Dans le Lisieux / Paris

Expérience enrichissante, j’ai pris la semaine dernière pour la première fois de ma vie ce train fabuleux qui relie Lisieux à Paris. Découverte.

« Ha l’batère », entends-je, côté Calvados. 50, côté couloir, n’arrive pas à rentrer sa valise au-dessus de sa tête. Il faut dire qu’elle est assez grosse (sa valise, hein) et que sa place serait certainement avec les autres grosses valises, en bout de wagon, lui explique 52, côté fenêtre. « T’es un ouf, toi, je veux pas me la faire enculer par un batère », répond, lucide, le jeune homme. Casquette à l’envers, il a cet accent typique aux odeurs de camembert que je vous suppute moquer, lorsqu’au gré d’une de vos digressions extra-muros vous êtes amenés à rencontrer quelques autochtones adeptes de tuning et ne détestant pas outre-mesure Hélène Ségara.

Je me fraie un chemin vers le 68, côté fenêtre, m’excusant poliment en échange d’un regard blasé. C’est que je ne respecte pas la règle première du principe d’anthropologie : je suis habillé en hipster de merde. Sur mon visage, les gens lisent que j’écoute Lescop et qu’il m’arrive de parler du Café de Flore.

Siège 68, côté fenêtre, une vieille dame me dévisage de bas en haut : « Ne vous dérangez pas, madame, mais vous êtes à ma place. Mais pas de souci, je vais me mettre côté couloir. » « Bah non », me répond-elle sèchement, « j’attends quelqu’un ! »

Prenant ma colère à deux mains, la serrant fort pour atténuer son impressionnant pouvoir et voyant ledit « quelqu’un » arriver, muscles saillants, tatouages de pirates sur le biceps, je me résous à chercher mon siège plus loin, sans plus tenir compte de mon futile billet.

Et la non violence payant toujours, c’est au 87 côté couloir que je me retrouve, auprès d’une charmante lexovienne. Elégante, côté fenêtre, c’est avec un grand sourire qu’elle m’accueille auprès d’elle. 85 a de longs cheveux blonds et porte un beau tailleur. Bonne pioche.

Le train s’en va, et le charme opère. Nos coudes se frôlent, les regards se font gênés, l’amour pointe le bout de son nez.

Quand soudain…

La demoiselle sort son iPhone 5, lançant au volume maximal l’album complet de Magic System. La débandade, le désamour, le ras-le bol, ensuite, après 5 fois la même chanson (ou alors presque la même à 3 mots près).

L’arrivée en gare de Bernay apparaît comme une délivrance, je me résous à changer de wagon et donc de voisine.

Ambiance feutrée, je suis un immigré en première classe. De toute manière, quitte à se choper une amende, autant kifer le voyage. J’allonge mes jambes au 27, côté couloir, assis à côté de Jean-Marie. J’ai son prénom puisque apparemment, il est en visio-conférence avec le Japon, avec sa clé 3G qui déconne pas mal.

Le Japonais de l’autre côté de l’écran apparaît par bribes, en codé, ne comprend pas grand-chose à la stratégie de marketting de Jean-Marie, qui n’a pour sa part de cesse de s’excuser d’avoir dû aller durant le week-end, d’ordinaire plus propice au travail qu’aux futilités lexoviennes, s’occuper de son boulet de grand-mère mourante.

Devant moi, au 25 côté fenêtre, un jeune homme n’a de cesse de se retourner, comme pour montrer à Jean-Marie son ras-le-bol. Il est vrai que notre homme d’affaire casse un peu l’ambiance à bosser dans le train. En guise de désaccord et de ras-le bol, c’est pernicieusement que 25 fait résonner Rihanna à fond les bananes dans ses écouteurs. La cacophonie s’installe, et l’arrivée en gare d’Evreux me permet d’avancer encore d’un wagon.

Wagon 3, c’est le grand retour des franges façon Justin Bieber. Non, plutôt des peignes les façonnant. Puisque les passagers ayant embarqué à Evreux sont en métamorphose, un processus impressionnant : miroirs et peignes dans les mains, la parigotisation peut opérer. Quelques « batère » résonnent encore un peu, mais c’est du Baron que l’on commence à parler. Ici, Lescop émane de tous les baladeurs, et les sweatshirts volontairement vintages ont remplacé les sweatshirts involontairement kitchs.

Les valises sont rangées, pas de batère pour les enculer. Le wagon est silencieux, morose, et studieux. Le week-end est fini, la vie peut recommencer. Métro, boulot, métro.


 

5 commentaires

  1. Bonjour,
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