Harcèlement de rue : ou la nécessité d’un peu de discernement.

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Depuis quelques temps déjà, de nombreux et divers témoignages de filles victimes de harcèlement de rue agitent la toile et les réseaux sociaux. Et c’est une très bonne chose. Il est plus qu’indispensable aujourd’hui de crier haro sur ces sournois agissements subis et tus depuis bien trop longtemps. Une main au cul par-ci, un propos désobligeant par-là, presque toutes les femmes en font quotidiennement les frais et la banalisation de ces agressions est juste à vomir.
Comment comprendre quant on n’a jamais vécu une telle situation, les violents et confus sentiments qui peuvent en découler ? La peur, l’humiliation, l’impression poisseuse d’avoir été souillée, la confiance en soi qui flanche salement, la colère et la frustration de ne pas pouvoir, de ne pas oser lui défoncer sa pute de tronche en retour. Est-ce que tu peux connaître ça toi, mec ?
Celles qui témoignent sont bien souvent les plus courageuses, celles qui osent riposter devant leur agresseur, gueulent et se débattent, mais combien d’autres silencieuses qui se laisseront ensuite bouffer par la culpabilité de leur inertie ?
Le harcèlement de rue est une douloureuse réalité qu’il convient de prendre en compte avec le plus grand sérieux.

Cependant.
Il faudrait aussi veiller à ne pas engendrer une génération d’hommes terrorisés à l’idée de ma-faire.

Parce que toute cause, aussi juste soit-elle, charrie invariablement avec elle ses dérives et ses excès.
Le sujet m’intéressant au plus haut point, je lis scrupuleusement tous ces témoignages plus édifiants les uns que les autres mais je lis aussi avec une attention plus grande encore, les commentaires qu’ils peuvent générer. Beaucoup et c’est plutôt rassurant, soutiennent la cause, s’indignent et le font savoir, quelques autres persistent dans un sexisme éhonté et stupidement bien assumé – il faut des cons partout, n’est-ce pas ? – et enfin une troisième catégorie de commentaires, un peu noyée dans la masse, bien souvent de sexe masculin, tente de timides et maladroits « Bientôt on ne pourra plus vous sourire sans se faire taxer d’obsédés sexuels ! » et ils n’ont pas tout à fait tort.

L’engouement suscité par les petites avancées d’une lutte plus que justifiée ne doit pas déborder sur nos facultés de discernement. Excédées, emportées par une colère certes toute légitime, nous avons un peu trop tendance à fourrer tout et n’importe quoi dans ce panier nauséabond qu’est le harcèlement de rue.
Je crois qu’il est plus que nécessaire de bien marquer la différence entre « harcèlement » ou « agression » qui sont toujours subis contre notre gré et simple « tentative de drague » où il nous est laissé le choix, sans peur ni pression, d’y répondre ou pas.
Le toucher impromptu quel qui soit n’a pas lieu d’être et doit être banni dans tous les cas mais lorsqu’il s’agit d’un regard, d’un sourire, je pense qu’il est important de savoir correctement l’interpréter avant de crier au viol. Il est essentiel de ne pas verser dans une dénonciation systématique et abusive. Il est plus qu’exagérer selon moi de qualifier d’agression sexuelle un regard qui lambine gentiment sur nos jambes ou nos fesses. Un impertinent « Jolie mademoiselle ! » jeté en passant, ce n’est pas un insistant « Wow t’es bonne ! … Tu réponds pas ? Tu fais la belle salope ?! » l’un et l’autre ne sont pas porteurs des mêmes messages,, le premier est un compliment désinvolte, le second une atteinte à notre dignité, une insulte, un manque de respect. La teneur des propos ainsi que les circonstances dans lesquels ils sont dits (le « Jolie Mademoiselle ! » balancé dans une ruelle déserte à 2 heures du matin n’a pas les mêmes connotations que s’il est dit en plein jour au milieu d’une foule de gens, tu piges ?) doivent être soulignés avant d’être décriés à tout va.

