Comment j’ai presque serré grâce à Twitter

Repu, la peau du ventre bien tendue et quelques relents de coquilles Saint-Jacques en guise de souvenir, je saluais la famille, quelque peu amer de les laisser avec tous ces délicieux restes, et de m’en retourner à mon saucisses-lentilles en boite dans mon minuscule appartement parisien. Mon train était à 16h57, je n’ai pas traîné, j’ai zappé le café, ce qui n’a, dois-je vous prévenir, aucun intérêt pour la suite de ce texte.

Mais toujours est-il que donc, je n’avais pas bu de café.

« Agapes ze swag » à la gare, avec mes cadeaux de Noël dans mon sac plastique multicolore, mais tout le monde est ridicule à trimbaler les saloperies de Papa Noël sur les quais en attente du train à l’approche. Comme d’hab, je monte à l’avant dudit train, derrière la locomotive. Le wagon se remplit petit à petit, j’ai pris ma place et posé, comme à chaque fois, mes bagages sur le siège d’à côté, en attendant que quelqu’un me demande de les pousser pour pouvoir s’asseoir. Croisant les doigts, priant Dieu et le Père Noël pour que ce quelqu’un soit blonde et bien foutue.

La plupart du temps, Dieu et le Père Noël se foutent a priori de ma gueule en m’accompagnant de mecs pas cool, des bébés qui couinent ou de Spice Girls. Mon espoir est infime, donc. Néanmoins, je crois en la magie de Noël et pose bien mon sac « Festival de Cannes » à la vue de toutes, m’affale iPhone à la main, entrouvre ma chemise et me recoiffe. Je suis au top de mes cheveux, je me fais des clins d’yeux dans la vitre et joue avec mes sourcils.

« Y a quelqu’un, ici ? »

Je ne la vois pas, elle arrive de derrière. Sa voix laisse à penser que le Père Noël existe, et Dieu aussi. Elle n’a pas lâché le formel et chiant « Cette place est prise ? », y préférant le simple. Elle semble parfaite.

« Non c’est disponible. »

IPhone branché sur Twitter à la main, petit sourire, on va se croiser du regard incessamment sous peu. Elle se fait attendre.

« Vous pouvez m’aider à porter ma valise ? »

Grave que je peux. Et j’en profite pour finir de libérer son siège. Putain, elle est lourde, ladite valise, je morfle un peu. Relents de foie gras. Bon, elle est belle. Ouais, elle est très belle. Un petit gilet noir sur un tee-shirt délavé, un jean seyant mais pas taille-basse, des lunettes à montures noires, une voix à la Mouglalis. Je tombe amoureux, comme 67 fois par jour. Seulement là, j’ai une-heure-dix pour la serrer. Et elle peut pas s’échapper, elle aura besoin de moi pour descendre sa valise.

J’erre sur Twitter en abordant une discussion dont je ne suis pas très satisfait après coup.

« Joyeux Noël ! »

Elle sourit, plus absorbée par mon téléphone que par mes mots.

« Mon frère a passé la journée à m’expliquer que Twitter, c’était bien mieux que Facebook. Moi je pense que les gens qui twittent, c’est plus pour se faire un réseau pro, alors que Facebook, c’est plus un truc cool de potes. »

Ce à quoi je réponds que les twitteurs ont un coeur. « Je peux te le prouver, même, lui dis-je. Si 10 d’entre eux me soutiennent en retwittant une phrase de ma composition visant à choper ton numéro de téléphone, tu me le files. » Pari tenu, petit sourire, j’ai d’ores et déjà presque gagné.

Miracle de noël, je suis retwitté à mort. Une bonne centaine de fois. Les twitteurs ont un coeur. La discussion est engagée. Sa vision de Twitter change : les mecs qui y traînent seraient, « comme toi », des galériens de la drague, qui éprouveraient une sorte de pitié pour moi. Pas conne, la meuf, je veux faire des enfants avec elle.

Elle passe souvent sa main dans les cheveux et sent vachement bon. Moi, j’ai la dinde qui remonte.

Les retwitteurs réclament une photo. Elle refuse catégoriquement, et je ne puis la faire changer d’avis. Vous aurez la sextape. Elle me notait son numéro sur un bout de papier genre comme dans les films, je frissonnais en pensant à ceux qui m’ont permis ce frisson. La gorge nouée, je proposais d’aller boire un verre ce soir, j’aurais payé. Ce soir c’était pas possible mais appelle-moi dans la semaine, t’es trop cool. J’appellerai, pour sûr.

Sur Betclic, je suis à 2,4/1. Cette semaine, je vais serrer. Et je voulais vous en remercier.

Je descends sa valise, relents de chocolat et tout, la salue tel un gentleman, bout de papier bien en main. Ils vivront heureux avec tout plein de gamins.

 

PS : Lucie (ouais, c’est son prénom), vu que t’as sûrement vu mon pseudo twitter et/ou mon nom, tu vas tomber sur ce texte. Et tu vas taper mon nom dans google. Donc, il y a quelques trucs qu’il faut que tu saches :

– Le champion de pêche à la mouche, c’est un homonyme,

– L’ex-maire de Rouen, pétainiste, mort il y a longtemps, c’est aussi un homonyme,

– Ce texte est ironique, bien sûr qu’on ne fera pas de sextape,

– Si tu veux quand même faire une sextape, ça ne me dérange pas.

 

 

 

VERDICT : Faux numéro – pétasse.

4 commentaires

  1. Ahahah j’adore ce billet ^^

    Par contre pour le faux numéro t’as pas la technique… Enregistrer sur le tel puis faire sonner « Comme ça t’auras mon numéro quand j’appellerai » mais surtout toi tu es sur d’avoir un bon numéro 😉

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