On fait un foot ?

footGénéralement, ça tombe quand on s’y attend le moins. Tu sors d’un truc bien astreignant et tu penses, tu espères avoir une petite heure pépère, pour décompresser, pour vivre un peu. Vivoter livre à la main paupières entrouvertes, juste assez pour regarder les jolies filles au alentours, mais sans que le soleil tapant ne vienne influer dans ton micro-sommeil. Le bonheur suprême. Le monde pourrait s’éteindre tout autour, tant que tu restes à vie dans cet état second, rien n’est grave. En jean, dans l’herbe ou le sable, tu kifes grave. Le vent chatouille tes épaules, s’engouffre dans ton tee-shirt et les frissons de bonheur de te parcourir le corps de bas en haut, de haut en bas. Un type te donne un coup de pied.

Généralement, c’est l’idée d’un mec-à-qui-on-ne-peut-pas-trop-dire-non. Il arrive, en short, et te file donc un p’tit coup de pied amical. Tu as mal, mais tu as ta fierté. Tu voudrais lui casser la gueule ,mais il est beau et fort, l’enfoiré. Et puis c’est ton pote, d’habitude. Il a un ballon à la main et te sort cette putain de phrase à la con assortie d’un sourire propre à cette situation : « on fait un foot ? »

Il a trouvé plein de copains, tous plus beaufs les uns que les autres. Dans le lot, y a des gamins qui s’appellent Jordan ou Kevin, la moyenne est d’une casquette pour deux têtes et de deux chaînes en or pour 5 cous. La fille d’à côté de toi, que dis-je la fille, la naïade, que tu comptais peut-être aborder à un moment donné est heureuse comme tout : « je ferai la pom-pom girl ».

– Moi aussi, je fais le pom-pom boy.

– Non déconne pas on est 9, c’est impair.

Je suis sûr qu’il est le seul de la bande à savoir compter et à comprendre ce qu’il dit. De toute façon, ils sont toujours impairs. Comme une règle inhérente au foot improvisé.

– Je suis en jean là…

– C’est rien ça !

– Je sais pas jouer. C’est quoi un hors-jeu d’abord ?

Et on t’arrache les bras, donc tu te lèves. Il fait chaud et déjà ton jean colle à tes cuisses. Tu sues comme un porc.

– J’ai pas de chaussures de sport.

– Ben joue pieds nus.

T’enlèves tes chaussettes, les pieds sont humides et donc vite sales.

– On dit qu’on fait deux mi-temps de 45 minutes ?

– Wow wow wow.

– 9 voix contre une, désolé ça sera bien 2 x 45 minutes

Putain de ta race. Tu l’as dit ? Tu l’as pas dit.

– On fait les équipes ?

– On vous laisse Dzibz.

– Oh le cadeau…

– Jordan je t’emmerde. Tu peux me citer quatre films de David Lynch ?

– Hein ?

– HA !

– Tu vas dans les buts Dzibz.

C’est jamais une question, en fait. Fait chier. Y a pas plus chiant que les buts. C’est qu’on joue à un petit niveau, quoi, et que les moments de sérénité du gardien sont moins pléthore que chez les mecs à Deschamps. C’est dire. Alors t’es toujours au aguets. Couteau entre les dents, guerrier du fait des pom-pom girls, tu hurles sur le premier boulet de canon tiré de l’autre bout du terrain par le type gros du match et interceptes le ballon à l’aide de ton visage. Ca brûle.

Le type gros, c’est un peu LA règle du foot improvisé. C’est toujours celui qui a un maillot de club célébre floqué à son surnom. Il s’appelle « DUDULE RONALDO » d’après le flocage et ça ne choque personne. Il gueule après tout le monde, mais ne parcourt en tout et pour tout que 50 m  sur toute la durée du match, se contentant de tirer dès qu’on lui passe la balle. Et il a un sacré pied.