A ces hommes de bonne foi qui s’inquiètent de ce phénomène de virulente dénonciation, je voudrai dire deux petites choses :
Vous aussi sachez faire preuve de discernement dans vos tentatives de « rapprochement » envers la gent féminine. De furtives œillades lancées en biais, ce n’est pas fixer une fille jusqu’à l’embarras pendant de longues minutes sans jamais baisser ou détourner le regard, un sourire un peu plus que convenu ce n’est pas un rictus inquiétant et une langue qui passe nerveusement sur des lèvres frémissantes, on est bien d’accord, pas vrai ?
Comprenez et gardez toujours bien en tête que ce n’est pas les filles qui dénoncent, parfois avec débordement il est vrai, des faits subis depuis trop longtemps en silence qui entachent votre intégrité  mais bien les agissements de vos congénères malotrus et pervers qui pullulent encore malheureusement en trop grand nombre dans nos villes et nos campagnes.

Le monde n’est pas que peuplé de salauds planqués aux coins des rues, la bite en érection, prêts à nous bondir dessus.
Du moins j’ose l’espérer.

6 commentaires

  1. Le mieux, en tant qu’homme, est de rester serein face à ces histoires. Certes, certaines femmes peuvent mal prendre un sourire esquissé dans le métro et/ou avoir une peur de la gente masculine à la limite de la phobie. Mais cela n’a hélas rien de nouveau, les féministes à la sauce Crêpe Georgette n’ayant rien inventé en la matière.

  2. Ah Jules, enfin quelqu’un qui sait garder la raison ! Les féministe à la sauce Crêpe Georgette infoutues de détecter parmi les centaines de harcèlement qu’elles subiront dans leur vie (surtout si elles sont urbaines) les quelques dizaines de vrais gentils lançant un bien innocent compliment, ne sont que des hystériques mal baisées.
    Et puis n’est-ce pas normal que les hommes fassent des compliments aux femmes ? C’est dans leur nature de juger et de faire part de leur bon goût aux femmes. Et c’est dans la nature des femmes d’accepter d’être évaluer par les hommes. Celles qui ne le comprennent pas ont vraiment un problème ! Aucun sexisme la dedans.

    Ironie off :
    Lilas, votre propos est sain et logique, mais prenez garde à ne pas sacrifier la majorité à une minorité. À mon humble avis la plupart des femmes ne sont pas idiotes et savent faire la différence entre compliment sincère et compliment façon choix d’un morceau de viande chez le boucher (même si effectivement il y a des femmes qui sont assez graves…). Le pire, c’est qu’on s’habitue à être regardé comme un morceau de viande, au point parfois de ne plus rien y trouver de mal. Alors que pour beaucoup d’homme, trouver une résistance à un compliment (qu’il soit lourd ou pas) me semble plutôt rare. Donc lorsque ça arrive, ça choc.

  3. Lilas Gogole, on ne me l’avait encore jamais faite celle-là, j’aime beaucoup.
    Sinon moi ma blague favorite c’est « Si tu changes toutes les lettres de Génération Goldman ça fait Goldo dégénérée » trop MDR hein ?

  4. Etonnant cette facheuse tendance à promouvoir la haine de la bite et de l’initiative plutot que l’usage de l’intelligence et des bonnes manières …

    Simple et à bon entendeur, salut

  5. Bonsoir

    C’est le deuxième de vos post que je lis, et je dois dire que j’en apprécie l’analyse. Toutefois, un point dans celui-ci me laisse dubitatif:

    « Comprenez et gardez toujours bien en tête que ce n’est pas les filles qui dénoncent, parfois avec débordement il est vrai, des faits subis depuis trop longtemps en silence qui entachent votre intégrité mais bien les agissements de vos congénères malotrus et pervers qui pullulent encore malheureusement en trop grand nombre dans nos villes et nos campagnes. »

    Alors, oui, pour la notion de causalité, mais non:

    Premièrement, quoi qu’il arrive, nous sommes tous responsables de nos actes. A une baffe donnée, nous sommes responsable de répondre ou non: à chacun sa guerre, à chacun sa voie, à chacun sa responsabilité…sans quoi, il n’y a pas de liberté possible.

    Par ailleurs, c’est un peu un non sens par rapport au cahier des charges, qui vise à émanciper la femme de l’autorité d’une société patriarcale. Je m’explique: si vous réagissez par rapport aux c*nnards qui vous gachent l’existence, alors c’est qu’ils ont un contrôle sur vous. Donc, en sommes, vous devenez victimes pour ne plus être victime…

    Enfin, ce ne sont que deux points de vue.

    Bonne soirée.

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