PIERRE TOMBALE VEUT DEVENIR AMI AVEC VOUS

Non, pas de polémiques sur le repli sur soi, sur la vie déconnectée de la réalité (mais connectée tout de même) ou sur l’espionnage relatives à Mark Zuzu et sa technologie, on sait tous qu’elles sont fondées.
Il y a quelque chose de bien plus terrible : la tendance récente qui voudrait que des gens bien pensants quittent Facebook sans prévenir personne. Pas de message d’adieu groupé, pas de mail de démission ni même de texto de révérence, aucune notification. Juste un nivellement par le bas de ses contacts. En ces temps de crises économique, financière, environnementale, puis à nouveau financière, ça fait beaucoup. Avec la nécessité imminente du retour à l’équilibre budgétaire du pays, on se serait bien passé de devoir sans cesse veiller à l’équilibre de son nombre d’amis.
Des méthodes éprouvées

Car quoi de plus épuisant que de devoir prospecter pour se faire des amis Facebook. Pour ceux qui se sentiraient démunis face à cette pénurie sociale, voici plusieurs techniques de recrutement :
  • la naturelle : je te connais en vrai, je t’apprécie, je te rajoute sans me poser de questions
  • l’inflationniste : j’ai un déficit chiffré à 4 amis en une semaine, que tu sois une personne réelle ou le nom d’une association, tu feras parti de mes 5 amis de la semaine
  • l’entreprenante : je te connais un peu, je t’aime déjà, je te rajoute en ayant hésité 24 fois
  • la kamikaze : je ne te connais pas, tu as un ptit nom sympa ou j’adore ta photo de profil, je te rajoute sans y croire une seconde

Médecine légale

Une fois que l’on a compris comment freiner l’hémorragie amicale, reste à répondre au douloureux problème d’identification des déserteurs. Qui a bien pu me supprimer de ses amis ? Cette démarche qui s’apparente à une autopsie peut être fastidieuse. On n’a pas trouvé mieux que de faire des comparaisons croisées avec d’autres contacts ou de tenir tout simplement un carnet à jour, sous Excel de préférence.
D’autant que s’en suivent les questions tout autant primordiales : était-ce une suppression de profil (mais comment survivra t-il/elle sans facebook ?) ? Est-ce la conséquence d’un pokage ou chattage intensif ? Pourquoi ne l’ai-je pas supprimé avant car de toute façon je le détestais cordialement ?
Toutes ces interrogations sont bien sûr légitimes et ne devraient pas rester sans réponse. Mais on est là dans une thématique bien trop pointue qui dépasse la portée philosophique de cet article.
Perspectives éthiques

Je me permettrai enfin d’évoquer le paradoxe morbide dudit réseau social (pour ceux qui ont compris la faute de frappe graveleuse : c’est gratuit et ça permet de dédramatiser un peu ce qui va suivre ; pour ceux qui n’ont pas compris : pas besoin de dédramatiser car ils ne comprendront pas la suite). En effet, le fonctionnement intrinsèque de Facebook veut que vivant, nous puissions quitter le réseau. Ce qui s’apparente ni plus ni moins à un suicide, que d’autres appelleront la liberté étendue des paramètres de confidentialité. Mais décédé dans la vraie vie, nous ne pouvons plus quitter le réseau, à moins d’avoir la chance de connaître dans son entourage une personne bienveillante (une copine, une ex envahissante, wikileaks…) qui connait la clef de notre vie entière : le mot de passe du compte. Et qui pourra ainsi mettre fin à notre errance et nos souffrances…

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