GROSSE PUTE

Tu connais, le gonzo-journalisme ? En gros, ça veut dire que l’écrivain relate ce qu’il a vécu, mais aussi ce qu’il aurait pu vivre en disant qu’il l’a vécu. Où l’écrivain est un gros mytho, mais fait kifer. Je me veux gonzo-journaliste, moi. Et, dans cet article, j’ai décidé d’être super honnête avec vous, et de passer en rouge lorsque c’est du mytho. Un gonzo-journaliste transparent, en somme.

Samedi, c’est au moment de claquer la porte que je me suis rendu compte ne pas avoir mes clefs. Je me suis donc enfermé dehors. Et pourtant, j’ai Bac +5. J’ai dû passer le week-end entier ailleurs que chez moi, mon coloc ne rentrant que le lundi midi, pour une fois qu’il part en week-end l’enculé, d’habitude il est toujours dans le canap le dimanche.

Dans ma poche, il y avait : 1,42 euros (de quoi acheter le pain que je m’en allais acheter), mon pass Navigo et ma carte UGC Illimité (20 euros 80 par mois pour au final aller voir des daubes en disant : « de toute façon c’est gratuit »). Obligé donc, à contre-coeur d’aller dormir cher ma meuf qui est grosse, moche mais fait vachement bien la cuisine.

Week-end sympathique, mais lundi matin, lorsque le réveil sonne, à 6h42, l’envie n’y est pas. Les fringues sont les mêmes depuis trois jours, je suinte, je n’ai pas de brosse à dents et mes 1,42 euros sont passés dans diverses friandises bon marché. Poches vides, sans clé, puant de la gueule et des aisselles.

Dans le métro, j’ai donc l’apparence d’un parisien typique. Les yeux cernés, en quête d’aspirine, le regard vide et l’odeur de sueur facile à déceler. Je suis irritable, aussi. Et dans mon changement vers la ligne 14, les pleupleus qui me bousculent, je les insulte. Arrivé dans le métro, il y a une vieille dame à côté de moi. Elle a genre 204 ans et peine à tenir sur ses deux jambes. Je lui indique le siège, bon garçon malgré les cernes et les jambes en mousse.

C’est sans compter sur une GROSSE PUTE d’une trentaine d’années, qui vient lui chiper le siège sous le nez. Toute petite, toute fine, d’apparence fragile, du genre à s’être fait violenter tout le long de sa scolarité mais tout de même squatté la tête de classe. Une dame qui a assurément depuis la fin de ses études pris du galon, comptant tout de même la bagatelle de QUATRE PERSONNES sous ses ordres, et se vengeant, se vengeant.

Tout ceci me renvoie à mon passif de chieur du collège, puis de victime du lycée. A priori ça compense, dans mon cas, me fais-je la réflexion. J’ai bien emmerdé ce type, au collège, mais il avait une gueule rigolote aussi. Et puis au lycée, acné tardif aidant, j’ai également pris cher. Le problème, c’est que je ne suis pas spécialement ambitieux, et que les personnes qu’au boulot j’ai sous ma responsabilité, aussi bourreaux qu’ils eurent pu être dans leur tendre enfance, bah je les aime bien et je suis gentil avec eux. Et les gens dans le métro, je n’ai rien contre eux, alors ils s’asseyent lorsqu’ils me le demandent avec les yeux.

La vieille dame s’est collée à la jeune. Pantalon blanc, sandales blanches, petit haut à pois, des lunettes et un beau visage. 35-40 ans, contre cette vieille qui a bien 308 ans, l’équilibre fébrile et le regard apitoyé. Des fois, la jeune la regarde, et la vieille sourit. L’autre PUTE détourne alors le regard.

Ce fut plus fort que moi j’ai agi. « GROSSE PUTE TU VOIS PAS QUE LA DAME VEUT S’ASSEOIR ?! » Claques dans la gueule. Pas forte, mais à haute fréquence, paf paf paf paf paf. Coup de pied dans le tibia. « La violence ne résout rien Monsieur. » « Oh toi la vieille tu t’asseois et tu ferme ta gueule. » C’est vrai, quoi, elle a 471 ans

Un mec à côté de moi : « Hmm ça sent bizarre ne trouvez-vous pas ? »

« Oh toi aussi je t’emmerde, trois jours que je suis à la rue et que je dors chez ma copine qu’est moche, grosse et qui sait pas faire la cuisine. Faut que vous arrêtiez de me casser les couilles, bande de parisiens de merde, vous me faites gerber. Oui je sens sûrement la sueur et d’autres odeurs nauséabondes corporelles, mais c’est rien à côté de ton haleine de chacal et de tes relents de bon gigot que t’as bouffé en famille ce week-end avec les petits neveux que tu fais semblant de bien aimer mais qu’en fait tu détestes parce qu’au réveillon de 2001 t’a couché avec ta belle sœur et t’es pas certain qu’ils soient pas de toi. »

Je sors du métro, tremblant, encore plus suant. C’est lundi matin, je suis à l’heure au boulot, il est 9h20 (ma chef lit peut-être), la semaine peut commencer.

15 commentaires

  1. Visiblement, chez la meuf, la brosse à dents et le déo sont comme les piles de la télé que t’achètes, non fournis.

    En plus, tu me trompes, on devait se marier dans une chapelle en Normandie l’été dernier. Gros connard ! (là tout de suite, j’ai pas l’équivalent masculin de Grosse Pute)(en même temps, on est chez Megaconnard, non ?).

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