Y a pas de sentiments, que des centimètres.

Romantisme, le dur, le vrai.
Romantisme, le dur, le vrai.

 

Toute ressemblance avec des faits réels ne serait absolument pas, pure et fortuite coïncidence. Tous ces petits billets d’amour cités ci-dessous ont, bel et bien, atterri, un beau matin ou dans la torpeur d’une nuit sans sommeil, au fond de ma boîte à lettres virtuelle.

Le Monde change.

Les techniques de drague aussi.

Jetons-y un oeil, tiens.

– Le Vieux Fringant :

« RE:SUIS DU CANADA,62 ANS TU ES TRES BELLE ET TU ME FAIS FAIRE DE LA CHALEUR.PEUT-TU VENIR SUR CAMERA ET ON POURRAIS AVOIR DU PLAISIR MARCO1 A MSN.COM J,ATTEND SINON MERCI BYEBYE MARC »

=> Ce que je n’ai pas répondu :

Coucou ! Et la prostate, comment va-t-elle ?

62 piges et visiblement quelques petits soucis de presbytie qui n’entament en rien sa bonne humeur. Vieux volcan, soudainement en érection éruption, c’est via les nouvelles technologies que le Vieux Fringant se décide à arroser le monde de sa lave généreuse. Rejeton de la génération Viagra, c’est le slip tout frétillant,  le pacemaker en émoi, qu’il s’en va tester sa nouvelle machine de guerre sur les sinueux mais Ô combien excitants, chemins de la toile. Combien de folles d’âmes charitables s’infligeront le désolant spectacle de la résurrection d’une nouille sexagénaire…? Franchement, j’aimerai bien le savoir.

– Le Ptit Panda :

« Coucou toi! Chui un ptit panda abandonné, tu veux pas m’adopté??? Chui triste, pourquoi tu répond pô? »  ( + smiley qui chiale. NDLR)

=> Ce que je n’ai pas répondu :

Est-ce que j’ai une gueule de zoophile ? EST-CE QUE J’AI UNE GUEULE DE ZOOPHILE ??!

Le Ptit Panda est un super-loser qui traîne derrière lui une encombrante carriole, pleine à ras bord de complexes d’Oedipe foireux, de rêves castrés et de syndrômes de Peter Pan. Et, solidement juchée sur tout ce bordel : sa despotique Génitrice. Ptit Panda n’a qu’une ambition dans la vie : envahir ton living, squatter ton sofa et bouffer tes Special K en poussant des petits bruits plaintifs et geignards. Contre toute attente, et malgré l’important dispositif de « trop-mignoncitées » mis en place, Ptit Panda ne suscite qu’une douce envie : celle de lui latter violemment la gueule. Next.

– Le « Est-ce que tu veux bien caresser ma jambe de bois ? » :

« Cc j’ai la mucoviscidose et je m’appelle aussi Gregory aussi tu veut pas discuter avec moi ? »

=> Ce que je n’ai pas répondu :

Non.

J’aime pas trop le chantage affectif. Et ENCORE MOINS Gregory Lemarchal.

– Le fini à la pisse :

« salu ge si david »

=> Ce que je n’ai pas répondu :

Mdr.

Désolée David, je n’ai pas su prendre le temps de déchiffrer ta langue, de découvrir ton monde où jamais l’illettrisme n’y brise les élans du cœur. Peut-être, aurions-nous conversé à lol rompus ? J’aurais finalement succombé au charme de tes simleys fripons. On se serait rencardés dans une quelconque fête foraine. Partager une barba papa. Flirter avec l’insouciance. Tomber, sans résistance, in love. Les premiers mois d’émoi passés, on aurait sauté le grand pas d’un crédit Sofinco, d’une golden carte chez But et hop, mise en route d’une tripotée de gosses, qu’on aurait faits grandir à coups de téloche, de malbouffe et de beaucoup d’amour. Tout ça, sans jamais trop s’poser de questions. Avec toi, j’aurais appris à bannir les Pourquoi qui tourmentent mon existence. Et c’est peut-être comme ça, qu’on devient heureux.

– Le coincé aux entournures :

« J’espère que vous prendrez la mesure de l’événement: c’est mon premier poke! Ces jambes vous appartiennent-elles? Elles sont magnifiques (et ne m’obligez pas à surenchérir dans les mots parce que vous les trouveriez sans vigueurs). La photographie en pénombre est véritablement superbe. L’éphélide sur votre peau et le beau visage et la pose m’ont arraché un pathétique cri – un cri d’une soudaineté qui manifeste l’envie et un cri de douleur à cause de l’invraisemblance d’une rencontre – Vous êtes manifestement d’une extraordinaire beauté. Comment peut-on être si belles? Je veux dire pour que la vie ne détériore pas une splendeur que fait-on dans l’existence, quoditiennement? Des acrobaties? Du cheval? (…) Il est 2h45. C’est tard pour un employé de mairie mais il est encore bien tôt pour un insomniaque. Il n’y a que votre photo que j’avais envie de revoir dans cette nuit d’écriture, de lecture et d’errances… Tout ceci pour dire qu’ayant revu cette photo j’ai fait une chose inhabituelle et très inconvenante: j’ai débouché une bouteille de Tariquet 2010 classic. Le vin est très frais, il soulage. A la votre! »

=> Ce que je n’ai pas répondu :

Kikoo !!! Tu veux voir ma chatte ??!

