J’ai décidé de vivre 20 minutes sans Twitter

twadictL’idée m’est venue d’un coup. Twitter avait pris, c’était certain, une place bien trop importante dans ma p’tite vie. Il fallait agir.

J’ai cliqué sur « Déconnexion », et ça m’a déconnecté. Les premières secondes furent encore plus difficiles que prévu.

Et si Nelson Mandela mourait ? Et si c’était un stagiaire au boulot qui me l’apprenait ? Et si la blague que mon collègue vient de me faire n’était qu’un vulgaire plagiat de LandeYves ?

Mes doigts tremblent, putain, c’est le début d’un manque. Questionnements incessants, les saloperies de voix dans ma tête m’ordonnent de me reconnecter. Je pète des plombs sur mon siège de bureau et hésite même à me créer un compte Google+.

Quand ma cheffe entre au bureau, pour à la cool venir nous saluer, je suis en sueur, ça fait 4 minutes 24 que je n’ai pas rallumé Twitter.

– Ca va pas Dzibz ?

– NON CA VA PAS DIÈSE CLASH

– Dièse quoi ?

– Lol la meuf elle comprend rien RT arobase cheffe Dièse quoi ?

– Bref, vous avez vu, l’histoire de Serge le lama ?

J’avais pas vu, putain, cette histoire.

– Non, pas vu, c’est quoi, c’est qui, il a fait quoi Serge Lama ? Il est malade ? Il est mort ? Et Mandela ? Il va bien ? Et LandeYves ? Et il a écrit quoi Birenbaum aujourd’hui ? Et MeltyBuzz, ils ont des infos sur la nouvelle meuf de Justin Bieber ?

– Prends ta journée, Dzibz !

J’ai pris ma journée. 5 minutes 42, le téléphone est éteint, et je marche dans la rue. Je ne sais pas trop quoi regarder, alors je regarde tout de même l’iPhone, mais éteint. J’arrive au métro, et vois un accordéoniste dans la ligne 2.

« Alerte accordéoniste roumain dans la 2 », me surprends-je à hurler.

Une demoiselle se lève et rétorque « Arobase Dzibz J’y suis aussi, lol ». Elle a les yeux creusés de l’accro en manque, et je fonce direct l’aborder.

« T’en es à combien de temps sans, toi ? », lui demandé-je. Elle me répond que ça fait 4h21, et moi de lui rendre hommage : « dièse ff, putain ! »

Quand l’accordéoniste s’est approché, il a vu mon téléphone éteint, et mes yeux d’en décoller pour le regarder me demander une pièce. Je ne connaissais d’autre parade que celle consistant à me plonger dans mon Twitter. J’ai cédé et lui ai lâché mon billet de 50 euros. Ca fait cher les 3 minutes d’Edith Piaf.

Au sortir du métro, je prends la direction de mon appartement, sous la pluie battante et dans des rues désertiques. Il est 10h21, ça fait 18 minutes que je n’ai pas ouvert mon compte Twitter. La vie n’a plus aucun sens, et à tous les coups des zombies vont m’attaquer incessamment sous peu, ce qui expliquerait pourquoi les rues sont aussi vides : tout le monde est au courant sauf moi.

Je rentre dans le premier magasin pour m’assurer que je divague :

– Bonjour, ils sont vers où, les zombies ?

– Les ?

– Les zombies putain !

– Je ne sais pas de quoi vous parlez, monsieur.

De toute évidence, la dame n’était pas au courant. Et comme par hasard, elle était en service, donc n’avait pas non plus accès à Twitter. Les deux seules personnes pas au courant, c’était nous deux. La rue restait déserte, et je pressais le pas pour arriver à l’appartement. Les questions défilaient dans ma tête : comment était-ce arrivé ? Qui étaient ces zombies ? Nelson Mandela était-il à l’origine de cette pandémie ?

J’ai grimpé les escaliers à toute vitesse, me suis enfermé à triple tour et me suis recroquevillé en position fœtale dans la baignoire. Et attente du pire.

J’ai rallumé mon téléphone, aussi.Et Twitter, ensuite.

Nelson Mandela était toujours vivant. Tout allait bien.

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