Conseils pour faire semblant que tu t’y connais en rugby même si en vrai tu trouves que c’est chiant

Vous me remercierez plus tard, l’heure est grave, pressons-nous. Les fans de rugby s’amoncellent, transmettent le virus à des mecs qu’on connaît et qui veulent, ces jours-ci, qu’on « ne dorme pas » après notre soirée arrosée, et qu’on « attende un peu », que « le rugby, c’est à sept heures ».

Oui, car première chose à savoir, la coupe du Monde de rugby, c’est en ce moment, et c’est de l’autre côté du globe. Donc, c’est à des horaires à la con.

Pour ne pas s’ostraciser, on est donc contraint et forcé de veiller sur le canapé une bonne heure, attendant la Marseillaise, les yeux défoncés, la motivation nulle, tandis que les mordus palabrent déjà sur les compositions des équipes.

Problématique : Le rugby étant un sport complètement incompréhensible pour quiconque n’a pas soutenu une thèse, comment ne pas trop passer pour un con, voire briller pendant un match ?

Pourquoi suis-je le plus qualifié pour répondre à cette question, pour réaliser cet acte salutaire, héroïque, qui va changer votre vie ?

C’est simple, je ne comprends rien au sport en question, mais j’ai des copains toulousains.

Le premier truc important à savoir, c’est qu’au rugby, les mecs, quand ils se défoncent la gueule, c’est normal. Au football, ils partiraient tous aux urgences et ne joueraient plus pendant une quinzaine de mois, ici, ils saignent leur race, ils sont affreux sales et méchants mais c’est cool. Quand un mec en éclate un autre, félicitez-le, donc. J’ai testé plusieurs phrases, toutes ne fonctionnent pas.

Privilégiez donc le « Ouille, il lui a mis cher ! Il est précieux, au plaquage, quand même ! » au « Ouille, quel croche-pied ! Il s’est cogné fort la tête, non ? » Parce qu’on ne se préoccupe pas de la santé des mecs. Souvent, ils sont filmés en gros plan avec plein de sang sur le visage. Evitez la marque du dégoût, aussi. Les commentateurs vous montreront le chemin : « c’est l’arcade sourcilière, ça saigne beaucoup mais c’est bénin. » Encore une fois, si un jour VOUS saignez autant, prévenez très vite le SAMU et apprenez par coeur votre groupe sanguin.

La violence est donc normale, au rugby. Pourtant, elle n’est pas une fin en soi. Les fans de rugby ne doivent pas aimer la violence en question, plutôt admirer « le bloc défensif ». Je vous donne des pistes, des mots-clés à réutiliser, à la carte. Vous prenez vous prenez pas, vous vous démerdez, c’est du jargon un peu technique qui fait toujours son petit effet.

Lorsque ledit bloc défensif est « transpercé » par l’attaque, c’est chouette. Sauf si c’est l’équipe adverse qui le transperce. Dans les deux cas, on se place du côté de l’équipe que l’on supporte, ce qui donne :

« Oh bien vu, il a pris l’intervalle », préféré à « il est passé pile dans le trou », ou

« La défense est désorganisée », préféré à « ils sont trop gros, ils courent pas vite ».

Mais là, ce sont tous les points assez facile à vous exposer. La difficulté, elle réside plus dans l’évaluation globale du jeu d’une équipe, et là, c’est casse-gueule.

Pour les novices, le conseil premier c’est d’attendre les commentaires des potes et de les copier. Mais c’est petit joueur.

Moi je m’adresse aux gens qui en ont, qui osent. Alors évaluer la qualité de jeu d’une équipe m’est impossible, donc je bluffe. Quelques phrases marchent à tous les coups, par expérience, puisque dès que tu les sors, tout le monde acquiesce :

– Ils ont une grosse mêlée.

– Ils ont une bonne touche.

– C’est solide aux plaquages.

– Drope putain ! Drope !

– Allez les mecs, on déploie l’éventail !

Tout ça, c’est de la valeur sûre. Il est même possible de mettre des négations, tout le monde est toujours d’accord.

 

ET le plus compliqué pour terminer, la remise en cause de l’arbitrage, règle primordiale au visionnage d’un événement sportif quel qu’il soit. Au rugby, le problème, c’est qu’à part l’arbitre, personne ne les comprend trop les règles. S’offre à vous, donc, comme un cadeau de Dieu à chaque coup de sifflet, cette phrase géniale :

« Putain, mais reviens à l’en-avant, bordel ! »

 

Reste en bonus track la phrase qui fera de vous un héros, que je vous livre parce que c’est vous. La phrase qui fait que vous passerez pour un grand connaisseur, même si au rugby vous ne pigez que dalle : « Il n’y connaît vraiment rien Christian Jeanpierre ».

@dzibz

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*