Mourir ou dire « mec »

Pourquoi tu parles d’un truc pourri comme ça, mec?


Les tics de langage sont une chose aussi stupide que Jacques Attali et pour tout vous dire je ne comptais pas traiter un sujet qui rapproche ce blog de certains sites merdiques pour gonzesses.


Cependant la chose m’est apparue importante tant il est vrai que les tics de langage, à la différence des tiques de fougère, ne font pas crever les gens qu’ils piquent (ce qui est très regrettable).


Aussi convient-il de rectifier, par une pensée structurée et construite, ces manies langagières qui caractérisaient traditionnellement le plouc provincial (le « hein » du Ch’ti, ou le « putain » de Marseille), la connasse (« tu vois »), ou la racaille (« t’as vu » et son désuet « ouech »), touche actuellement le parisien à travers une expression idiomatique aussi récurrente que détestable.


La voix de Murphy, mec.


Eddy Murphy, il était une fois un mec

Au départ, il y avait ce sacré revival 80 que nous subissons depuis 4 ans. Les meilleurs  en retirent Moroder, Jacno, et l’amour sans capote. Les moins curieux se focalisent sur la moustache et les différents navets d’Eddy Murphy, source évidente de notre présent malheur.


Magie de la VF eighties, Med Hondo (1) est ainsi parvenu à persuader une génération entière qu’un noir américain s’exprimait principalement en alternant « cool » et « mec ».


« Eh mec, cool, mec ». Tout le monde se gaussait de la mauvaise imitation, de cette traduction risible de l’intraduisible. Mais ce qui devait rester dans le placard à blague s’est vu approprié par le parisien tendant, dans une hispter-mania post bobo, à une attitude plus décomplexée et cool.


Et c’est dans la confusion d’un flow follement hype et retro; qu’Eddy Murphy, la moustache,  la chemise à carreaux et les petites baskets pourries ont fusionné en un vocable unique symbole de ces tristes années sans imagination : Mec.


MEC : 3 lettres pour un mal-être.


S’il est si fréquemment utilisé, c’est parce que le mot mec permet aux parisiens orchidoclastes (2) de tendre à un juste équilibre entre interpellation et apaisement social.


A Paris comme ailleurs, beaucoup n’ont rien à dire. Mais à la différence de la province, tout le monde veut parler. Aussi le « mec », en tant qu’interpellation, apparaît comme un moyen plus qu’efficace de pallier à un contenu souvent vide, en captant en permanence l’attention de son interlocuteur. Il permet de faire une économie mémorielle importante, puisque le mec peut se substituer à à peu près tous les prénoms masculins.


« J’ai plus de tunes mec, c’est trop chaud mec »

En outre, le « mec » constitue une arme de pacification massive. L’arrogance d’un hipster prétentieux, ou la candeur agaçante d’une pétasse fan de secret story se trouveront canalisés par la ponctuation toute en douceur de ce « mec » (non les guillemets ne se miment pas quand on dit « mec »).

Enfin on relève l’utilisation abusive de l’expression en cas d’agression de l’admirateur parisien de nike air par un autre admirateur venant de cette banlieue que l’on ne voit que dans les JT. Une illustration s’impose : Guillaume sort de boîte, il a bu 2 vodkas orange pour un total de 30€. Il sort, et là il croise un loulou du 93 qui lui demande une clope. Evidemment ça part en sucette car Guillaume, après avoir claqué 2 quinzaines d’euros dans un alcool premier prix, tend désormais à l’économie. Il essaye donc de se faire comprendre du banlieusard « non mais mec, moi je veux pas qu’on s’embrouille mec, juste j’ai plus de tunes mec, c’est ma dernière clope, c’est trop chaud mec ».


Ne te leurres pas, t’es une victime mec.


Moralité mec?


Il revient aux français d’inventer et de ne plus se mettre à la remorque de la mode mondiale. Plutôt que de tenter pathétiquement de suivre la hype New-Yorkaise en jargonnant des expressions de mauvais films, et quitte à s’inspirer du passé, le jeune à moustache ou duvet ferait bien de se replonger dans le cinéma d’audiard ou de godard.


Il pourrait y découvrir des synonymes de mec tel que drôle, gonze, type, gnard, gugusse ou zigoto.


Qui sait, ils pourraient presque devenir originaux.



Renvois gastriques :

  • (1) Med Hondo : doubleur français d’Eddy Murphy.
  • (2) Orchidoclaste : Casse couille.

 

4 commentaires

  1. juste et drôle, cependant un gentil NB (parce que la tentation est trop forte^^) : on ne pallie pas « à » qqchose, mais plutôt l’on pallie la difficulté…

    Sur ce, zygomard, bon vent

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