Jean Pierre Pernaut ou le journalisme engagé

 

Subjectif donc lisible.

 

On le moque, on le montre du doigt à chaque article de Télérama ou Libé, et pourtant JPP et le seul journaliste de télé qui peut se targuer d’avoir une véritable ligne éditoriale.

 

 

Là où Arlette Chabot se prononçait pour un journalisme objectif, JPP lui revendique fièrement les jolis villages, les traditions et la météo, sans se préoccuper de la soi-disante objectivité de ceux qui pensent sans opinions.

 

La force de JPP c’est d’offrir une grille de lecture claire à laquelle nous pouvons réagir. C’est d’ailleurs parce que la réaction est directe et facile que chaque année, rue 89, libé et consorts affublent JPP de tous les maux du monde. Les gentils journalistes dénoncent l’homme « poujadiste » tout en s’inquiétant des conséquences sur les cerveaux disponibles. Mais contrairement à ce que peut penser un Daniel Schneidermann, les téléspectateurs ne sont pas tous des abrutis. Il est beaucoup plus simple pour les « gens » de percevoir le ton journalistique dans un JT de JPP, que dans un prétendu rendu objectif de n’importe quel journaleux de France télé.

 

Le postulat burné de JPP.

 

Et puis, JPP est courageux. Il en faut des couilles pour chaque jour considérer que le temps qu’il fera ici l’emporte sur les 5000 morts qu’il y a là bas.

C’est la force de ce JT de 13h que de nous rappeler à ce que nous sommes : des français qui regardent le monde. Un journal ethnocentré pour une civilisation qu’il l’est tout autant. Pas de faux semblants, de « mondialisation équitable ». Non, ici, c’est la France !

 

Le journal de 13h est le journal des Français, qui s’adresse en priorité aux Français et qui donne de l’information en priorité française. Vous voulez des nouvelles sur le Venezuela ? Regardez la chaîne vénézuélienne. Sur le Soudan ? Regardez les chaînes africainesJPP, Télérama, 9 décembre 1998.

 

Le postulat de départ bien intégré, il ne nous reste alors plus qu’à nous laisser bercer par les douces escapades de Jean Pierre. Des 130 « petites venises »  que doit compter la France aux « sympathiques vallées boisées », laisser faire le guide !

 

Calmez vous, ce ne sont que des vieux.

 

Certains protestent déjà, arguant que c’est là un voile lénifiant plaqué à la face d’une masse prolétarienne qui ne demande qu’à se soulever.

 

Mais im-bé-cile. Qui est chez lui tous les midis à 13h? C’est le vieux. Celui qui vote majoritairement à droite et qui ne changera désormais d’opinions politiques qu’après la mort.

 

Dès lors la ligne éditoriale de JPP résulte d’une fine analyse socio-économique. Les programmes, qu’ils soient datés (Derrick, Feux de l’amour, etc.. ), ou sous financés (cf la tronche du présentateur de slam), sont dans tous les cas totalement anesthésiants. Dès lors, JPP a pris un double contre-pied : d’abord  de fait (actualité d’un JT vs Derrick l’éternel), puis  financier (parce que y en a du blé au 13h).

 

Mais il a surtout compris qu’en cueillant les téléspectateurs au milieu d’une journée de demi-sommeil, il devait s’efforcer de ne pas les réveiller.

 

Le trait de génie de Jean-Pierre Pernaut avait été de comprendre qu’après les années 1980 « fric et frime », le public avait soif d’écologie, d’authenticité, de vraies valeurs. Même si Martin Bouygues pouvait être crédité de la confiance qu’il lui avait accordé, le journal de 13 heures de TF1 portait entièrement la marque de sa personnalité visionnaire. Partant de l’actualité immédiate -violente, rapide, frénétique, insensée – Jean-Pierre Pernaut accomplissait chaque jour cette tâche messianique consistant à guider le téléspectateur, terrorisé et stressé, vers les régions idylliques d’une campagne préservée… La carte et le territoire, Michel Houellebecq, p 234

Alors si vous voulez de la Breaking news et du décryptage Askolovitchien de la politique, branchez vous sur I-télé, mais laissez au troisième âge inquiet la jubilation de la première chaîne et inclinez-vous devant celui qui a tout compris.

 

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