Le foot, les bouffons et la Coupe du Monde.

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Fille ou garçon, blanc ou noir, gros ou maigrelet, provincial ou bonnet court, intellectuel ou rugbyman, peu importe ton style, peu importe ton âge, depuis 2 semaines tu n’y coupes pas. Au programme : bières, pizzas, copains et Bein Sport. Et avec bien sûr, ces innombrables et interminables discussions de comptoir. Un comptoir ouvert à tous (et à toutes !), où chacun y va de son analyse afin de pouvoir exister en ce début d’été. Pas de discrimination, c’est la fête du ballon rond !

Tous les 4 ans, on se fout de savoir quel âge a le plus vieux candidat au bac, et pourquoi ces attardés de cheminots font grève. Non, en période de Mundial, on ne t’écoute que si tu as un avis (pertinent ou pas) sur le vainqueur potentiel de l’épreuve, un indice (crédible ou non) qui pourrait te permettre de gagner le concours de pronostics que tu as organisé avec tes potes ou tes collègues (et qui sera, comme à chaque fois, gagné par le petit gros qui supporte Monaco, ou pire, une fille).

Sur chaque terrasse, dans chaque wagon, à chaque repas, ça parle de 4-3-3 et de marquage en zone, de l’état de forme de Messi et des formes de la copine de Ronaldo, du charisme de Lloris et de la finesse d’analyse de Christian Jean-Pierre. Tout le monde y va de son intuition, de sa théorie, ça discute pour rien, ça se chamaille sur tout. Mais on accepte tout et tout le monde pendant cette période. On écoute avec attendrissement son père parler tactique et on apprécie même de regarder les matchs avec des filles (avoue-le, tu la trouves sexy ta copine quand elle porte ton maillot France 98 trop grand). Bref c’est la fête, il fait beau, tu as chaque soir un programme chargé (et avec, des raisons valables de trop boire), la France est en 8ème et l’Espagne est déjà éliminée. Rien à voir avec 2002 et 2010, c’est magnifique cette année, c’est la coupe du monde de football au Brésil, soit le football qui revêt son short de lumière pour notre plus grand plaisir à tous.

Quand soudain tu l’entends, venu de nulle part, enfin si, de celui qui n’a pas dit un mot depuis 1h en buvant du rosé. Ce petit rat qui n’a pas voulu participer à votre championnat de pronostics (qu’il aurait évidemment gagné en plus). Tout droit sorti de sa bouche perfide, la phrase qu’on ne veut, qu’on ne peut, qu’on n’a pas le droit de prononcer. La phrase interdite pendant 4 semaines : « Franchement, le foot c’est que du fric, et puis de toutes façons, ils sont trop payés les footballeurs ».

Bouffon

« Les footballeurs ne méritent pas ce qu’ils gagnent »

« Franchement, taper dans un ballon c’est un mérite ? », demande-t-il d’un air suffisant ! En soi non, c’est vrai, il n’a pas tort le bougre. Tout le monde peut le faire, même ta grand-mère on sait.

Mais lorsque des dizaines de millions de jeunes enfants ont l’ambition d’en faire leur métier, et que parmi ces millions, à force d’entraînement et de sacrifices, tu deviens le meilleur de tous, alors oui, c’est un mérite. Et puis on n’a pas inventé la poudre pour comprendre que dans ce monde de vendus, la rareté est synonyme de valeur et se paye donc au prix fort. L’or est rare (et inutile au fond), mais tu aimerais pourtant en avoir ? C’est la même chose avec le pied gauche de Messi. Enfin de Maradonna. El Pipe de Oro quoi !

« Surtout que ce sont des abrutis »

« Bah oui, non seulement c’est facile ce qu’ils font », poursuit-il tout heureux qu’il est de pouvoir enfin en placer une, lui qui était toujours choisi en dernier dans la cour de récré, « mais en plus tout ces mecs ont le Qi d’un ange de téléréalité et l’éducation d’une racaille ! ».

C’est vrai qu’en France, pour vraiment « mériter » ce que l’on gagne, il faudrait que cela provienne uniquement d’un effort intellectuel. Mais la réussite par l’école, c’est un truc de riche au fond. On entre dans une classe bourrée d’inégalités. On entre sur un terrain égaux, avec deux jambes et deux bras (sauf dans certains pays d’Afrique et du Moyen-Orient). Non, ce n’est pas cliché de le dire, le foot n’est pas un sport d’abrutis sans éducation, seulement un sport de pauvres. Et non, les pauvres ne sont pas tous des abrutis sans éducation. Ne joue pas au footballeur, tu as compris le raisonnement (et tu comprendrais l’ironie de ce raisonnement si tu arrêtais un peu de boire autant de rosé). En fait, toi le rabat-joie, ça t’emmerde de voir qu’après 5 ans d’études (que tes parents ont payé), collectionnant les charrettes depuis 2 ans dans ton agence de pub à la con, tu n’as toujours pas gagné ce qu’ils ont touché comme prime à la signature le jour de leurs 17 ans. Ce n’est pas de ta faute en même temps si à l’heure du foot toi tu avais solfège, c’est vrai.

« En plus, le foot ce n’est pas un sport noble »

Tente-t-il en allumant sa cigarette électronique.

Encore une vérité ! Décidément il est déchaîné ce soir ! Puisque le foot est LE sport populaire par excellence. Pas besoin de panier, d’herbe ou de filet comme décor, mais juste d’un ballon et d’un peu d’imagination. Et puis pour avoir l’ambition de devenir professionnel, il faut être grand pour le basket, costaud pour le rugby, riche pour le tennis, et un peu con pour le hand. En revanche, comme dans la chanson de Pierre Perret, tu trouveras de tout sur un terrain de foot pro.

Alors oui, tu peux critiquer le foot, surtout lorsqu’il reste bloqué au fond d’un bus ou qu’il est violenté dans certaines tribunes. Mais en temps de coupe du monde, soit pendant 4 semaines tous les 4 ans, on oublie les quelques dérives du seul sport capable d’unifier notre fragile planète comme un seul Homme (une planète qui trop souvent ne tourne pas aussi rond que ce ballon que tu critiques tant). Et surtout, on respecte ces acteurs qui, pour une fois, ne courent pas après l’argent ou la gloire personnelle, mais après un ballon qui leur permet surtout de réaliser un rêve de gosse. Notre rêve de gosse à TOUS. Que l’on soit fille ou garçon, noir ou blanc, provincial ou….

 

Octave Perry    (ici)

 

Bonus : D’ailleurs à toi qui rentres sur ton scooter trois roues un peu bourré, sache qu’Octave pense que les footballeurs ne gagnent pas assez comparé à ce qu’ils offrent. Comparé aussi à ces acteurs qui bossent 2 mois par an et qui ont moins de talent que la moitié des comédiens de Paris, juste une plus belle gueule et un réseau. Comparé à ces chanteuses de variet qui n’écrivent ni ne composent leurs chansons, et dont le timbre de voix n’a rien à envier à la moitié du casting de la Nouvelle Star Marseille, mais qui elles connaissent Patrick le producteur (qui lui connaît les chambres d’hôtel discrètes). Comparé à ces actionnaires dont le seul mérite consiste à justement gagner de l’argent sans aucun mérite. Oui dans le (plus beau des) sport, pas de délit de sale gueule ou de passe-droit. Seulement le mérite du sacrifice, du talent et de la volonté.

(et sinon, si tous tes amis sont des bouffons, que tu es seul au monde, tu peux venir suivre les matches avec nous, dans nos canapés ICI. Ndlr) 

 

 

 

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