Donc ça brûle. Mais t’as pas mal. Enfin le temps de dégager, au moins, tu oublies que t’as mal. Le premier dégagement pied nu te fait te rendre compte à la fois de l’utilité des chaussures mais aussi du nombre impressionnants d’os contenus dans un pied. Tous brisés, là, tous résonnent en tout cas. Quand les regards ne sont plus tournés vers toi, tu pleures, un peu. La vie sera désormais différente sans tes muscles du visage et tes os du pied. Peut-être que quelques greffes…

Plongé dans tes pensées (est-ce que j’ai une SECU, au fait ?), tu te réveilles d’un coup lorsque tes défenseurs tous à la ramasse ont laissé un adversaire s’échapper tout seul avec le ballon. Il a pas l’air commode, déjà il a des chaussures à crampon. Les défenseurs, eux, gueulent : « concentre-toi, arrête le, sors ! ». Mais le mec fait peur, il court vite et te regarde comme si tu avais tué son chat, quoique ces types-là n’ont pas de chat, c’est certain. Il approche, il approche…

TU CRAINS POUR TA VIE

Tu revois tout défiler, depuis ta découverte du bleu de Klein jusqu’à ton premier baiser. Comme un film dont la fin approche. Tu revis de beaux moments et te surprends à sourire. Tout est au ralenti, comme dans Olive et Tom.

Toujours est-il que le type, que tu n’as jamais vu de ta vie jusqu’alors montre les dents, il semble vraiment en avoir après toi. Les pom-pom girls crient, t’encouragent, mais l’instinct de survie est le plus fort, c’est la position foetale que tu adoptes. Finalement, le type continue sa course et ne fait que poser le ballon derrière la ligne de but.

VIVANT. Tu es vivant. Tu as sacrément l’air con. On te fait remplacer, en soupirant, tu passes libéro.

L’attaquant de ton équipe prend ta place dans le but et se décrète illico, je cite « goal volant ». En gros, ça veut dire qu’il a le droit de sortir du but, et de prendre le ballon avec les mains. Le mec, c’est un rugbyman, quoi.

Toi, t’es libéro. C’est un peu le vocable utilisé par les footeux du dimanche pour désigner le mec qui ne sert à rien sur le terrain.

– C’est quoi libero ?

– Celui qui va sur tous les ballons.

– OK.

Alors tu cours. Tu sues, tu pues, mais tu cours. Tu ne touches aucun ballon, tout le monde t’enrhume et s’en vante, mais tu n’as plus d’égo. Tu ne sais pas dribbler de toute façon, vaut mieux pas qu’ils te le donnent, le ballon.

Lorsque par hasard tu te retrouves balle au pied en face à face avec le gardien, tu prends pitié de lui rapport à ta mauvaise expérience passée et tu lui redonnes presque la balle. Alors on t’engueule encore.

Quand ton équipe se prend un but, tu aurais dû être en défense, lorsqu’une action est sabordée, c’est également à cause de toi.

Le libéro, c’est un peu le bouc-émissaire en fait.

Les esprits s’échauffent et t’as pas de crampon, ni de chien, contrairement à Jordan, plus belliqueux qu’il ne paraissait au premier abord.

– Ya faute là !

– N’imp’, c’est Neymar, l’autre, il tombe tout seul, hein Dzibz, toi qui étais à côté, dis-le que ton équipier c’est un mytho.

– J’ai pas bien vu, je ne vois plus très clair avec le ballon que j’ai reçu dans le visage et tout…

– Tu vois, il ose pas le dire mais ça se voit il sait.

Tu demandes le chrono à la pom-pom girl la plus fan, la seule à être restée, la plus moche. Ca fait 22 minutes, te répond-elle l’air compatissant.

4 commentaires

  1. Un article bien écrit qui m’apprend le vocabulaire du foot, qui me confirme que je n’ai jamais aimé ce sport à la con tout en me faisant passer un bon moment…

    Et ben bravo

    1. *There are certainly a lot of details like that to take into cooendsratini. That is a great point to bring up. I offer the thoughts above as general inspiration but clearly there are questions like the one you bring up where the most important thing will be working in honest good faith. I don?t know if best practices have emerged around things like that, but I am sure that your job is clearly identified as a fair game. Both boys and girls feel the impact of just a moment’s pleasure, for the rest of their lives.

  2. Assez réaliste, cet article prouve comment il est difficile d’être nul au foot, enfin j’ai grave-kiffer-ma-life en te lisant

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