Faut dire skier

PHOTO : Moi (ouais, j'suis pas mal là où je suis)J’ai les lèvres gercées, un bronzage inégal, un chapeau qui bouge, un air malicieux. Je mange des raclettes, et aussi de la neige, et je m’amuse comme un petit fou. des fois, je ramasse les bâtons des gens qui sont tombés, arrivant tel un sauveur à leur côté, eux galérant à se relever, moi leur donnant royalement ledit bâton, eux me remerciant, moi jubilant, eux se relevant, moi me rendant compte que je suis dans un bourbier duquel je ne me sortirai qu’en adoptant cette position tant moquée du je-glisse-sur-les-fesses, je-n’ai-plus-d’amour-propre.

Des télésièges, le sociologue dans l’âme que je suis ne peut s’empêcher d’observer les skieurs lambdas. Se dégagent cinq grandes catégories que je ne résiste pas à l’idée de vous présenter ici. Vous ne pourrez que vous vous reconnaître…

 

1- Le skieur

Son masque à lui ne lui donne pas l’air con. Même qu’il bronze à travers, parce que dans la télécabine, quand il l’enlève, il n’a pas la marque. Toi tu ressembles à Benjamin Lancar, et donc tu complèxes et te risques à éviter les lunettes de temps en temps, perdant à chaque fois cinq points à chaque oeil. Lui garde l’oeil de lynx, et skie comme un dieu. Il plie bien les genoux où qu’il faut quand il faut, ramasse les bâtons des gens en les aidant à se relever. Il est sympa, et met du stick pour les lèvres. Avec ses chaussures de ski, il pourrait courir le 100m en moins de 10 secondes, c’est de toute manière un sportif hors-pair. De ceux qui font rêver les filles, de ceux qui peuvent sans complèxe arborer ces cotes de ski fluos inhérentes au statut de skieur montagnard qui veut qu’on le voit de haut.

 

2- Le « skieur »

Le skieur, quand il voit une bosse, il prend son élan, et puis il saute. Le « skieur », quand il voit une bosse, il prend son élan, et puis il saute. mais bon. Il la subit, la bosse, et regrette, ensuite, quand ses deux skis sont restés derrière la bosse et lui roule encore sur toute la piste, devant les regards hilares de tous les bâtards qui sont restés sur la portion facile. Enneigé, il lui reste toujours un bâton, par on-ne-sait quel miracle. Lorsqu’il stoppe sa chute à coups de pieds dans la piste, laissant derrière lui des trous un peu partout que les skieurs s’empressent de venir reboucher, il lui faut aller rechercher ses skis et bâton dispatchés un peu partout sur la piste. Heureusement, les skieurs les lui rapportent. Alors il rechausse, et recommence. Evidemment.

Il arbore toujours un équipement de pointe, mais un truc cloche dans son look. Peut-être l’étiquette, qui dépasse de la cote Quicksilver, ou bien sa photo sur son forfait de ski, où il ressemble à un banquier coincé du cul.

 

3- L’école de ski

Petits, grands… Ils nous font tous grandement chier avec leurs chaînes humaines qu’on n’a pas le droit de casser sinon on se fait engueuler par le moniteur. Ils sillonnent toutes les pistes sur toute leur largeur bras levés, skis en chasse-neige, tournant tous PILE au même endroit… Ils se ressemblent tous, tant et si bien qu’on en vient à se demander si nos yeux, à force de squizzer les lunettes, ne sont pas complètement niqués et nous font voir en centuple.

Dans les files d’attentes, c’est par le côté qu’ils passent, te jetant souvent ce regard moqueur qu’un festivalier jette à un quémandeur à Cannes.

Sur les pistes, on les reconnait facilement, ils suivent tous un mec en rouge. Un peu comme des mini-sectes.

 

4- Le débutant fou

C’est mon préféré. Il a des skis paraboliques de location tels qu’on l’imagine devant le loueur, style : « Non, j’en ai jamais fait, mais oui j’apprends vite, et je fais beaucoup de patin à roulettes ». Et sur la piste noire, il galère. Il vient de se faire un coup de flip en fonçant tout droit, et se rend maintenant compte de la dangerosité du sport. On l’entend beaucoup.

« Je peux plus avancer. » Il ne peut plus avancer. Son pote se fout de sa gueule, les premières quinze minutes, en bas de la piste. Lui, il peut vraiment plus avancer. Il a fait la piste en travers, refusant le virage, arrivant dans la bonne poudreuse hors-piste où que même Jean-Baptiste Grange il ne peut plus tourner. Il râle, puis se ravise. « Appelle un hélico, ou alors on attend que ça fonde. »

 

5- Le gamin kamikaze

C’est toujours un gamin. Lui, il n’a manifestement pas pris assez de cours pour maîtriser les virages. Donc il fonce tout droit, cassant les chaînes sectaires d’écoles de ski, affolant les débutants fous et les autres, s’attirant les légitimes râleries des skieurs ramassant les bâtons. IL NE TOMBE JAMAIS, le gamin kamikaze. Tu espères, qu’il va tomber, mais à chaque fois, un truc vient le sauver. L’idéal eut été qu’il se casse trois quatre membres. assez du moins pour que la prochaine fois il ne te coupe pas la route, que tu ne termines pas dans une bute de neige située juste en dessous des télésièges sur lesquels les connards hilares te matent.

 

ET TOI, T’ES QUI ?

4 commentaires

  1. tu oublies celui qui reste à la terrasse à siroter son demi équipé comme pour gravir l’Everest, mais pas un mm de neige sur lui… allez sur les pistes ? non, trop risqué !!

  2. Moi je suis celle qui s’habille façon randonnée des neiges mais qui reste sur la terrasse du premier palier. Pas trop haut histoire de pas trop suée en montant « à pied » je skie pas, c’est vulgaire, mais suffisamment pour pouvoir prendre en photo tout ceux que tu viens de me décrire parce que mon plaisir c’est ça. Photographier comme tu écris.
    Merci!

  3. rectificatif supplémentaire (à ajouter au brave qui reste en terrasse et ne vient au ski que pour la piscine et les raclettes) : la dernière catégorie ne se limitent pas aux gamins. Les gamines kamikazes qui foncent les yeux fermés en disant « t’inquiète, je sais, je sais » sont pléthores !!!
    Mais évidemment si les parents ne se sont pas laissés aller à lui acheter une combinaison dans les tons pastels ou des bâtons roses, et en raison de la vitesse à laquelle elle dévale la piste, tu n’es pas à même de reconnaître les dons innés des gamines pour la glisse.
    Bien à vous.
    😉

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