Le détail oublié

Ce soir-là, veille de week-end, je décidai de dîner tranquillement avec celle qui m’enfanta. Tu dessines à peu près ce genre de vendredi soir où tu commences à relâcher la pression ? Un petit restaurant italien sans prétention, un plat simple, un verre de vin du sud… Bon tu le vois le décor ? Hé bien voilà, nous y sommes.

A la fin du dîner, elle me dit innocemment qu’elle doit passer chercher une veste que j’avais promis de lui prêter pour le WE. J’accepte, naturellement.

En un éclair, la pression envolée depuis maintenant au moins deux heures, revient m’envelopper de sa vilaine sensation.

Quel signe ostentatoire restait-il dans mon appartement de la soirée un peu agitée de la veille ? Radar en marche, inspection cérébrale de l’appartement. Tel un Expert de TF1.

Les bas qui ont valsé ?

A moins qu’ils n’aient atterri sur le ventilateur de plafond, ils ne moucharderont pas… Surtout que je n’en ai pas !

Ah si si, des bas j’en ai ! C’est pour le ventilateur de plafond qu’il faudra repasser.

Le lit défait ?

Ça ne prouve rien.

Les petits bouts de caoutchoucs ? Ou leur emballage ?

Bon sang, ce n’est pas à moi de gérer ça !

La bouteille offerte, suffisamment rare pour être remarquée ?

On ne l’a pas entamée, et si je ferme très fort les yeux pour stimuler ma mémoire (tu vois l’image ?), je crois me souvenir l’avoir déjà soigneusement rangée dans ma cave.

L’odeur de cigarette dans mon appartement de non-fumeuse ?

Il n’en alluma qu’une – tiens, d’ailleurs, il la fuma avant… – et la consuma à la fenêtre. Toute trace olfactive pouvait donc être écartée.

Le pommeau de douche remonté à hauteur d’homme ?Oui, grand homme…

Sauf absurdité de la situation et accessoirement poisse avérée, je devrais pouvoir éviter un « Tiens, et si je prenais une douche ? ».

Alors quoi ? Quel est le détail qui me trahira ??

Bon finissons de dîner calmement, et laissons de côté cette gymnastique intellectuelle pénible. A priori tout a été analysé, et je devrais m’en sortir avec les honneurs et les félicitations du jury.

Clé dans la serrure (non ce n’est pas une métaphore).

Rien de tout ce qui perturba les méandres de mon cerveau déjà  torturé ne fut à déplorer. Pourtant certaine d’avoir tout passé en revue en m’attendant au pire, j’en avais oublié l’essentiel, le détail qui change tout :le réconfort vital de la soirée mouvementée.

Ce qui me trahit donc, ne fut qu’un couple de petits verres d’eau, tout mignons, laissés là au pied du lit, pas tout à fait terminés. Et qui me rappelèrent combien nous avions eu soif. Soif de s’être donnés l’un à l’autre. Agréable souvenir…

Un doux sourire qui ne se remarqua pas passa sur mes lèvres en même temps que je ramassais discrètement les verres pour les ramener à la cuisine.

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