, c’est bon, pitié, vas-y, épargne-moi là, encore un tour et je tombe dans le coma.

– Alors on accélère pour le bouquet final.

– Tu n’écoutes pas pauv’ connard ?! Non, non, non…

Un blanc. Là, je ne cause plus, je ne crie plus, je ne parle plus, je souffre. Je souffre sa mère. Je me sens tout pâle, mes pieds sont pleins de fourmis, ma tête ne sait même plus si je suis à l’endroit ou bien à l’envers. Je n’entends plus rien.

– Voilà on s’arrête là pour cette fois.

– …

Je descends, vite, avec une méchante envie de gerber et essaie de marcher le plus droit possible pour quitter cette passerelle de merde. Je n’ai même plus envie d’insulter quiconque. En bas, je vais pour récupérer mes affaires, le forain me cause, narquois.

– Alors, ça décoiffe, hein !

Salauds de forains.

2 commentaires

  1. Ouah la classe ! Je compatis ! Ma nièce m’a emmenée dans ce type de manège cet été et je me suis rendue compte que je n’aimais plus ce genre de sensations et que j’avais le vertige !

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