Le coincé aux entournures ne connaît pas Uporn. Ni Traci Lords. A mon avis, ça le ferait moyennement triper de mater Lost au pieu, en bouffant des pizzas, et en goulotant du Coca pas 0. (re-pathétique petit cri offusqué) Le coincé aux entournures, il cause avec du mot précieux et de la vouvoyure dedans. J’éprouve toujours une sensation bizarre en sachant qu’un inconnu, quelque part, s’use les yeux sur ma tofil, et donc, par extension logique, sur ma petite personne ; d’un côté ça clignote « Faites entrer l’accusé » et de l’autre, j’ai la curiosité qui gratte. A celui-là, je lui ai répondu. Une connerie. Mais une connerie fraîche et sympathique hein. Et sans même pas sortir mon stylo-bite. Immédiatement, sa réponse a fusé, un brin paternalo-prout-prout : « Savez-vous pourquoi vous auriez tendance à basculer dans la vulgarité? Les mots du commun vous semblent-ils trop fades? Insincères? Ils manquent de force et de vigueur? » … Là, j’ai compris qu’avec lui, ça devait pas péter au lit tous les jours. Et pis j’ai repensé à ce que disait ma copine Debbie « le prince charmant, il a beau porter des chemises en soie sauvage et des chausses brodées d’or, il pue toujours un peu des pieds » Donc pas la peine de faire le snobinard hein. Je lui ai renvoyé son poke, avec VIGUEUR et j’ai refermé la fenêtre. (en prenant grand soin de ne pas y coincer ma natte d’or.)

Et puis parfois, dans ce fatras d’excités du gland, d’âmes égarées et autres illuminés, une étincelle, une flamme singulière. Une conversation qui décolle, qui s’envole gracieusement. Toi-même, tu sais pas bien pourquoi. Juste que tu t’es laissé prendre au jeu qu’ordinairement, tu railles sans vergogne.

 

 

6 commentaires

  1. Pas mal, ça me rappelle le genre de spams qu’une pote reçoit dans sa boîte mail. J’ai une petite préférence pour le « coincé aux entournures », qui en est resté au stade où il pense impressionner avec son vocabulaire d’étudiant bohème qui a pas fini son premier semestre de lettres modernes, alors qu’il ferait juste flipper n’importe quelle fille sensée (quoique avec une chafouine ça peut marcher). Pour péter au lit en tous cas, c’est sur que c’est loupé, tu pourrais même par avance lui faire livrer des burnes depuis Ciudad Juarez, en prévision de la lacune terrible qui se dessinera de ce côté là…
    Continue comme ça, tes billets sont au top !

  2. Y a des matins comme ça, où c’est les hurlements de l’aube qui me tirent du sommeil. Trop tôt. Beaucoup trop tôt. Les cils tout enmèlés de rêves qui n’ont pas eu le temps de cicatriser, j’ai la nuit qui m’agrippe, comme une damnée. Mais mon plume veut plus d’moi. Très bien. J’m’arrache. C’est l’heure bleue, comme ils disent. L’heure du si grand silence que t’entends tes ongles pousser, genre. Le ciel ne te dit pas encore, s’il fera beau ce jour. Et j’ai oublié ce que m’a raconté Nat’ Rihouet hier soir. J’attends juste que mon thé daigne refroidir. Je le cajole avec des petits nuages de lait, encore et encore. C’est en général à ce moment là, que le grille-pain décide de me flinguer le coeur. Le cri-pain, je l’appelle. Le plus caillera de ma team ‘éléctroménager’. Il crâme sans vergogne, éructe bruyamment, me mord parfois-même. « – Ils s’en foutent de la vie de ton grille-pain, meuf, tu t’égares- » C’est l’heure aussi, où j’pense à toi. A toi, gens proche, le sirop d’érable qui adoucie ma vie. Là, j’ai la culpabilité qui me gratte le coeur, le fond des tripes et tout le reste. Je te dis trop peu (pas) à quel point je t’aime. C’est pas ma faute si je suis handicapée des démonstrations affectives. Mais tu le sais… hein ? tu le sais. Je pense à toi, gens qui est plus là. Nostalgie qui grince. Toi, je te garde au chaud. Avec moi. Bless ur heart. Pis je pense à toi, gens de l’internet, que je connais si bien, sans savoir ton odeur, le son de ta voix. J’ai un peu froid. Je suis pieds-nus sur le carrelage. Tu sais bien, ma phobie des pantoufles et toutes ces vieilles choses tristes qu’elles traînent avec elles… « Tu cherches quoi, Vaurienne ? » La chaleur du ventre A ma mère, j’ai envie de dire.

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